L’Afrique a besoin de personnel de santé pour soigner les populations défavorisées des zones rurales

Disponible en: العربية, English, Español

Le 26 février 2008 -- Malgré les milliards de dollars investis dans la santé en Afrique, le manque de personnel de santé, particulièrement criant en milieu rural dans beaucoup de pays, constitue un obstacle majeur à l’accès des pauvres aux services de soins.

« J’ai été affecté dans un secteur très reculé, situé à 38 km de la ville la plus proche et à 18 km d’une grande route, mais je n’y suis pas allé », raconte un médecin d’une petite ville de province en Éthiopie. « Deux ans plus tard, un nouveau diplômé a été envoyé là-bas. Il a travaillé un mois et s’est rendu compte qu’il devait faire 18 km à cheval pour toucher son salaire. Au bout de 2 mois, il a fait ses bagages, a réussi à se faire payer son salaire et est parti directement à Washington, DC [1] ».

Malgré les investissements massifs consacrés à la santé en Afrique, les populations restent mal desservies par les services de santé — en particulier dans les régions les plus pauvres d’Afrique subsaharienne.

Mother and child with doctor in Ethiopia

Une jeune maman et son enfant venus consulter un médecin dans un centre de santé en Éthiopie.
© Banque mondiale/Michael Tsegaye

« Dans beaucoup de pays d’Afrique, le problème est dû en grande partie à une pénurie de personnels de santé compétents, surtout dans les zones excentrées et pauvres », explique Ok Pannenborg, conseiller principal chargé des questions de santé pour la Région Afrique à la Banque mondiale.

« Les populations défavorisées ne peuvent pas recueillir les gains des nouveaux programmes et investissements en matière de santé si le personnel nécessaire n’est pas là pour les traduire en services de soins. »

 

Les citadins sont mieux lotis

Dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, sinon la totalité, la main d’œuvre qualifiée se trouve essentiellement concentrée en ville et dans les zones plus prospères. En Zambie, il y a 20 fois plus de médecins et plus de 5 fois plus de personnel infirmier et de sages-femmes en milieu urbain que dans les zones rurales. Au Malawi, alors que 87 % de la population vit dans des zones considérées comme rurales, 96,6 % des médecins travaillent dans des établissements de santé urbains. Au Burkina Faso, les zones les plus riches disposent d’une sage-femme pour 8 000 habitants, contre une pour près de 430 000 habitants dans la zone la plus pauvre. Beaucoup de régions et de districts reculés n’ont ni médecin, ni infirmier, ni sage-femme pour aider ceux qui en ont le plus besoin.

Pour Christopher H. Herbst, analyste spécialisé dans la santé publique qui étudie les problèmes de ressources humaines dans la Région Afrique à la Banque mondiale, beaucoup de travailleurs de santé ont de bonnes raisons de préférer travailler en ville, voire quitter l’Afrique subsaharienne.

« En ville, les professionnels de santé gagnent souvent plus, peuvent se spécialiser, et jouissent d’une meilleure qualité de vie professionnelle et personnelle. »

Les problèmes de gestion et le manque de matériel et de fournitures, ainsi que l’absence d’établissements scolaires de qualité et de sources de revenus supplémentaires, sont autant de motifs qui dissuadent les professionnels de santé de s’installer en milieu rural.

HRH Birth Attendant 

Une accoucheuse traditionnelle en Ouganda.
Photo reproduite avec l’aimable autorisation de Africa Vox 2007

Des efforts conjoints pour trouver des solutions

En 2006, la Banque mondiale, avec un financement de la Fondation Gates et du NORAD, a lancé un programme visant à aider les États d’Afrique subsaharienne à concevoir et mettre en œuvre des solutions nationales pour résoudre le problème des ressources humaines pour la santé (RHS) dans la région.

« Pour que les populations démunies d’Afrique aient accès à des services de santé, il faut des politiques originales favorables aux pauvres, axées sur l’amélioration des capacités de gestion et d’enseignement, mais aussi des interventions pour motiver les personnels de santé et pour lutter contre le VIH/SIDA», souligne Agnes Soucat, économiste principale et chef d’équipe du programme Ressources humaines pour la santé en Afrique de la Banque mondiale. « Le but n’est pas seulement d’avoir plus de professionnels de santé en milieu rural dans beaucoup de pays, mais aussi de veiller à ce qu’ils soient accessibles aux pauvres et qu’ils répondent à leurs besoins. »

Le programme RHS assure la coordination étroite des actions avec plusieurs autres organismes multilatéraux et bilatéraux et avec des ONG tant locales qu’internationales. Il aide les gouvernements à obtenir et interpréter les informations propres à chaque pays et les données de référence nécessaires pour élaborer des politiques et des programmes ciblés en matière de RHS.

Health Extension Workers

Visiteuses sanitaires en Éthiopie.
Photo reproduite avec l’aimable autorisation de l’Université de Columbia

Dans certains pays d’Afrique subsaharienne, on voit déjà les résultats des actions menées conjointement pour remédier à la pénurie de personnel de santé. C’est le cas par exemple en Éthiopie : « Aujourd’hui, les visiteuses sanitaires s’imposent comme une pièce essentielle du puzzle », déclare le ministre de la Santé, le Dr. Tedros Adhanom.

L’Éthiopie a formé et déployé plus de 27 000 visiteuses sanitaires (health extension workers) dans des zones reculées. Elles ont été sélectionnées au sein des communautés locales pour assurer des services curatifs et préventifs de base dans pratiquement toutes les communautés locales du pays.

« Nous passons dans les familles trois fois par semaine », explique Fantaye, visiteuse sanitaire du kébélé de Thero Boro, dans le district de Mulo. « Parfois, nous devons faire deux heures de marche à pied, mais ce n’est pas grave [2]. » 

Ce sont de programmes de ce type dont on aurait besoin pour accélérer le développement de l’Afrique.

« Les objectifs de développement pour le Millénaire ont peu de chances d’être atteints si nous ne travaillons pas tous ensemble à trouver des stratégies originales afin que les milliards de dollars investis dans la santé en Afrique profitent à ceux qui en ont le plus besoin », ajoute Ok Pannenborg, faisant référence aux objectifs définis par les Nations unies pour mettre fin à la pauvreté d’ici 2015.

 

Contribution du département Développement humain de la Région Afrique (AFTHD).

[ 1] Magnus Lindelow, Pieter Serneels: The performance of health workers in Ethiopia: Results from qualitative research, Social Science and Medicine  (62) 2006

[ 2] DFID Case Study




Permanent URL for this page: http://go.worldbank.org/O5M7U3GR70