| WASHINGTON, 14 avril 2009— Il y a moins d'un an de cela, un sentiment d'optimisme régnait dans de nombreux pays africains. Les taux de croissance en Afrique sub-saharienne étaient comparables à ceux de l'Asie, et se situaient à environ 6 pour cent, découlant du niveau élevé des prix des denrées de première nécessité, d’un environnement mondial favorable - mais aussi de l'amélioration de la gestion économique, des investissements, du flux de capitaux privés et de la gouvernance. Mais une crise mondiale sans précédent menace maintenant ces acquis et la plupart des pays d'Afrique commencent à ressentir de plein fouet la récession. La croissance dans la région devrait baisser à 2,4 pour cent en 2009, entraînant une augmentation de la pauvreté, de la mortalité infantile et entrainant ainsi la détérioration rapide des budgets. C’est le cas pour les pays riches en matières premières qui ont bénéficié de l'augmentation rapide des revenus au cours de l'année. Ces recettes avaient conduit à la croissance dans de nombreux pays africains. Mais à la suite de la crise financière, la baisse des prix du diamant au Botswana a poussé les grands opérateurs de mines de diamants à suspendre leurs opérations. En Zambie, où le prix du cuivre a presque doublé au cours des trois dernières années, pour atteindre 9000 dollars américains en 2008, les prix ont chuté de moins de 4000 dollars au cours des derniers mois. Les mines de cuivre en République démocratique du Congo ont été touchées de la même façon, de même que le prix du pétrole au Gabon. La crise actuelle se traduit par des restrictions budgétaires, un ralentissement de l'investissement étranger, une augmentation du chômage, et la détérioration des indicateurs de développement humain. En période de hausse des prix, la bonne gestion des revenus pétroliers et miniers a le potentiel pour être un tremplin pour le développement. Avec un environnement mondial moins propice, il devient encore plus urgent pour les gouvernements de faire une utilisation judicieuse des ressources disponibles, et de prendre des mesures structurelles et institutionnelles pour faire en sorte que les expansions à venir – ce qui ne manquera pas de se reproduire - soient exploitées pour lutter contre la pauvreté et améliorer la vie des citoyens. Comment les gouvernements peuvent faire de sorte que les revenus des ressources sont utilisés à bon escient? Quelque 28 gouvernements africains ont adopté l'Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (EITI), dans le but d'améliorer la gouvernance par le biais de la vérification et la publication complète des paiements que les sociétés reversent et les recettes publiques provenant du pétrole, du gaz et des mines. En outre, 37 compagnies minières de pétrole et de gaz ont décidé de soutenir l'initiative, de même que les investisseurs institutionnels gérant des actifs s'élevant, avant la crise financière, à plus de 14 billions de dollars. L'adhésion à l'EITI est une première étape qui envoie un signal fort de l'engagement du gouvernement à la transparence. De plus, pour que les citoyens soient en mesure de récolter les bénéfices de l'exploitation minière, la transparence est nécessaire dans l'ensemble des flux des ressources, allant de l’attribution et au suivi des contrats, à la façon dont les taxes et les redevances sont perçues et à la manière dont les choix d'investissement sont exécutés. C'est ce qu'on appelle le «EITI + +», qui met l'accent sur l'amélioration de la gestion des ressources de l'ensemble de la chaîne allant des recettes aux résultats pour les citoyens. La communauté internationale, y compris la Banque mondiale, peut aider les pays dans l'amélioration de la gestion des flux de ressources, cependant la société civile aura à jouer un rôle clé dans cette initiative. Plusieurs pays se concentrent à présent sur cette chaîne de ressources. Le Niger et le Libéria ont approché leurs partenaires techniques pour une assistance juridique sur l'attribution des marchés. Au Mozambique et en Tanzanie, les travaux d'analyse contribuent à favoriser un dialogue sur la gestion des dépenses publiques et la responsabilité financière dans le contexte de la hausse des revenus provenant de l'extraction minière. Certains pays demandent un appui dans des domaines tels que la mise aux enchères de licences et de la négociation des contrats avec de grands investisseurs, la gestion des revenus liés aux fluctuations des pris des matières premières, ou dans l'amélioration de la composition et la qualité des investissements publics. Comme l'illustre la crise, les pays dotés de matières premières doivent également se préparer à faire face à l’éventualité d’une époque où leurs ressources pétrolières et minières pourraient être épuisées, en diversifiant leurs sources de croissance. La diversification n'est pas une tâche simple ; elle nécessite d'importants changements de politique et des investissements tout aussi importants dans les institutions, les capacités humaines, la santé, l'éducation et les infrastructures. Par exemple, de nombreux pays riches en ressources minières n’ont pas encore exploité leur potentiel agricole. Or, le secteur agricole a fait croître d’un tiers le PIB de l'Afrique au cours des 15 dernières années ; et pourvu qu’on y consacre un support adéquat, notamment par l'amélioration de la qualité de l'eau, la gestion des terres, les routes rurales et une meilleure politique de l'environnement, la productivité de ce secteur et sa valeur ajoutée pourraient augmenter de manière significative. Le secteur agricole sera renforcé et contribuera à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté, tout en atténuant les risques de sur-dépendance sur les ressources minérales. Une transformation des économies nationales peut découler de l’association des efforts de réforme et de diversification. On peut faire en sorte qu’un plus grand impact sur le développement soit obtenu en période de baisse des prix et à partir des ressources disponibles, et ainsi jeter les bases d'une croissance économique générale quand les prix reviennent à la hausse. En développant d'autres sources de croissance, les pays peuvent atténuer l'impact des chocs tels que la baisse spectaculaire des prix en 2008. Ainsi, les pays africains riches en ressources peuvent tracer une voie différente des précédents cycles d'expansion et de rupture qui ont conduit au paradoxe de la pauvreté pernicieuse au milieu de l'abondance des ressources. Cette crise est une opportunité pour la transformation des économies africaines ; elle invite dirigeants et citoyens à conjuguer leurs efforts pour agir en urgence. C’est faisable! (*) Obiageli Ezekwesili est la vice-présidente de la Banque mondiale pour l’Afrique. |