Nutrition communautaire : Une « success story » à Madagascar

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  • 35% des décès chez les enfants malgaches de moins de cinq ans sont liés à la malnutrition
  • La Banque mondiale a fourni 10 millions de dollars pour lutter contre la malnutrition dans l'île
  • 5.550 sites de nutrition communautaires ont été établis sur l’étendue du territoire malgache

Soanierana (Maroantsetra), 11 novembre 2008— Un programme de nutrition communautaire cofinancé par la Banque mondiale connaît du succès à Madagascar, où le taux de malnutrition—42% chez les enfants de moins de 5 ans en 2003/2004— reste préoccupant.

Chaque année, ce sont près de 60.000 enfants qui meurent avant leur cinquième anniversaire, dont 35% des causes liées à la malnutrition, selon Sofia Bettencourt, Chef-pays par intérim de la Banque mondiale dans la Grande Île. « A l'aube du troisième millénaire, cette situation est inacceptable, d'autant plus qu'elle est facilement évitable », soutient-elle.

Fort de cette observation, le gouvernement malgache a fait de la lutte contre la malnutrition l’un des piliers du Madagascar Action Plan, qui trace la feuille de route du pays pour la période 2007-2012. La lutte contre la malnutrition est également l’un des Objectifs du Millénaire pour le Développement, dont l’Etat s’est inspiré pour la formulation d’une Politique Nationale de Nutrition, avec pour but d’en réduire le taux de moitié d’ici 2015.

C’est ainsi que 5.550 sites de nutrition communautaires ont été établis sur l’étendue du territoire malgache, appuyés par le Programme National de la Nutrition Communautaire (PNNC). La Banque mondiale figure parmi les principaux partenaires du Gouvernement malgache dans la mise en place du PNNC, à travers un financement de 10 millions de dollars.

« A travers le Programme national de nutrition communautaire, le gouvernement malgache avec l'appui de la Banque mondiale met en œuvre des activités destinées à sensibiliser la population malagasy sur les problèmes de malnutrition », explique Maryanne Sharp, Chargée du projet pour le compte de la Banque mondiale.

« En effet, l'amélioration de la connaissance de la population sur les mesures permettant d'éviter les effets néfastes de la malnutrition est vitale afin d'assurer une meilleure croissance des enfants », précise-t-elle.

Dans le district de Maroantsetra, au Nord-Est de la Grande Île, 91 sites sont actifs pour s’attaquer à un taux de malnutrition de 17%. Parmi les sites de ce district figure celui de Soanierana, à 8 kilomètres du centre-ville. Il couvre deux fokontany (quartiers) d’une population totale de 2.645 personnes, dont 238 enfants âgés de 0 à 59 mois.

Une fois par mois, suivant un système de rotation en fonction de cinq tranches d’âge prédéfinies, les mères de famille amènent les enfants au site pour les pesées et suivre les activités d’éducation nutritionnelle. Le site de Soanierana est géré grâce à une collaboration étroite entre le PNNC, l’ONG Fagnanko et la communauté dans son ensemble.

Un pilier exceptionnel, l’agent communautaire de nutrition

Le site de nutrition communautaire de Soanierana bénéficie des services d’une animatrice exceptionnelle, en la personne de Benary. Cette mère de famille âgée d’environ 40 ans a été élue par ses pairs pour devenir l’agent communautaire de nutrition. Elle a la responsabilité de la gestion du site, qui ouvre ses portes trois fois par semaine. « Je réalise des activités avec les mères des enfants de moins de 5 ans, mais aussi pour les autres groupes-cibles du programme : les adolescentes de 13 à 20 ans, les femmes enceintes et les femmes qui allaitent », explique-t-elle. C’est elle qui préside aux pesées, donne des conseils aux mères et réalise des visites à domicile pour assurer le suivi de la croissance des enfants. C’est encore elle qui dirige les démonstrations culinaires.

Les recettes qui y sont présentées sont simples et économiquement à la portée du pouvoir d’achat des ménages, tout en étant respectueuses des principes de nutrition. Et quand certaines mères manquent d’assiduité aux séances, René, le Chef du Fokontany, n’hésite pas à faire du porte à porte pour sensibiliser les mères de famille à la fréquentation du site. Selon lui, « il est de mon devoir de le faire car il y va de l’avenir de nos enfants ».

Grâce à la synergie entre les différents acteurs, les résultats de ce site de Soanierana sont édifiants. Depuis l’ouverture du site en Novembre 2001, le nombre d’enfants dans une situation critique en matière de malnutrition a été réduit de moitié. « J’avais déjà eu trois enfants avant l’ouverture de ce site de nutrition communautaire. Ils n’ont donc pas pu bénéficier d’un suivi nutritionnel. Mon quatrième enfant a eu cette chance, et je constate vraiment qu’il est plus vigoureux et plus éveillé que ses ainés », raconte Laurence qui fréquente le centre depuis quelques mois.

Toute la communauté s’unit pour le fonctionnement du site

Le dynamisme et l’efficacité du site dépasse la responsabilité de Benary et des mères. L’association Baban’ny zaza regroupe les pères de famille, qui se chargent des travaux d’entretien de l’endroit. Le bâtiment a été construit par les habitants du fokontany, avec du matériel récupéré d’une école détruite par un cyclone.

Les familles contribuent également dans les ingrédients utilisés lors des démonstrations culinaires, et dans l’achat de certains ustensiles. Toutefois, pour éviter de mettre trop de pression sur le budget des ménages, un potager communautaire est cultivé. Les légumes qui y sont produits sont utilisés pour les démonstrations culinaires, et le surplus non utilisé est vendu pour renflouer les caisses du site de nutrition.

Cependant, si une mère de famille est en situation de difficulté pour nourrir sa famille, elle peut demander à bénéficier de légumes de ce champ communautaire. « Ce site est performant parce qu’il bénéficie d’une mobilisation exceptionnelle de la communauté, qui malgré ses conditions de vie très modestes, a réuni les énergies pour le faire fonctionner », souligne Lubna Bhayani, Economiste de santé au sein de la Banque mondiale.

En route vers les Objectifs du Millénaire

Le Premier ministre Charles Rabemananjara préside le Conseil national de nutrition. Il souligne : « Les acquis du projet de nutrition soutenus auparavant par la Banque Mondiale ont fait de Madagascar l’un des rares pays d’Afrique qui peut prétendre atteindre les Objectifs de Développement du Millénaire en matière de lutte contre la malnutrition. C’est la raison pour laquelle il a été érigé en un programme à part entière, financé par le Budget de l’Etat et intégré au sein de l’Office National de Nutrition, la nouvelle structure chargée de la coordination de la lutte contre la malnutrition à Madagascar ». Le PNNC est une composante de l’Office National de Nutrition.

Même si le challenge est immense, chaque enfant qui sort des zones de malnutrition sévère ou modérée sur les graphiques de suivi est un petit pas pour les familles, mais un pas qui compte.