Selon la Banque mondiale, l’Afrique doit établir des plans en prévision des changements climatiques pour maintenir le cap de la croissance économique

Disponible en: English
No du communiqué de presse:2007/58/DEC

Contacts :
Ă€ Nairobi :
Peter Warutere : (254-20) 322-6444
pwarutere@worldbank.org

Ă€ Washington : Merrell Tuck : (202) 473-9516
mtuckprimdahl@worldbank.org 

NAIROBI, 15 septembre 2009 – D’après un rapport publié aujourd’hui par la Banque mondiale, il devient manifeste que l’Afrique peut devenir un pôle de croissance dynamique dans une économie en pleine mutation. Cela étant, la région doit s’attaquer de toute urgence aux problèmes posés par la plus grande variabilité du climat et l’élévation des températures si elle veut rester performante et préserver ses acquis récents.

Le Rapport sur le développement dans le monde 2010 : Développement et changement climatique, dont la publication précède les réunions qui se tiendront en décembre à Copenhague sur le changement climatique, cite des données qui montrent qu’un réchauffement de 2° C par rapport à l’époque pré-industrielle pourrait entraîner une réduction permanente de l’ordre de 4 à 5 % de la consommation annuelle par habitant en Afrique. Les auteurs appellent à prendre des mesures immédiates pour faire en sorte que les perspectives de développement de l’Afrique ne soient pas compromises par la variabilité du climat et le changement climatique.

Au plan international, les pays riches, qui ont été la principale source d’émissions de gaz à effet de serre dans le passé, doivent agir dès à présent pour que le monde ne s’enferme pas dans des choix qui renforcent l’insécurité face aux changements climatiques, explique le rapport. Ils doivent se fixer des objectifs ambitieux de réduction des émissions au plan national, ce qui stimulera par ailleurs la demande de sources d’énergie de substitution, et ils doivent fournir des financements aux pays en développement pour les aider à prendre des mesures d’adaptation et à jeter les fondements d’une croissance à faible intensité de carbone.

« Les pays d’Afrique subsaharienne sont plus particulièrement touchés par le changement climatique, » explique Marianne Fay, co-directrice du rapport et Économiste en chef pour le développement durable à la Banque mondiale. « Ils ont besoin d’un soutien financier et technique accru pour pouvoir tout à la fois aider les populations vulnérables à s’adapter à l’évolution du climat et satisfaire leurs besoins énergétiques immédiats. »

La variabilité du climat n’est pas une nouveauté pour l’Afrique, qui y a déjà été confrontée au cours de son histoire ; mais les phénomènes météorologiques extrêmes, tels qu’inondations ou sécheresse, ont nettement gagné en fréquence et en intensité ces dernières années, et selon les prévisions, la tendance ira en s’aggravant. La vulnérabilité naturelle de la région s’en trouvera donc accrue.

Cette évolution pourrait être lourde de conséquences pour ceux qui vivent de l’agriculture pluviale, secteur qui emploie environ 70 % de la population africaine. En l’absence de gains de productivité agricole importants, la sécurité alimentaire de la région risque d’être compromise.

Pour les Kényens, les effets du changement climatique prennent la forme de graves pénuries de denrées alimentaires, d’eau et d’électricité, qui grèvent les ressources budgétaires et qui, dans un contexte de crise économique mondiale, assombrissent les perspectives de redressement du pays.

« À mesure que les gouvernements et les citoyens prennent davantage conscience des conséquences du changement climatique pour leur survie, les stratégies d’adaptation et la gestion du risque climatique deviennent des éléments centraux des objectifs de développement des pays africains, » observe Johannes Zutt, directrice des opérations pour le Kenya à la Banque mondiale. « Au Kenya, la Banque appuie des initiatives, comme le Projet de gestion des terres arides ou le Projet de développement communautaire et d’atténuation des inondations dans l’ouest du pays, qui témoignent de notre volonté de promouvoir une stratégie intégrée dans ce domaine, » ajoute Mme Zutt, également chargée des opérations pour les Comores, l’Érythrée, le Rwanda, les Seychelles et la Somalie.

L’accès à l’énergie est essentiel à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté dans la région ; aucun pays au monde n’est parvenu à se développer sans un approvisionnement énergétique suffisant. En Afrique, où le bois, le charbon de bois et d’autres ressources énergétiques tirées de la biomasse représentent environ 80 % de l’approvisionnement en énergie primaire des pays, plus de 550 millions de personnes n’ont pas accès à des sources d’énergie moderne. La région dispose d’un énorme potentiel hydroélectrique, solaire et éolien et d’autres sources d’énergie renouvelable, mais la mise en valeur de ce patrimoine exige des moyens techniques et financiers. Elle dispose également de ressources non renouvelables, en particulier de charbon, que plusieurs pays ne devront pas tarder à exploiter s’ils veulent améliorer l’accès à l’énergie et le rendre plus équitable.

Le changement climatique est porteur de possibilités pour l’Afrique. Une meilleure gestion des terres et des ressources en eau et une focalisation de l’attention sur des maladies liées au climat, comme le paludisme, stimuleraient la croissance économique. En cas de catastrophes naturelles plus fréquentes, il serait moins coûteux d’intégrer systématiquement l’adaptation au changement climatique dans le processus de développement que de monter après coup des opérations de secours, de remise en état et de relèvement.

La nouvelle stratégie élaborée par la Banque mondiale pour promouvoir un développement à l’épreuve du changement climatique dans la région (Making Development Climate Resilient) traite également de l’amélioration des connaissances, du renforcement des capacités, de l’accroissement des financements et des possibilités d’atténuer les effets du changement climatique. Les pays africains contribuent pour moins de 4 % aux émissions de CO2 à l’échelle de la planète, mais ils peuvent prendre des mesures d’atténuation, le plus souvent en optant pour des pratiques améliorées, telles que la gestion durable des terres et des forêts, qui contribuent de manière substantielle au développement. La Banque appuie plus de 60 projets en Afrique qui reconnaissent l’importance de la lutte contre les effets du changement climatique.

L’innovation joue un grand rôle dans la recherche de solutions au dilemme climatique, selon le rapport. Ainsi, les résultats préliminaires de deux projets pilotes permettant de générer des crédits carbone dans le secteur agricole dans l’ouest du Kenya montrent que les petits producteurs peuvent aussi être associés pleinement au marché du carbone. Le Fonds biocarbone de la Banque mondiale achète des crédits carbone dans le cadre de ces projets.

EN BREF : LE DÉVELOPPEMENT DE L’AFRIQUE FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

  • D’après les dernières prĂ©visions de la Banque mondiale, la croissance du PIB en Afrique subsaharienne s’établira Ă  3,7 % en 2010, contre 1,3 % pour l’ensemble des pays riches et 2,5 % pour l’ensemble des pays en dĂ©veloppement, hors Inde et Chine.
  • Les spĂ©cialistes du changement climatique estiment qu’un rĂ©chauffement de la planète de 2° C par rapport Ă  l’époque prĂ©-industrielle pourrait entraĂ®ner une rĂ©duction permanente de l’ordre de 4 Ă  5 % de la consommation annuelle par habitant en Afrique (Nordhaus & Boyer, 2000 ; Stern, 2007). Cette Ă©lĂ©vation des tempĂ©ratures pourrait Ă©galement dĂ©truire entre 10 et 15 % des espèces (Parry et al. 2007).
  • L’agriculture pluviale contribue pour environ 30 % Ă  la formation du PIB rĂ©gional, mais cette source de revenu pourrait commencer Ă  se tarir. D’ici Ă  2080, entre 9 et 20 % au bas mot des terres arables de la rĂ©gion seront devenues beaucoup moins cultivables. Environ 86 % des terres sont d’ores et dĂ©jĂ  en situation de stress hydrique en Afrique subsaharienne.
  • Le continent africain souffre d’une fragilitĂ© naturelle (les deux tiers de sa superficie sont constituĂ©s de terres dĂ©sertiques ou arides), et il est très exposĂ© aux risques de sĂ©cheresse et d’inondation qui s’aggraveront probablement avec l’évolution du climat. Plusieurs pays de la rĂ©gion ont connu des inondations catastrophiques, un phĂ©nomène autrefois rare. En 2000, les inondations qui ont ravagĂ© le Mozambique auraient coĂ»tĂ© 550 millions de dollars au pays, soit 1,5 % du PIB national.
  • L’Afrique est en pleine urbanisation, et, Ă  ce rythme, les citadins seront plus nombreux que les ruraux Ă  l’horizon 2030. Les zones urbaines devraient gagner environ 300 millions d’habitants au cours des 25 prochaines annĂ©es, il est donc crucial de mettre en place une planification urbaine Ă  l’épreuve du changement climatique.
  • D’ici Ă  2030, le nombre d’Africains exposĂ©es au paludisme, une maladie liĂ©e au climat, aura augmentĂ© de 90 millions, soit une progression de 14 % (Hay et al., 2006).
  • Plus de 550 millions d’Africains n’ont pas accès Ă  l’électricitĂ©, et 25 pays d’Afrique subsaharienne sont en situation de crise Ă©nergĂ©tique. En moyenne, seulement 24 % de la population a accès Ă  une Ă©nergie moderne. Au Rwanda, 93 personnes sur 100 n’ont pas accès Ă  l’électricitĂ©, et en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo, c’est le cas de 94 personnes sur 100.
  • Les ressources Ă©nergĂ©tiques tirĂ©es de la biomasse reprĂ©sentent environ 80 % de l’approvisionnement en Ă©nergie primaire des pays africains. La pollution de l’air intĂ©rieur imputable Ă  la combustion de biomasse contribue aux infections respiratoires qui sont la cause de 17 % des dĂ©cès d’enfants de moins de cinq ans.
  • L’Afrique dispose d’un Ă©norme potentiel d’énergies renouvelables: elle n’exploite que 8 % de son potentiel hydroĂ©lectrique, par exemple, alors que l’AmĂ©rique latine utilise 30 % du sien. La valorisation de ces ressources exige cependant des moyens techniques et financiers.
  • Plusieurs pays africains commencent Ă  s’associer aux efforts dĂ©ployĂ©s pour rĂ©duire les Ă©missions dues au dĂ©boisement et Ă  la dĂ©gradation des sols (REDD). Les futurs instruments REDD qui seront mis en Ĺ“uvre Ă  cet effet dans la rĂ©gion pourraient leur procurer de gros avantages.
  • Comme les pauvres sont exposĂ©s aux changements climatiques, les systèmes de protection sociale revĂŞtent une importance toute particulière. En Éthiopie, un projet de sĂ©curitĂ© alimentaire accorde une place importante Ă  la protection des bassins versants et facilite ainsi la mise en Ĺ“uvre de stratĂ©gies d’adaptation de nature Ă  attĂ©nuer les effets de la sĂ©cheresse et des inondations sur les terres agricoles
  • Les pays africains ont cruellement besoin d’amĂ©liorer leurs systèmes de surveillance et de prĂ©vision. D’après l’Organisation mĂ©tĂ©orologique mondiale, l’Afrique dispose d’un rĂ©seau de stations mĂ©tĂ©orologiques huit fois moins Ă©tendu que ce que prĂ©voient les recommandations minimum, chaque station couvrant une superficie de 26 000 km2

(Science and Development Network, 2006).

Le rapport peut être consulté à l’adresse suivante :
http://www.worldbank.org/wdr2010 

L’adresse du blog de la Banque mondiale sur le changement climatique est la suivante (contenu en anglais) :
http://blogs.worldbank.org/climatechange