Le changement climatique : un enjeu majeur pour le développement de l’Afrique

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Le 6 décembre 2007 -- Les représentants de 190 nations se réunissent du 3 au 14 décembre à Bali, en Indonésie, pour aborder les enjeux liés au changement climatique planétaire. Cette rencontre marque le début de négociations en vue du renouvellement et de l’extension du Protocole de Kyoto espérés par l’ONU. Une délégation de la Banque mondiale dirigée par le président de l’organisation, Robert B. Zoellick, participera à la conférence.

À la veille de ce sommet mondial, Aziz Bouzaher, spécialiste en chef du changement climatique en Afrique auprès de la Banque mondiale et membre de la délégation de Bali, a évoqué l’impact du changement climatique sur le continent africain et les actions menées par la Banque pour aider les pays clients à gérer et atténuer les effets de ce phénomène.

Quelles sont les actions mises en place par le département Afrique de la Banque mondiale en réponse au changement climatique ?

AB : À l’instar de l’institution tout entière, la Région Afrique réagit rapidement face à l’émergence de nouveaux besoins liés à ce phénomène. Le territoire africain est particulièrement vulnérable au changement climatique, et ce pour des raisons multiples : hyperdépendance vis-à-vis des ressources naturelles, manque d’infrastructures, étendue de la pauvreté et faible capacité de réaction des institutions. On estime également que ce sera la zone la plus lourdement touchée par les catastrophes naturelles. C’est pourquoi nous développons actuellement une stratégie rigoureuse, basée sur des échanges permanents avec nos clients et nos partenaires tout au long du processus. Notre approche consiste à placer le changement climatique au cœur de nos activités et à aiguiser notre réactivité afin de répondre rapidement – et efficacement – aux besoins des pays clients.

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Le territoire africain est particulièrement vulnérable au changement climatique.

Nous suivons quatre principes directeurs : le premier d’entre eux est l’adaptation. Si le climat évolue, nous devons nous adapter. Ce constat s’applique à l’agriculture, l’énergie, la santé, la gestion des terres, la foresterie, la biodiversité, la pêche, la préparation aux catastrophes et aux zones côtières. Le deuxième point cible le renforcement des capacités de chaque pays et des connaissances à l’échelle des institutions, afin que celles-ci soient mieux armées pour traiter les questions liées au changement climatique. Le troisième met l’accent sur les opportunités d’atténuation des risques, à savoir la réduction des émissions. Enfin, le quatrième pilier de notre plan concerne la mobilisation de fonds (notamment auprès de l’Association internationale de développement, institution du Groupe de la Banque mondiale spécialisée dans les prêts à conditions privilégiées) et la mise à profit de nouveaux moyens monétisables de réduction des émissions de carbone, pour aider nos pays clients à trouver d’autres sources de financement.

Cette stratégie s’inscrit-elle dans le cadre général des activités menées présentement par la Région Afrique ?

AB : La réponse au changement climatique est déjà largement intégrée aux directives et aux programmes actuels de la Banque. Par exemple, dans le cas d’une île exposée aux cyclones comme Madagascar, nous concentrons nos efforts sur la planification préalable aux catastrophes. Nous misons sur le renforcement des capacités, des outils et des actions pour mieux préparer le pays à ce type de risques. Certaines de nos activités liées à l’agriculture et à la gestion de l’eau ont trait aux problèmes de sécheresse et à la prévision des ressources hydriques, qui fluctuent de manière importante au gré des variations climatiques. Dans le secteur énergétique, nous nous sommes résolument orientés vers les énergies plus propres. Nos initiatives sur les biocarburants contribuent d’ores et déjà à la réduction des émissions.

Par ailleurs, nous avons engagé des travaux analytiques à l’échelle régionale. Ainsi, nous incluons le changement climatique dans la gestion des ressources hydriques issues des bassins fluviaux. L’eau des bassins du Niger, du Zambèze, du Nil et du Congo est exploitée pour la consommation, l’irrigation, la production d’hydroélectricité et les services environnementaux. Les informations que nous recueillons sur l’impact du changement climatique dans ces bassins nous sont également utiles pour d’autres zones clés de l’Afrique.

Bref, nous intensifions les activités déjà en place dans le but de mieux affronter la variabilité et le changement climatiques à long terme. En outre, nous réexaminons systématiquement nos projets en cours de réalisation, en veillant à ce qu’ils englobent de manière plus complète la question du changement climatique.

Pourquoi l’Afrique doit-elle se préoccuper du changement climatique ?

AB : Le changement climatique est une question centrale pour le développement de l’Afrique. Des millions de personnes, parmi les plus démunies, seront concernées. Une éventuelle inaction pourrait avoir un coût considérable et ruiner une grande partie des progrès réalisés, en créant plus de misère encore.

Quelles sont les implications du changement climatique pour les économies africaines ?

AB : L’Afrique a enregistré une forte croissance économique. D’après les Indicateurs du développement en Afrique publiés par la Banque pour 2007, le continent a connu un taux de croissance moyen de 5,4 % au cours de la dernière décennie. Il est important de soutenir cette croissance, tout comme son impact positif sur les économies locales, et de la consolider face au risque climatique.

Quelles sont les mesures mises en œuvre par les gouvernements pour lutter contre le changement climatique ?

AB : Nombreux sont les pays qui développent leurs propres stratégies d’adaptation, tels les Plans d’action nationaux d’adaptation (PANA). Les recommandations émanant de ces programmes transparaîtront bientôt dans les Cadres stratégiques de lutte contre la pauvreté et les plans de développement nationaux. Elles se reflèteront également dans la nouvelle génération de stratégies d'aide-pays élaborées par la Banque.

La région dispose-t-elle des moyens nécessaires pour réduire les émissions de gaz ?

AB : L’idée consiste à permettre au continent d’accéder aux nouvelles formes de financement du carbone, comme le paiement des services environnementaux et d’autres modalités inédites axées, entre autres, sur le renoncement à la déforestation et la réduction de la dégradation des sols. En limitant la déforestation et la dégradation des sols, on diminue effectivement les émissions tout en soutenant financièrement l’adaptation et l’économie locale. Un tel modèle de développement est globalement plus bénéfique et plus durable.

En quoi la participation de la Banque à la conférence de Bali est-elle importante ?

AB : La Banque espère que la réunion de Bali ouvrira de nouvelles perspectives sur la question du changement climatique. Les prévisions indiquent que l’Afrique sera la zone la plus sévèrement affectée par ce phénomène. Nous sommes déterminés à utiliser tous les moyens disponibles – financiers, techniques et politiques – pour aider les pays clients à s’adapter au changement climatique et à suivre la voie anti-carbone qui les mènera vers le développement durable.

Le changement climatique se résume-t-il à un problème environnemental ?

AB : Le changement climatique est au cœur des questions de développement. Il ne s’agit pas d’un problème environnemental mineur, ni d’une question annexe. Le « bon » développement est également positif du point de vue du changement climatique. Fournir l’accès à l’eau et à l’assainissement, soutenir l’économie locale, encourager la gestion durable des ressources, c’est œuvrer en direction d’un « bon » développement. Parallèlement, nous reconnaissons que l’Afrique est l’un des territoires les plus vulnérables du globe – alors qu’elle génère le niveau d’émissions le plus faible. C’est pourquoi l’adaptation constitue désormais un élément central de notre stratégie régionale en matière de changement climatique.




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