Washington, le 9 octobre 2008 – Dans l’entrevue qui suit, Kofi Anani, un fonctionnaire chargé des opérations de la Banque mondiale pour la région Afrique qui travaille sur les questions relatives à la diaspora, parle d’un nouveau partenariat entre la Banque et l’Union africaine (UA) qui doit servir à engager la contribution de la diaspora africaine au développement du continent. Qu’entend-on par « diaspora africaine » ? La diaspora africaine est composée de migrants d’origine africaine vivant en dehors du continent. En règle générale, la diaspora africaine se divise en deux catégories selon que les migrations sont volontaires ou involontaires. Les membres de la diaspora involontaire sont ceux dont la migration est attribuable à la traite d’esclaves transatlantique. En raison de ce phénomène, des membres de la diaspora se trouvent dans divers endroits du globe, notamment aux États-Unis, au Canada, au Brésil, au Pérou, en Colombie, au Mexique, dans les Caraïbes, en Europe continentale et en Europe de l’Est, y compris dans les Balkans, et dans une moindre mesure, en Inde, en Papouasie Nouvelle-Guinée et même au-delà . Les membres de la diaspora volontaire sont ceux dont la migration a eu lieu récemment, en grande partie dans les années 1970 et après, et qui sont partis vers l’Europe, l’Amérique du Nord, le Moyen-Orient, etc. Cette migration est considérée comme volontaire même si au cours de cette période bon nombre de migrants d’Afrique ont été contraints de quitter le continent en raison de guerres civiles, de famines et d’autres catastrophes humaines. Où se trouvent les plus importantes communautés africaines en dehors de l’Afrique ? Les plus importantes communautés africaines à l’extérieur de l’Afrique se trouvent au Brésil, aux États-Unis, au Canada, en Europe occidentale, dans les Caraïbes/Antilles et, dans une moindre mesure, en Papouasie Nouvelle-Guinée. Pourquoi la Banque mondiale mobilise-t-elle la diaspora africaine ? Une prise de conscience de plus en plus forte des contributions réelles et potentielles de la diaspora africaine au développement du continent a incité l’Union africaine et les gouvernements africains à demander à la Banque, leur partenaire principal de développement en Afrique, de les aider à mobiliser l’expertise et les ressources de la diaspora pour améliorer les résultats en matière de développement dans divers pays. La Banque a récemment signé un protocole d’accord de cinq ans avec l’Union africaine qui porte notamment sur une collaboration mutuelle des deux organisations dans le domaine de l’amélioration des relations avec la diaspora.
Qu’est-ce que l’« exode des cerveaux » et quelles en sont les répercussions sur les économies africaines ? L’exode des cerveaux correspond à l’exode des ressources humaines qualifiées d’un pays, d’une région ou d’un continent. Cette expression fait référence au manque, dans certains secteurs importants des économies africaines, de professionnels qualifiés nécessaires pour atteindre et maintenir un niveau de productivité qui générerait le genre de croissance et de compétitivité économique mondiale requises pour améliorer les résultats en matière de développement et la qualité de vie sur le continent. Les secteurs le plus durement touchés par l’exode des cerveaux en Afrique sont les sciences et les technologies, l’éducation et la santé. À titre d’exemple, le Ghana forme 120 à 150 médecins chaque année, mais un nombre égal de médecins immigre chaque année. Le secteur de la santé est le plus durement touché ; 1 227 professionnels de la santé ont quitté le Ghana en 2003 pour aller travailler à l’étranger. Comment les pays africains peuvent-ils agir contre l’exode des cerveaux ? Malgré le portrait peu reluisant de l’exode des professionnels qualifiés, les pays d’Afrique devraient désormais essayer de transformer l’exode des cerveaux en « recrutement des cerveaux » en construisant et en entretenant des réseaux et en mettant au point des stratégies pour attirer l’expertise scientifique et technique des membres de leur diaspora. Une solution réaliste pour renverser l’exode des cerveaux est d’avoir recours aux technologies de l’information et de la communication (TIC), aux réseaux et partenariats virtuels, aux programmes de mentorat en ligne, aux visites de courte durée et aux programmes d’échange de professionnels. Le rapatriement physique n’est pas un pré-requis aux contributions des membres de la diaspora au développement de leur pays d’origine. Que sont les envois de fonds et quelle en est la retombée sur les économies africaines ? Les envois de fonds sont de l’argent envoyé par les migrants dans leur pays d’origine pour diverses raisons. Selon des estimations récentes, les envois de fonds envoyés par les migrants africains dans la région ont totalisé entre 10 et 40 milliards de dollars (en fait, il n’y a pas de données précises). En 2007, par exemple, la Bank of Ghana a annoncé que les Ghanéens vivant à l’étranger avaient contribué à l’économie du pays à hauteur de 2 milliards de dollars par le biais d’envois de fonds. Ces envois de fonds ont soutenu des familles, stimulé la construction de nouvelles maisons et le développement d’entreprises d’artisanat, et aidé à maintenir et à étendre les infrastructures publiques telles que les écoles et les hôpitaux par l’entremise d’associations d’anciens élèves et d’anciens résidents. On pense que les pays d’Afrique subsaharienne pourraient récolter entre 1 et 3 milliards de dollars supplémentaires en réduisant les coûts des envois de fonds par les migrants, entre 5 à 10 milliards de dollars en émettant des obligations de la diaspora, et 17 milliards de dollars en émettant des titres en échange pour de futurs envois de fonds et d’autres créances. Les pays africains font-ils des efforts pour mobiliser les Africains vivant à  l’étranger ? Même si les gouvernements africains commencent à reconnaître les contributions potentielles de la diaspora au développement de leur pays d’origine, il n’existe pas encore de véritables efforts, avec des stratégies et des instruments pour mobiliser ce potentiel. Certains gouvernements ont créé des bureaux nationaux pour gérer les affaires relatives à la diaspora. Parmi ces divers efforts, le gouvernement du Ghana a par exemple adopté une loi donnant le droit de vote aux Ghanéens admissibles vivant outre-mer. Le gouvernement a également créé un visa permanent pour la diaspora qui permet aux descendants de la diaspora historique de visiter le Ghana sans visa après une première visite. En quoi consiste l’aide de la Banque ? Plusieurs gouvernements africains ont demandé à la Banque mondiale de leur fournir de l’aide financière et technique pour mettre au point et appliquer un cadre stratégique national visant l’engagement de la diaspora. Ces demandes font suite au succès rencontré par le séminaire de haut niveau intitulé Promoting Diaspora-led investments, and leveraging remittances as sources of financing for enhanced growth and development in Africa (Promotion des investissements par la diaspora et utilisation des envois de fonds comme source de financement d’une meilleure croissance et d’un développement accru en Afrique) et organisé par l’Institut multilatéral d’Afrique du 6 au 8 février 2008 à Cape Town, en Afrique du Sud. L’Institut multilatéral d’Afrique regroupe le Fonds monétaire international (FMI), le Groupe de la Banque mondiale et la Banque africaine de développement. Un cadre stratégique pour l’engagement de la diaspora permettrait aux divers pays de prendre des mesures et des actions concrètes pour attirer l’expertise et les ressources de leur diaspora respective d’une manière plus cohérente et globale. |