- Les pays disposant d’une marge budgétaire doivent envisager la mise en place d’un plan de relance pour surmonter la crise
- Diversifier les économies afin de réduire au minimum l’incidence de la baisse des cours des matières premières
- Les pays développés doivent honorer leurs promesses en matière d’aide extérieure
WASHINGTON, 28 avril 2009 – Les ministres des Finances africains ont invité les institutions financières internationales à soumettre les pays riches à la même rigueur en matière de surveillance et aux mêmes conditionnalités relatives à la préservation de la stabilité microéconomique qui sont imposées aux pays en développement. Prenant la parole lors d’une conférence de presse qui a eu lieu à l’occasion des Assemblées de printemps de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, trois ministres – de la Zambie, de la Côte-d’Ivoire et de la Tanzanie – ont déploré les conséquences de la crise sur l’Afrique, mais ont réitéré la détermination de leur pays à la surmonter. Les responsables africains de la finance ont sévèrement critiqué les agences internationales de notation du crédit, leur reprochant de n’avoir pas prédit la crise et ont interpellé les institutions financières internationales en leur recommandant de mieux assurer leur fonction de surveillance de l’économie mondiale et demander des comptes aussi bien aux pays riches qu’aux pays en développement. « Cette crise intervient au moment où les gouvernements africains ont pris de vastes mesures en vue de réformer leur économie, avec des succès notables », a déclaré Mustafa Mkulo, ministre tanzanien des Finances et de l’Économie, tout en exhortant les pays riches à mettre tout en œuvre pour éviter au monde une crise prolongée qui aurait des conséquences désastreuses pour la région la plus pauvre au monde. « Cette crise menace d’annihiler les acquis des dix dernières années et de mettre à mal nos plans en vue de consolider les progrès enregistrés ». Le ministre zambien des Finances, M. Situmbeko Musokotwane, a déclaré que, contrairement aux pays riches, la Zambie a moins de marge de manœuvre pour mettre en place un plan de relance en vue de sauver son secteur privé, notamment le secteur minier qui a été durement frappé après la chute du cours du cuivre. « Toutefois, l’on peut percevoir un plan de relance à travers les dépenses et les réductions d’impôts, plus particulièrement dans le secteur minier et dans le secteur agricole, qui visent à sauver les emplois et assurer l’autosuffisance alimentaire », a expliqué Musokotwane. « Nous devons faire preuve d’imagination en assurant une relance par l’emprunt national, des ressources que nous avons consacrées à l’éducation, à la santé, à l’agriculture et à créer des conditions favorables à l’investissement privé », a-t-il ajouté. Une crise qui touche les exportations de matières premières Le ministre ivoirien des Finances, M. Charles Koffy Diby, a décrit trois domaines dans lesquels la crise touche les économies africaines : la restructuration de la demande à l’échelle mondiale, l’effondrement des cours des matières premières et la pénurie d’investissements directs étrangers, de fonds et flux divers en direction de l’Afrique. Il a plaidé en faveur d’une accélération de la mise en œuvre des résolutions du G20 d’avril dernier. « Les mesures arrêtées en avril par le G20 devraient se révéler utiles pour les pays africains qui s’efforcent de contenir les effets de la crise », a déclaré M. Diby. « Il s’agit de faire en sorte que les modalités de mise en œuvre des mesures prises par le G20 soient définies dans les meilleurs délais de sorte à éviter que le coût de l’impact n’augmente pas de manière trop vertigineuse car nos pays ont des économies vulnérables. Les ministres ont ensemble indiqué les domaines où leurs pays respectifs ont souffert le plus des effets de la crise, en dressant un tableau qui rappelait le scénario qui se dessinait dans le reste de l’Afrique. Les secteurs du coton, du café et du sisal en Tanzanie ont été les plus durement affectés, de même que les recettes générées par les exportations de fleurs et le tourisme, selon le ministre Mkulo. Les prix du coton ont piqué du nez dans le sillage de la baisse de la demande, occasionnant de lourdes pertes et des défauts de paiement des prêts, ce qui a eu un impact négatif sur le secteur financier. Rien que dans le secteur du sisal, 2,1 millions de personnes ont été affectés de manière défavorable. En Côte-d’Ivoire, selon le ministre Diby, à l’exception du cacao, la production des produits d’exportation a sensiblement diminué. Dans le secteur de la noix de cajou, par exemple, nous avons observé une réduction de 52,1 % des exportations. Les exportations d’ananas et de banane ont aussi baissé. Les autres secteurs affectés sont les secteurs du bois, de la construction et de la transformation du bois où la production est suspendue faute de commandes venant de l’étranger. Le logement a aussi fait les frais de la crise, à telle enseigne que 10 % des entreprises dans ce secteur sont en difficulté. Beaucoup d’entre elles sont en faillite. De ce fait, près de 7 400 personnes ont perdu leur emploi dans le secteur. Le ministre zambien, M. Musokotwane a expliqué que c’est dans le secteur minier que la Zambie a été le plus durement affectée à cause des compressions de personnel et des pertes de recettes fiscales consécutives à la baisse des prix. Il a ajouté que la Zambie a perdu 12 000 emplois directs dans le secteur minier, une situation qui a des conséquences au plan socioéconomique. Les ministres ont exhorté les pays développés à honorer leurs promesses concernant l’aide publique au développement. Ils ont appelé les pays riches à diriger une partie des ressources affectées à la relance vers les pays en développement pour leur permettre de faire face à la menace qui pèse sur leurs économies. Les ministres ont aussi invité les pays riches à fournir des ressources additionnelles aux institutions financières internationales en vue de permettre au FMI d’accroître sa capacité à répondre aux difficultés économiques actuelles. Ils ont en outre demandé aux pays riches d’étendre l’accès au marché pour les exportations en provenance des pays en développement. |