Les pygmées se servent de la technologie des satellites pour protéger les forêts congolaises

De nouveaux appareils conviviaux connaissent un grand succès dans les régions éloignées
Disponible en: English, Español

Le 21 avril 2008 --  Dans la deuxième plus vaste étendue de forêts ombrophiles du monde située en Afrique centrale, les pygmées recourent aux technologies modernes pour sauver des arbres sacrés, grâce aux fonds du concours du Marché du développement* de la Banque mondiale. Ce concours est organisé à l’échelle planétaire et fournit aux entrepreneurs sociaux des ressources financières leur permettant d’utiliser le pouvoir des idées pour promouvoir le développement durable.

Grâce à des appareils portatifs du système mondial de localisation (GPS), les pygmées Mbendjele de la République du Congo aident une société forestière à éviter d’abattre des arbres auxquels les communautés forestières attachent une importance spéciale, ce qui permet de réduire les sempiternelles tensions entre les populations forestières et l’industrie forestière.

arbre

Des pygmées saisissent les données géographiques à l’aide d’appareils GPS dans une concession de la CIB.

« Amener les pygmées à effectuer le recensement était d’une importance fondamentale pour reconnaître leurs droits sur la forêt », a déclaré M. Scott Poynton, directeur exécutif de Tropical Forest Trust.

« Lorsqu’on veut assurer une gestion durable des forêts, autant procéder comme il se doit et permettre à ces populations de faire entendre leur voix dans le cadre de la gestion des forêts ».

Tropical Forest Trust, une entreprise basée au Royaume-Uni, a gagné le prix du concours du Marché du développement en 2005 et s’emploie à promouvoir la gestion durable des forêts en Afrique et en Asie.

La technologie est de pointe et cependant facile à utiliser

L’appareil GPS permet aux pygmées de déterminer la position des arbres sacrés, des terrains de chasse ancestraux et des plantes qui ne peuvent être touchées pendant la saison où elles produisent des fruits spéciaux ou des chenilles.

Une fois que les pygmées localisent un arbre ou une zone, ils le marquent en peignant le tronc des arbres. Ensuite, en appuyant sur un bouton, les coordonnées précises de l’emplacement concerné sont transmises à un satellite puis au siège de la société forestière où elles sont converties en cartes qui permettent d’éloigner les bulldozers et les scies à chaîne des arbres retenus et des zones choisies.

« Les pygmées ont une connaissance approfondie de la forêt. Grâce aux appareils GPS, ils peuvent non seulement communiquer ce savoir, mais aussi exprimer leur désir que certaines zones des forêts restent préservées de l’exploitation commerciale, pour qu’ils puissent les utiliser et les gérer conformément à leurs traditions et selon leur volonté de partager généreusement les autres produits du trésor forestier », a déclaré M. Giuseppe Topa, expert en foresterie de la Banque mondiale, en service dans la région Afrique. « Ils veulent respecter les forêts et ils veulent que leur culture et leurs souvenirs soient respectés ».

femme

Une vieille femme Mbendjele marque à la peinture un arbre sacré pour indiquer qu’il ne doit pas être abattu.

Les pygmées Mbendjele ont rapidement prouvé qu’ils n’étaient pas des luddites (antimodernistes)

Ils maîtrisent désormais les techniques requises pour se servir de la nouvelle technologie qui a été tout spécialement adaptée à cette fin par l’anthropologue Jerome Lewis, un spécialiste des pygmées.

Pour surmonter les obstacles liés à l’analphabétisme, M. Lewis a décidé de créer des icônes illustrées — à la place des mots — pour les boutons d’exécution, afin que les pygmées puissent cliquer et localiser les sites importants sur les récepteurs GPS.

À titre d’exemple, une seringue représente des plantes ayant une valeur médicinale, tandis qu’un pygmée muni d’une flèche indique une zone de chasse.

Le projet prévoit la collaboration avec l’une des plus grandes sociétés forestières du bassin du Congo, la Congolaise industrielle des bois (CIB), qui gère 1,3 million d’hectares de forêts. Le projet s’apprête par ailleurs à lancer la toute première station radio des populations autochtones d’Afrique centrale pour faciliter le dialogue entre les habitants de la forêt et la CIB en diffusant les dates des réunions, des conseils pratiques sur la gestion durable des forêts et de la faune, et d’autres informations utiles.

Les forêts ombrophiles en bref

  • Le bassin du Congo en Afrique centrale abrite la deuxième plus vaste étendue de forêts ombrophiles, après celle  de l’Amazonie brésilienne.
  • La République du Congo et la République démocratique du Congo partagent une frontière commune à l’est et les deux capitales — Brazzaville et Kinshasa — sont situées sur les berges du fleuve Congo.
  • La République démocratique du Congo abrite à elle seule plus de la moitié des  forêts ombrophiles d’Afrique.
  • Les forêts ombrophiles constituent le « deuxième poumon » de la planète en raison de leur aptitude à absorber le dioxyde de carbone, un gaz à effet de serre qui est à l’origine du réchauffement planétaire.
  • La population pygmée du bassin du Congo se situerait entre 300 000 et 500 000 habitants ; elle compte parmi les plus démunies des populations pauvres du monde. Les pygmées sont tributaires de la forêt pour leur alimentation, leur revenu, leur énergie, leur logement, leurs médicaments et leurs besoins culturels.
  • Les forêts ombrophiles sont riches sur le plan biologique, car on y trouve une extraordinaire diversité animale et végétale, notamment des espèces endémiques, telles que le chimpanzé bonobo et l’okapi.

Lorsqu’on a remis pour la première fois les appareils GPS aux pygmées, se souvient M. Poynton, le personnel de la CIB s’est demandé si la plupart des arbres seraient désignés : « à ne pas toucher ».

Au contraire, les cartes nouvellement établies ont montré que peu d’arbres et de zones étaient considérés comme sacrés, mais que leur emplacement était imprévisible.

En utilisant les nouvelles cartes, la CIB est en mesure de poursuivre l’abattage sans gêner la communauté locale.

Selon M. Topa, la Banque mondiale considère ce projet comme un modèle de pratique exemplaire qui respecte les droits traditionnels des populations autochtones et montre comment les communautés dont les moyens de subsistance dépendent de la forêt peuvent être associées à la gestion des ressources de la forêt.

La Banque cherchera à développer la technologie et à reproduire son utilisation dans diverses zones forestières, du Cameroun en Malaisie.

* Le Marché du développement est plus connu sous son nom anglais, Development Marketplace.
 




Permanent URL for this page: http://go.worldbank.org/IUT42O0V40