Contacts : À Nairobi : Peter Warutere : (254-20) 322-6444 pwarutere@worldbank.org À Washington : Merrell Tuck : (202) 473-9516 mtuckprimdahl@worldbank.org NAIROBI, 15 septembre 2009 – D’après un rapport publié aujourd’hui par la Banque mondiale, il devient manifeste que l’Afrique peut devenir un pôle de croissance dynamique dans une économie en pleine mutation. Cela étant, la région doit s’attaquer de toute urgence aux problèmes posés par la plus grande variabilité du climat et l’élévation des températures si elle veut rester performante et préserver ses acquis récents. Le Rapport sur le développement dans le monde 2010 : Développement et changement climatique, dont la publication précède les réunions qui se tiendront en décembre à Copenhague sur le changement climatique, cite des données qui montrent qu’un réchauffement de 2° C par rapport à l’époque pré-industrielle pourrait entraîner une réduction permanente de l’ordre de 4 à 5 % de la consommation annuelle par habitant en Afrique. Les auteurs appellent à prendre des mesures immédiates pour faire en sorte que les perspectives de développement de l’Afrique ne soient pas compromises par la variabilité du climat et le changement climatique. Au plan international, les pays riches, qui ont été la principale source d’émissions de gaz à effet de serre dans le passé, doivent agir dès à présent pour que le monde ne s’enferme pas dans des choix qui renforcent l’insécurité face aux changements climatiques, explique le rapport. Ils doivent se fixer des objectifs ambitieux de réduction des émissions au plan national, ce qui stimulera par ailleurs la demande de sources d’énergie de substitution, et ils doivent fournir des financements aux pays en développement pour les aider à prendre des mesures d’adaptation et à jeter les fondements d’une croissance à faible intensité de carbone. « Les pays d’Afrique subsaharienne sont plus particulièrement touchés par le changement climatique, » explique Marianne Fay, co-directrice du rapport et Économiste en chef pour le développement durable à la Banque mondiale. « Ils ont besoin d’un soutien financier et technique accru pour pouvoir tout à la fois aider les populations vulnérables à s’adapter à l’évolution du climat et satisfaire leurs besoins énergétiques immédiats. » La variabilité du climat n’est pas une nouveauté pour l’Afrique, qui y a déjà été confrontée au cours de son histoire ; mais les phénomènes météorologiques extrêmes, tels qu’inondations ou sécheresse, ont nettement gagné en fréquence et en intensité ces dernières années, et selon les prévisions, la tendance ira en s’aggravant. La vulnérabilité naturelle de la région s’en trouvera donc accrue. Cette évolution pourrait être lourde de conséquences pour ceux qui vivent de l’agriculture pluviale, secteur qui emploie environ 70 % de la population africaine. En l’absence de gains de productivité agricole importants, la sécurité alimentaire de la région risque d’être compromise. Pour les Kényens, les effets du changement climatique prennent la forme de graves pénuries de denrées alimentaires, d’eau et d’électricité, qui grèvent les ressources budgétaires et qui, dans un contexte de crise économique mondiale, assombrissent les perspectives de redressement du pays. « À mesure que les gouvernements et les citoyens prennent davantage conscience des conséquences du changement climatique pour leur survie, les stratégies d’adaptation et la gestion du risque climatique deviennent des éléments centraux des objectifs de développement des pays africains, » observe Johannes Zutt, directrice des opérations pour le Kenya à la Banque mondiale. « Au Kenya, la Banque appuie des initiatives, comme le Projet de gestion des terres arides ou le Projet de développement communautaire et d’atténuation des inondations dans l’ouest du pays, qui témoignent de notre volonté de promouvoir une stratégie intégrée dans ce domaine, » ajoute Mme Zutt, également chargée des opérations pour les Comores, l’Érythrée, le Rwanda, les Seychelles et la Somalie. L’accès à l’énergie est essentiel à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté dans la région ; aucun pays au monde n’est parvenu à se développer sans un approvisionnement énergétique suffisant. En Afrique, où le bois, le charbon de bois et d’autres ressources énergétiques tirées de la biomasse représentent environ 80 % de l’approvisionnement en énergie primaire des pays, plus de 550 millions de personnes n’ont pas accès à des sources d’énergie moderne. La région dispose d’un énorme potentiel hydroélectrique, solaire et éolien et d’autres sources d’énergie renouvelable, mais la mise en valeur de ce patrimoine exige des moyens techniques et financiers. Elle dispose également de ressources non renouvelables, en particulier de charbon, que plusieurs pays ne devront pas tarder à exploiter s’ils veulent améliorer l’accès à l’énergie et le rendre plus équitable. Le changement climatique est porteur de possibilités pour l’Afrique. Une meilleure gestion des terres et des ressources en eau et une focalisation de l’attention sur des maladies liées au climat, comme le paludisme, stimuleraient la croissance économique. En cas de catastrophes naturelles plus fréquentes, il serait moins coûteux d’intégrer systématiquement l’adaptation au changement climatique dans le processus de développement que de monter après coup des opérations de secours, de remise en état et de relèvement. La nouvelle stratégie élaborée par la Banque mondiale pour promouvoir un développement à l’épreuve du changement climatique dans la région (Making Development Climate Resilient) traite également de l’amélioration des connaissances, du renforcement des capacités, de l’accroissement des financements et des possibilités d’atténuer les effets du changement climatique. Les pays africains contribuent pour moins de 4 % aux émissions de CO2 à l’échelle de la planète, mais ils peuvent prendre des mesures d’atténuation, le plus souvent en optant pour des pratiques améliorées, telles que la gestion durable des terres et des forêts, qui contribuent de manière substantielle au développement. La Banque appuie plus de 60 projets en Afrique qui reconnaissent l’importance de la lutte contre les effets du changement climatique.
L’innovation joue un grand rôle dans la recherche de solutions au dilemme climatique, selon le rapport. Ainsi, les résultats préliminaires de deux projets pilotes permettant de générer des crédits carbone dans le secteur agricole dans l’ouest du Kenya montrent que les petits producteurs peuvent aussi être associés pleinement au marché du carbone. Le Fonds biocarbone de la Banque mondiale achète des crédits carbone dans le cadre de ces projets. EN BREF : LE DÉVELOPPEMENT DE L’AFRIQUE FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE - D’après les dernières prévisions de la Banque mondiale, la croissance du PIB en Afrique subsaharienne s’établira à 3,7 % en 2010, contre 1,3 % pour l’ensemble des pays riches et 2,5 % pour l’ensemble des pays en développement, hors Inde et Chine.
- Les spécialistes du changement climatique estiment qu’un réchauffement de la planète de 2° C par rapport à l’époque pré-industrielle pourrait entraîner une réduction permanente de l’ordre de 4 à 5 % de la consommation annuelle par habitant en Afrique (Nordhaus & Boyer, 2000 ; Stern, 2007). Cette élévation des températures pourrait également détruire entre 10 et 15 % des espèces (Parry et al. 2007).
- L’agriculture pluviale contribue pour environ 30 % à la formation du PIB régional, mais cette source de revenu pourrait commencer à se tarir. D’ici à 2080, entre 9 et 20 % au bas mot des terres arables de la région seront devenues beaucoup moins cultivables. Environ 86 % des terres sont d’ores et déjà en situation de stress hydrique en Afrique subsaharienne.
- Le continent africain souffre d’une fragilité naturelle (les deux tiers de sa superficie sont constitués de terres désertiques ou arides), et il est très exposé aux risques de sécheresse et d’inondation qui s’aggraveront probablement avec l’évolution du climat. Plusieurs pays de la région ont connu des inondations catastrophiques, un phénomène autrefois rare. En 2000, les inondations qui ont ravagé le Mozambique auraient coûté 550 millions de dollars au pays, soit 1,5 % du PIB national.
- L’Afrique est en pleine urbanisation, et, à ce rythme, les citadins seront plus nombreux que les ruraux à l’horizon 2030. Les zones urbaines devraient gagner environ 300 millions d’habitants au cours des 25 prochaines années, il est donc crucial de mettre en place une planification urbaine à l’épreuve du changement climatique.
- D’ici à 2030, le nombre d’Africains exposées au paludisme, une maladie liée au climat, aura augmenté de 90 millions, soit une progression de 14 % (Hay et al., 2006).
- Plus de 550 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité, et 25 pays d’Afrique subsaharienne sont en situation de crise énergétique. En moyenne, seulement 24 % de la population a accès à une énergie moderne. Au Rwanda, 93 personnes sur 100 n’ont pas accès à l’électricité, et en République démocratique du Congo, c’est le cas de 94 personnes sur 100.
- Les ressources énergétiques tirées de la biomasse représentent environ 80 % de l’approvisionnement en énergie primaire des pays africains. La pollution de l’air intérieur imputable à la combustion de biomasse contribue aux infections respiratoires qui sont la cause de 17 % des décès d’enfants de moins de cinq ans.
- L’Afrique dispose d’un énorme potentiel d’énergies renouvelables: elle n’exploite que 8 % de son potentiel hydroélectrique, par exemple, alors que l’Amérique latine utilise 30 % du sien. La valorisation de ces ressources exige cependant des moyens techniques et financiers.
- Plusieurs pays africains commencent à s’associer aux efforts déployés pour réduire les émissions dues au déboisement et à la dégradation des sols (REDD). Les futurs instruments REDD qui seront mis en œuvre à cet effet dans la région pourraient leur procurer de gros avantages.
- Comme les pauvres sont exposés aux changements climatiques, les systèmes de protection sociale revêtent une importance toute particulière. En Éthiopie, un projet de sécurité alimentaire accorde une place importante à la protection des bassins versants et facilite ainsi la mise en œuvre de stratégies d’adaptation de nature à atténuer les effets de la sécheresse et des inondations sur les terres agricoles
- Les pays africains ont cruellement besoin d’améliorer leurs systèmes de surveillance et de prévision. D’après l’Organisation météorologique mondiale, l’Afrique dispose d’un réseau de stations météorologiques huit fois moins étendu que ce que prévoient les recommandations minimum, chaque station couvrant une superficie de 26 000 km2
(Science and Development Network, 2006).
Le rapport peut être consulté à l’adresse suivante : http://www.worldbank.org/wdr2010 L’adresse du blog de la Banque mondiale sur le changement climatique est la suivante (contenu en anglais) : http://blogs.worldbank.org/climatechange |