Des ânes et des dollars : l’union fait la force dans la lutte contre le paludisme en Éthiopie

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Le 24 avril 2008 — Près de 53 millions d’Éthiopiens (63 % de la population) vivent dans des régions à risque de paludisme. Parmi eux, 33 millions (près de 40 % de la population totale) vivent dans des zones où la maladie est endémique, et près d’un quart des Éthiopiens vivent dans des zones où le paludisme est susceptible de devenir endémique.

Le paludisme est l’une des principales causes de décès chez les enfants et les adultes de ce pays. En 2000, cette maladie a causé la mort de plus de 29 000 enfants, soit près de 80 enfants par jour. Dans un pays où près de 81 % de la population vit avec moins de deux dollars par jour, la lutte contre la propagation du paludisme et ses conséquences destructrices sur les ménages et leurs moyens de subsistance est un défi de taille.

Le ministère de la Santé a entrepris de relever ce défi

Au cours des cinq dernières années, le gouvernement éthiopien a placé la lutte contre le paludisme au cœur de sa stratégie dans le secteur de la santé, avec une approche globale adoptée en 2005. Dans ce pays grand comme la France et l’Espagne réunies peuplé de montagnes rocheuses, de déserts arides et d’une forêt tropicale, et qui a parfois connu des remous politiques, il n’y a pas de petites victoires.

Une récente évaluation des impacts rapides réalisée par l’OMS (novembre/décembre 2007) dans quatre des principales régions de l’Éthiopie a permis de recueillir les données suivantes au sujet des enfants de tous âges pour la période allant de 2001 à 2007.

  • Il y a eu une baisse de 67 % des cas confirmĂ©s de paludisme chez les patients externes ;
  • Une diminution de 54 % des hospitalisations liĂ©es au paludisme ;
  • Une baisse de 55 % des dĂ©cès attribuables au paludisme.


La baisse de l’incidence du paludisme peut être observée dans ce tableau :

Tableau 1. Pourcentage moyen pondéré des cas de paludisme
chez les enfants, 2001-2007, Éthiopie

 

Cas de paludisme

Groupe d’âge des enfants

Cas de paludisme confirmés chez les patients externes

Patients hospitalisés pour le paludisme

Décès causés par le paludisme

> 5 ans

-70 %

-55 %

-34 %

< 5 ans

-61 %

-52 %

-56 %

Tous les âges

-67 %

-54 %

-55 %

Source : OMS, février 2008. 

Étant donné que le paludisme est responsable d’une importante part des décès chez les enfants de moins de 5 ans, ces récentes améliorations indiquent que des milliers d’enfants supplémentaires ont pu, contrairement aux années précédentes, passer le cap de leur cinquième anniversaire.

Ce succès signifie également que dans un avenir proche, l’état de la transmission du paludisme pourrait passer de modéré/faible à très faible en Éthiopie. De plus, le contrôle des épidémies de paludisme en Éthiopie permettra de libérer des ressources pour l’amélioration des prestations dans d’autres secteurs des soins de santé, ce qui aidera en retour le pays à atteindre ses autres objectifs de développement pour le Millénaire dans le domaine de la santé.


Quelles activités ont été entreprises par l’Éthiopie pour obtenir de tels résultats ?

Le programme de lutte contre le paludisme de l’Éthiopie comporte trois volets.

  • Moustiquaires imprĂ©gnĂ©es d’insecticide: il y a moins de cinq ans, l’Éthiopie accusait du retard par rapport Ă  bon nombre de pays d’Afrique, puisque moins de 5 % des mĂ©nages Ă©thiopiens Ă©taient Ă©quipĂ©s ne serait-ce que d’un lit avec moustiquaire. En 2004, le gouvernement s’est fixĂ© un objectif ambitieux : veiller Ă  ce que tous les mĂ©nages vivant dans des zones Ă  risque de paludisme disposent de deux moustiquaires imprĂ©gnĂ©es d’insecticide de longue durĂ©e, soit un total de 20 millions de moustiquaires. Avec en moyenne cinq personnes par mĂ©nage, cette mesure visait Ă  atteindre une couverture de près de 95 % d’ici la mi-2008. Fin janvier 2008, l’Éthiopie avait dĂ©passĂ© cet objectif. En mars 2008, 20 492 318 moustiquaires imprĂ©gnĂ©es d’insecticide avaient Ă©tĂ© distribuĂ©es. Ainsi, depuis 2005, le nombre de moustiquaires distribuĂ©es a triplĂ©. Chacune des neuf rĂ©gions ou des villes-États recevant des moustiquaires a atteint son objectif et cinq des rĂ©gions/villes-États ont surpassĂ© leur objectif.
  • ThĂ©rapie combinĂ©e Ă  base d’artĂ©misinine (ACT): Ă  la mi-2005, le gouvernement a entrepris la distribution de six millions de doses de Coartem, un mĂ©dicament contre le paludisme. Ces doses permettront de traiter jusqu’à 2,2 millions de nouveaux cas de paludisme. La thĂ©rapie combinĂ©e Ă  base d’artĂ©misinine est aujourd’hui disponible dans tous les centres de soins de santĂ© et dans toutes les communautĂ©s, et aucune rupture de stock n’a Ă©tĂ© signalĂ©e.
  • PulvĂ©risation intradomiciliaire Ă  effet rĂ©manent: depuis la fin 2005, il s’agissait de la principale intervention de lutte antivectorielle, avec une couverture de 30 % de la population Ă  risque. Aujourd’hui, la pulvĂ©risation intradomiciliaire Ă  effet rĂ©manent est encore plus efficace puisqu’elle est utilisĂ©e en combinaison avec les moustiquaires imprĂ©gnĂ©es d’insecticide et la thĂ©rapie combinĂ©e Ă  base d’artĂ©misinine. Cependant, la mise en Ĺ“uvre de la pulvĂ©risation intradomiciliaire Ă  effet rĂ©manent est difficile en partie en raison de la topographie de l’Éthiopie. Les pulvĂ©risateurs doivent souvent se dĂ©placer Ă  dos d’âne ou de cheval pour rejoindre les mĂ©nages les plus isolĂ©s.

Selon le docteur Daddi Jima, chef du programme national de lutte contre le paludisme du gouvernement, « la lutte contre le paludisme s’améliore nettement, surtout par rapport à il y a trois ans. La tendance globale à la baisse de la situation épidémique témoigne d’un recul significatif. »

Tableaux A et B Tendances relatives au traitement du paludisme

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Source : Ministère de la Santé de l’Éthiopie
Remarque : Addis-Abeba n’est pas une région à risque de paludisme et n’est donc pas couverte par le programme national de distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide.


À quoi est attribuable le succès de l’Éthiopie ?

Leadership. Réaliser des objectifs ambitieux requiert un engagement solide et une gestion efficace. Le succès des initiatives de lutte contre le paludisme peut être attribué au leadership exceptionnel du gouvernement. Étant donné les difficultés d’ordre politique, logistique et financier, d’énormes progrès sont encore possibles.

Partenariats. L’initiative de lutte contre le paludisme du gouvernement a été entièrement financée par des donateurs, et c’est cette approche conjointe ainsi qu’une attitude positive qui ont contribué à son succès. Les donateurs multilatéraux et bilatéraux travaillent ensemble pour se conformer au système du gouvernement, lui fournir de l’aide technique, particulièrement dans le domaine de la logistique et de la planification, et pour combler ses manques de ressources au besoin. Cette collaboration n’a été rendue possible que grâce à l’encadrement du ministère de la Santé et reste une initiative entièrement menée par le gouvernement.

Pragmatisme. Le gouvernement a réalisé une évaluation réaliste des capacités du pays en matière de prestations de services de soins de santé. Pour respecter son engagement à lutter contre le paludisme, le ministère de la Santé a temporairement confié en sous-traitance la fourniture de certains services de prévention du paludisme à des organismes plus aptes à s’en occuper, pendant qu’il travaille à renforcer la capacité nationale du pays en matière de fourniture de services.

Le Dr Daddi note que la baisse de la prévalence du paludisme est « directement
proportionnelle à l’ampleur des interventions de lutte [contre le paludisme], à la distribution du Coartem [une thérapie combinée à base d’artémisinine] et à la distribution des moustiquaires imprégnées d’insecticide ».

Ce déploiement à grande échelle correspond à la mise en œuvre du projet Protection des services de base (PBS), un projet multidonateurs de plusieurs millions de dollars. En 2006, de nombreux donateurs (BAD, ACDI, DFID, EC, Irish Aid, KfW, la Hollande et la Banque mondiale) ont fait des promesses de dons totalisant environ 800 millions de dollars pour ce projet, et le gouvernement a parallèlement révisé à la hausse le financement de ses services.

La majorité de ces fonds sont envoyés vers des districts locaux pour y soutenir la fourniture de services de base dans les domaines de l’éducation, de l’agriculture, de l’eau et de l’assainissement et bien sûr, des soins de santé.

Dans le cadre de ce projet PBS, les donateurs-partenaires ont accepté d’harmoniser leurs exigences de divulgation et de gestion financière avec les systèmes du pays. Environ 80 millions de dollars des ressources allouées par la Banque et d’autres donateurs ont été affectés, par le biais du projet PBS, au soutien du gouvernement fédéral pour que celui-ci puisse s’acquitter de ses obligations en matière de fourniture de soins de santé.

Les fonds seront principalement utilisés pour acheter des biens, notamment des moustiquaires imprégnées d’insecticide, des thérapies combinées à base d’artémisinine, des équipements médicaux, des vaccins, des contraceptifs ainsi que des services de pulvérisation et de renforcement de capacité.

Les donateurs ont fourni plus de 22 millions de dollars uniquement pour la lutte contre le paludisme, et ces fonds ont permis de revitaliser le programme de pulvérisation intradomiciliaire à effet rémanent, de financer la distribution gratuite de Coartem ainsi que la distribution gratuite de plus de 3 millions de moustiquaires de lit à ce jour.


La contribution de la Banque mondiale dans la réduction des cas de paludisme en Éthiopie

La Banque mondiale s’engage à soutenir le gouvernement dans l’atteinte de ses objectifs en matière de lutte contre le paludisme. La Banque mondiale a fourni plus de 11 millions de dollars par le biais du projet PBS pour l’achat de biens et services contre le paludisme.

De plus, à la fin de 2007, le pays a souffert d’un soudain manque de financement pour l’achat de biens permettant de lutter contre le paludisme parce que les ressources attendues n’arrivaient pas. La Banque a alors été en mesure d’intervenir pour combler cet écart en fournissant 12 millions de dollars additionnels pour la lutte contre le paludisme par le biais du projet PBS.

Cette intervention témoigne de la réactivité de la Banque et de l’approche conjointe de la communauté internationale qui travaille pour combler les écarts de financement de manière à ce que le gouvernement soit pleinement soutenu dans ses efforts.

Alors que le projet PBS entrera dans sa deuxième phase au deuxième semestre 2008, la Banque mondiale et d’autres partenaires continueront de travailler de manière concertée sous le leadership du gouvernement pour aider l’Éthiopie à atteindre ses objectifs en matière de lutte contre le paludisme.

Quelles sont les domaines qui nécessitent encore des améliorations ?

  • Suivi et Ă©valuation de l’impact du système de santĂ©.
  • Surveillance des Ă©pidĂ©mies et système de rĂ©action : une restructuration est nĂ©cessaire dans ce domaine, mais les choses devraient s’amĂ©liorer lorsque le nouveau Système d’information du contrĂ´le de la santĂ© du ministère de la SantĂ© sera fonctionnel.
  • AmĂ©liorer l’accès au traitement.
  • Étendre les activitĂ©s de pulvĂ©risation intradomiciliaire Ă  effet rĂ©manent Ă  toutes les rĂ©gions.
  • Assurer la qualitĂ© des pulvĂ©risations intradomiciliaires Ă  effet rĂ©manent et mieux cibler les zones de pulvĂ©risation et l’utilisation des moustiquaires imprĂ©gnĂ©es d’insecticide
  • Assurer la liaison au sein du système de soins de santĂ©
  • Faire porter l’attention accordĂ©e aux besoins relatifs au paludisme Ă  d’autres aspects de la santĂ© et de la rĂ©duction de la pauvretĂ©.
  • Assurer la fourniture de services de soins de santĂ© de base, en particulier en augmentant le nombre d’agents de vulgarisation sanitaire. L’objectif est de faire en sorte qu’il y ait 30 000 agents d’ici la fin 2009. Le gouvernement est en voie d’atteindre cet objectif. En effet, le pays comptait plus de 24 000 agents de vulgarisation sanitaire en fĂ©vrier 2008.



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