Contacts: A Washington: Merrell Tuck (202)473-9516 Portable: (202) 415-1775 Washington, le 7 novembre 2008 – L'histoire nous enseigne que les crises graves peuvent conduire les pays à se replier sur eux-mêmes, ce qui peut avoir des conséquences négatives. Le Rapport sur le développement dans le monde 2009 : Repenser la géographie économique, qui est diffusé aujourd’hui, fait valoir que les politiques qui facilitent la concentration économique et l’intégration économique, tant à l’intérieur des pays qu’entre les pays, favoriseront la croissance à long terme. Cet argument revêt une importance cruciale pour l’Afrique qui a absolument besoin d’accélérer sa croissance pour réduire la pauvreté au cours des années à venir. « La croissance ne se manifeste pas partout à la fois ; les marchés préfèrent certains espaces géographiques par rapport à d’autres »Indermit S. Gill, Directeur du rapport. « Pour promouvoir la prospérité, les gouvernements doivent faciliter la concentration géographique de la production, et non s’y opposer. Ils doivent en même temps adopter des politiques qui permettent de faire bénéficier le plus grand nombre des services essentiels - écoles, sécurité, routes et installations sanitaires. » Le rapport note que l’Afrique subsaharienne est actuellement confrontée aux trois grands obstacles constitués par une faible densité de population ou une population peu nombreuse et dispersée ; l’éloignement des régions isolées par rapport aux centres de l’activité économique ; et les profondes divisions nationales, religieuses et ethniques. Ces aspects de la géographie économique ont pour effet de réduire les liens entre les agents économiques au sein de la région et avec le reste du monde.  « En Afrique subsaharienne, nous pouvons atténuer les difficultés posées par une géographie économique défavorable en améliorant le processus d’urbanisation, en spécialisant davantage les économies nationales et en favorisant l’intégration régionale » explique Shanta Devarajan, économiste en chef de la Région Afrique de la Banque mondiale. « Notre programme d’action doit continuer de donner la priorité à la coopération régionale, la mobilité de la main-d’œuvre, les investissements dans l’infrastructure du commerce, des communications et des transports, la paix et la stabilité, alors même que les pays s'efforcent de contenir les retombées préjudiciables de la crise financière mondiale. » Il est généralement supposé que les activités économiques, que ce soit à l’échelle nationale ou régionale, doivent être bien réparties géographiquement pour que les plus démunis et les plus vulnérables puissent en profiter. Toutefois, le Rapport sur le développement dans le monde insiste sur le fait que, en tentant de disperser les activités économiques, on peut entraver la croissance et on ne lutte pas efficacement contre la pauvreté. Pour favoriser une croissance rapide et partagée, les gouvernements doivent promouvoir l’intégration économique, qui dépend fondamentalement de la mobilité des personnes, des produits et des idées. « Contrairement à ce que beaucoup croient, si l’urbanisation s’effectue de manière adéquate, elle peut aider le développement en Afrique plus que dans toute autre région » note M.Gill. « Les niveaux de vie sont beaucoup plus élevés dans les villes africaines que dans les zones rurales de la région, de sorte que, si le processus est mieux géré, il pourrait être possible de réaliser d’importants gains de productivité et de faire nettement reculer la pauvreté. » S’il continue d’être important d’investir dans l’agriculture, le rapport suggère que l’Afrique doit utiliser avec modération les incitations visant à attirer des industries dans les régions retardataires parce que cette approche ne s’est pas avérée efficace dans d’autres parties du monde . Dans les pays africains enclavés retardataires, les investissements devraient être orientés vers les ressources humaines — par le biais d’infrastructures sociales comme celles de l’éducation et de la santé — et non pas vers des sites géographiques, tandis que dans les pays côtiers les plus avancés, ils devraient viser l’infrastructure physique et l’amélioration de l’intégration avec les marchés mondiaux. « L’Europe de l’ouest, qui est à présent une région très intégrée, a commencé par des initiatives limitées et a géré les attentes de manière réaliste » explique Katherine Sierra, vice-présidente de la Banque mondiale, développement durable. « En Afrique, les projets d’infrastructure — notamment dans l’hydroélectricité, les transports et les TIC — sont de bons points de départ. » Selon le rapport, l’Afrique bénéficierait de la création de « zones économiques régionales » qui lieraient les intérêts économiques des pays les plus avancés et ceux des pays retardataires et fourniraient un cadre pour la fourniture de biens publics régionaux. Des régions économiques régionales bien conçues favoriseraient aussi l’intégration des pays à l'échelle du continent. Il serait alors possible d’aider la main-d’œuvre, le capital, les biens et les services à circuler plus aisément dans ces zones, tout en maintenant et en protégeant les voies d’accès des pays enclavés aux débouchés commerciaux. Une telle stratégie implique une coopération institutionnelle, des investissements dans les infrastructures régionales, et une action concertée des pays, est-il expliqué dans le rapport. En contrepartie, les partenaires de développement pourraient s’engager à accroître leur aide financière pour améliorer les conditions de vie et valoriser le capital humain dans les pays retardataires et pour mettre en place d'infrastructures nécessaires à la poursuite de la croissance, et assurer un accès préférentiel aux exportations africaines. Des programmes ont déjà été entrepris en ce domaine. Par exemple, en 2007, le Royaume-Uni a alloué 1,4 milliard de dollars sur les dix années suivantes pour appuyer les efforts menés par le Burundi, le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie afin de revitaliser la Communauté économique de l’Afrique de l’Est. Le rapport implique que tous les donateurs pourraient adopter une démarche plus énergique. FAITS SAILLANTS - La croissance ne va pas sans transformations géographiques. L’Afrique est le continent le moins urbanisé du monde, puisque seulement un tiers de sa population vivait dans des zones urbaines en 2000. Les trajets à l'intérieur des pays de la région sont très longs — l’Afrique a l’une des densités routières les plus faibles au monde. Sur la mappemonde, l’Afrique est aussi proche des marchés mondiaux que l’Asie de l’Est ; pourtant le coût du transport de marchandises jusque, par exemple, la côte est des États-Unis, est deux fois plus élevé pour les marchandises qui viennent d’Afrique que pour celles qui viennent d’autres régions. L’accès aux marchés régionaux est également coûteux : il faut une quarantaine de jours à un exportateur africain pour passer la frontière et entrer dans un pays voisin, contre 22 jours à un exportateur d’Amérique latine. En Afrique de l’Ouest, les frontières nationales sont quatre fois plus « épaisses » qu’en Europe de l’Ouest — et entravent le mouvement des biens, des capitaux, des personnes et des idées. Le rapport suggère que les ingrédients d'une croissance rapide et partagée sont : l’augmentation de la densité qu’entraîne le développement des villes, le raccourcissement des distances qui accompagne la migration des populations et la diminution du coût des transports, et la réduction des divisions qui suit « l’amenuisement » des frontières économiques des pays.
- Les niveaux de vie convergent avec le développement. Presque partout dans le monde les taux de pauvreté en milieu rural sont plus élevés que dans les zones urbaines.Les pays où se concentrent le milliard d’habitants le plus pauvre de la planète —dont un grand nombre se trouve en Afrique subsaharienne — comptent 12 % de la population mondiale mais ne produisent que 1 % du GDP global. Toutefois, l’incidence de la localisation sur les niveaux de vie est de moins en moins sensible lorsque les pays prospèrent.Les estimations basées sur plus d'une centaine d'enquêtes sur les niveaux de vie montrent que la consommation des ménages des régions les plus prospères de pays en développement comme le Ghana est supérieure de près de 75 % à celle des ménages des régions retardataires. Dans les pays riches, l’écart est inférieur à  25 %.
- L'activité économique se concentre lorsque les régions prospèrent. La moitié de la production du monde provient de 5 % seulement des terres de la planète, soit une superficie inférieure à celle de l'Algérie. Tokyo, la plus grande métropole du monde, abrite 35 millions d’habitants — le quart de la population du Japon — mais occupe moins de 4 % de la superficie du pays. Le Caire produit plus de la moitié du PIB égyptien mais n’utilise à cette fin que 0,5 % du territoire national. Les trois États du sud et du centre du Brésil représentent 15 % de la superficie du pays, mais génèrent plus de la moitié de la production nationale. L’Amérique du Nord, l’Union européenne et le Japon — qui comptent globalement moins d’un milliard d’habitants — sont à l’origine des deux-tiers environ de la production du monde.
- La prospérité est fonction de la mobilité des personnes et des produits. La Corée, qui était rurale à plus de 80 % en 1950 était devenue urbaine à plus 80 % en 1990, et son revenu par habitant est passé dans le même temps du niveau actuel du Bénin à un niveau supérieur à celui du Portugal. La plus grande économie du monde, qui est celle des États-Unis, est aussi l’une des plus mobiles, puisque quelque 35 millions de personnes changent de lieu de résidence chaque année. En Chine, plus de 150 millions d’habitants se sont implantés dans les régions côtières à la fin des années 90. La baisse du coût des transports favorise la spécialisation et les échanges entre les économies parvenues à des stades de développement analogues. Les échanges intra-industriels — ceux qui concernent des biens et des services plus ou moins similaires — représentent désormais la moitié du commerce mondial, contre un quart environ dans les années 60. Comme ces échanges sont particulièrement sensibles au coût des transports, ils sont en grande partie le fait de l’Asie de l’Est, de l’Amérique du Nord et de l’Europe de l’Ouest.
Le rapport et les documents y afférents sont librement accessibles sur le site : http://www.worldbank.org/wdr2009. |