| WASHINGTON, le 3 décembre 2007 – Des responsables de la Banque mondiale, des membres de la communauté diplomatique de Washington et quelque 300 représentants d’organisations de la diaspora africaine aux États-Unis et au Canada et d’organisations afro-américaines et caribéennes se sont réunis, le 29 novembre, au sein de l’agence onusienne. Cette rencontre était centrée sur les nouveaux efforts déployés par le Groupe de la Banque mondiale pour associer la diaspora africaine à l’aide au développement de l’Afrique subsaharienne suivant la stratégie ébauchée par l’Union africaine (UA). L’UA définit la diaspora africaine comme « l’ensemble des personnes d’origine africaine vivant hors d’Afrique, indépendamment de leur citoyenneté et nationalité, et désireuses de contribuer au développement du continent et à la construction de l’Union africaine ». L’institution estime que la diaspora africaine regroupe environ 112,6 millions de personnes en Amérique du Sud (principalement au Brésil, en Colombie et au Venezuela), 39,2 millions de personnes en Amérique du Nord (E.U. et Canada), 13,5 millions de personnes dans les Caraïbes et quelque 3,5 millions de personnes en Europe.  | Obiageli Ezekwesili, vice-présidente de la Banque mondiale pour la région Afrique, s’adressant à l’auditoire. | L’événement, organisé auprès du siège central de la Banque mondiale à Washington, visait à mettre en lumière le rôle fondamental de cette communauté dans le rapatriement des ressources financières et professionnelles vers l’Afrique. D’après un rapport de la Banque mondiale daté de 2005, les Africains établis hors du continent réinjectent chaque année 4 à 6 milliards de dollars en direction de l’Afrique subsaharienne, via les transferts de fonds. En amorçant un dialogue avec la diaspora, la Banque mondiale espère intensifier ce flux de ressources et l’orienter vers le développement. « Un partenariat avec la diaspora africaine axé sur le développement du continent est essentiel pour permettre à l’Afrique de renforcer sa capacité d’acquisition, d’utilisation et d’application des connaissances et d’accéder plus largement aux ressources financières », a affirmé dans son discours la vice-présidente de la Banque mondiale pour la région Afrique, Obiageli Ezekwesili. Mme Ezekwesili était accompagnée d’Amina Salum Ali, ambassadrice de l’Union africaine auprès des États-Unis, et de Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de la Banque mondiale. L’exode des Africains hors du continent a affaibli les secteurs public et privé de nombreux pays, qui se voient privés d’une part importante de leurs effectifs qualifiés. Les statistiques indiquent que plus d’un tiers des professionnels africains hautement qualifiés sont actuellement expatriés. Certaines catégories professionnelles sont parfois plus massivement représentées à l’étranger que dans leur pays d’origine. On dénombre, par exemple, plus de docteurs éthiopiens exerçant dans la ville de Chicago que dans toute l’Éthiopie. Mme Okonjo-Iweala a exhorté les membres de la diaspora à s’impliquer directement pour porter les réformes jusqu’en Afrique et contribuer concrètement à l’essor du continent. « Personne ne se chargera de développer le continent à notre place », a-t-elle observé. « Nous sommes aux avant-postes. Or, si nous nous dérobons à la première contre-offensive, à la plus petite embûche, au moindre signe d’indifférence, que faisons-nous ? Nous laissons le continent aux mains de ceux qui font obstacle au progrès. » La réunion, qui s’est déroulée tout au long de la journée de jeudi, a été ponctuée de tables rondes et de présentations d’experts en développement tels John Page, économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique, Marilou Uy, directrice du département Finances et développement du secteur privé de la Banque mondiale, Gérard Byam, directeur du département Services de la qualité opérationnelle et du savoir de la Banque mondiale, Ben Afrifa de la Fondation Ford, Rosa Whitaker, présidente de Whitaker & Associates, Lisa Aubrey, professeure associée à l’Arizona State University et Éric-Vincent Guichard, directeur du placement de GRAVITAS Capital Advisors.
L’initiative est née de la volonté de la Banque de réussir à impliquer la diaspora tout en soutenant la stratégie de l’Union africaine qui vise à tirer parti des précieuses ressources du continent disséminées hors de ses frontières. | Des représentants des organisations de la diaspora africaine ont assisté à l’atelier d’une journée organisé au siège de la Banque mondiale. | « La Banque mondiale jouit d’une position particulièrement stratégique pour favoriser la mobilisation de la diaspora africaine à l’appui du développement économique sur sa terre d’origine », a déclaré Melvin P. Foote, président de Constituency for Africa (CFA), réseau basé à Washington qui rassemble depuis 16 ans les organisations, groupes et individus engagés en faveur du développement et de l’autonomisation de l’Afrique et des Africains du monde entier. « L’implication de la diaspora dans l’apport d’une aide technique en Afrique pourrait bien créer la synergie nécessaire pour réorienter, à l’avenir, le développement sur le continent. » La Banque mondiale a annoncé, entre autres initiatives, son intention de collaborer avec l’UA pour explorer les possibilités de création d’un Fonds d’investissement des transferts d’argent de la diaspora. À l’instar des fonds de placement similaires existant en Amérique latine, cette initiative mettrait à profit les transferts d’argent effectués par la diaspora pour financer les activités de développement menées par celle-ci. La Banque a également mentionné ses projets de coopération avec les membres de la diaspora africaine, consistant notamment à : les associer, en collaboration avec les pays-membres africains, à la conception et à la mise en œuvre du portefeuille des projets actuellement soutenus par la Banque dans la région ; former des partenariats avec les sociétés multinationales qui sont fortement implantées en Afrique ; utiliser les projets en cours pour apporter une participation « virtuelle » qui permettrait aux membres de la diaspora en Amérique du Nord et en Europe de nouer des liens avec des groupes basés sur le continent ; travailler avec les donateurs internationaux sur le projet de Fonds d’implication et de facilitation de la diaspora africaine ; soutenir l’idée de placements à court, moyen et long termes ainsi que l’incitation au retour en Afrique des membres de la diaspora et la prévention, sur le continent, de l’expatriation des ressources professionnelles.
La Banque mondiale espère, en outre, mettre à profit son engagement auprès de la diaspora africaine pour consolider les performances de son vaste portefeuille de prêts d'appui des politiques de développement et d’investissement dans la région (totalisant quelque 22 milliards de dollars). « À l’heure actuelle, nous devons nous contenter d’imaginer tout le potentiel qui peut être révélé – et accélérer encore la croissance du continent – si nous réussissons à créer une passerelle entre ces ressources humaines et financières essentielles et les initiatives menées aujourd’hui sur le continent », a souligné Mme Ezekwesili.  |