Adaptation, atténuation des émissions et financements additionnels au cœur de la stratégie de la Banque mondiale pour lutter contre le changement climatique en Afrique

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WASHINGTON, le 30 novembre 2010 — Le continent africain a connu une élévation des températures d’environ un demi-degré au cours du siècle dernier, et la température annuelle moyenne devrait  y augmenter de 1,5 à 4 °C  d’ici l’an 2099, selon les dernières estimations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

L’Afrique va devenir la région du monde la plus exposée aux effets du changement climatique. En Afrique subsaharienne, les phénomènes météorologiques extrêmes vont entraîner une aggravation de l’assèchement des régions arides et des inondations dans les zones humides ; les rendements agricoles pâtiront de récoltes plus mauvaises et les maladies parviendront jusqu’à des altitudes où elles sont aujourd’hui inexistantes. Alors que le paludisme est déjà aujourd’hui la première cause de mortalité en Afrique subsaharienne, on estime que 90 millions d’Africains de plus y seront exposés d’ici 2030.

Selon Idah Pswarayi-Riddihough, spécialiste principale des questions liées à l’environnement et aux ressources naturelles pour la Région Afrique à la Banque mondiale, les effets du changement climatique sur l’environnement auront un impact direct sur le développement économique d’un grand nombre de pays du continent. Les inondations qui ont frappé le Mozambique en 2000 ont coûté au pays 550 millions de dollars et fait reculer son PIB de 1,5 %. Dans le secteur de l’agriculture, entre 9 et 20 % des terres arables situées en Afrique subsaharienne seront  devenues moins cultivables d’ici 2080. Même un réchauffement planétaire de 2°C  par rapport à l’ère préindustrielle pourrait entraîner en Afrique une réduction permanente de l’ordre de 4 à 5 % de la consommation annuelle par habitant.

Le changement climatique doit devenir une priorité du développement

Face aux défis que pose le changement climatique aux pays africains, la Banque mondiale a élaboré un plan d’action axé sur les mesures d’adaptation, les opportunités d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, le renforcement des connaissances et des capacités et l’augmentation des financements disponibles.

Lancée en 2009 et destinée à promouvoir un développement à l’épreuve du changement climatique, cette stratégie (intitulée Making Development Climate Resilient in Sub-Saharan Africa) permet de mettre en évidence les lacunes qui subsistent dans les connaissances, les impacts escomptés et les mesures clés que les États africains et leurs partenaires devront prendre progressivement.

Elle repose sur l’idée que la plus grande variabilité du climat menace les acquis des pays africains sur le front du développement, et qu’il est indispensable d’anticiper ses effets si l’on veut que les efforts menés pour le développement résistent mieux au changement climatique.

Elle préconise l’intégration des mesures climatiques au sein des programmes de développement des pays et articule cette intégration autour de quatre axes d’intervention :

  1. Placer l’adaptation et la gestion des risques climatiques au cœur des stratégies de développement, en mettant notamment l’accent sur la gestion durable des ressources en eau, des sols et des forêts, le développement intégré des zones côtières, l’augmentation de la productivité agricole, les problèmes de santé et les questions de conflit et de migration ;
  2. Tirer parti des possibilités d’atténuation en facilitant l’accès au marché du carbone pour lutter contre les changements d'affectation des terres et la déforestation, en promouvant des sources d’énergie propres (telles que l’énergie hydroélectrique) et le rendement énergétique, et en optant pour une production énergétique propre et économique à partir du charbon ainsi que  pour la réduction des gaz torchés ;
  3. Mettre l’accent sur le développement des connaissances et le renforcement des capacités à travers l’amélioration de la prévision météorologique, la gestion des ressources hydriques, l’information sur l’utilisation des terres, l’amélioration des capacités d’intervention en cas de catastrophe, l’investissement destiné à promouvoir des technologies appropriées, et le renforcement des capacités de planification et de coordination, ainsi que la promotion de la participation et de la consultation ;
  4. Augmenter les possibilités de financement.

L’action de la Banque mondiale

La Banque mondiale a déjà commencé à mettre en place sa stratégie, notamment en intégrant de manière prioritaire la question du changement climatique dans le dialogue qu’elle mène avec les pays pour la formulation de leurs plans de développement. Et près de 7 milliards de dollars d’investissements sont déjà prévus en vue de soutenir sa mise en œuvre.

À Madagascar, par exemple, compte tenu de la très grande exposition du pays aux cyclones, la Banque appuie depuis 2006 de nombreuses activités destinées à réduire les risques : évaluation des risques hydrométéorologiques pour l’agriculture, études de modélisation de l’impact des cyclones, mise à jour des normes et des critères utilisés pour les infrastructures, etc.

La Banque mondiale a également travaillé avec les autorités de huit pays cibles (Burkina Faso, Éthiopie, Ghana, Malawi, Mali, Mozambique, Sénégal et Togo) à l’élaboration et l’adoption de plans nationaux pour la gestion des risques de catastrophes naturelles. Ces plans vont permettre de renforcer la capacité des pays concernés à faire face à la variabilité actuelle du climat et, par la même, à mieux les préparer à celle, plus grande, qui les attend.

Au Nigeria, un financement de 100 millions de dollars a appuyé le programme d’amélioration du réseau express d’autobus (Bus Rapid Transit, BRT) de Lagos et contribué à passer d’un système de transport public complètement congestionné à un modèle plus rapide, moins cher, créateur d’emplois et moins émetteur  de carbone (- 20 %). Dans le secteur de l’énergie, l’initiative Lighting Africa (« Éclairer l’Afrique »), et son budget actuel de 12 millions de dollars, a pour objectif à l’horizon 2030 d’offrir à 250 millions d’habitants d’Afrique subsaharienne privés d’électricité l’accès à des systèmes d’éclairage modernes en tirant parti des nouvelles technologies – lampes fluo-compactes (LFC) et diodes électroluminescentes (LED), alimentées par des sources d’énergies renouvelables ou par des moyens mécaniques. Initié à titre expérimental au Ghana et au Kenya, l’initiative est actuellement déployée en Éthiopie, au Rwanda, au Sénégal, en Tanzanie et en Zambie.

Citons aussi le projet de régénération naturelle assistée de Humbo, dans le sud-ouest de l’Éthiopie, qui va permettre, en s’appuyant sur les communautés locales, de restaurer près de 3 000 hectares de forêts riches en biodiversité et de générer environ 725 000 dollars par la vente des crédits carbone. Ou encore la mise en place d’un projet-pilote au Kenya – le premier de ce type en Afrique – qui vise à soutenir l’adoption de pratiques innovantes de gestion durable des terres agricoles et consiste à verser des paiements à des petits agriculteurs – soit un montant total d’environ 1 million de dollars – afin de les inciter à contribuer à améliorer la fixation du carbone dans les sols.

Si l’on observe donc un certain nombre d’avancées dans la lutte contre les effets du changement climatique en Afrique, Mme Pswarayi-Riddihough alerte sur la nécessité absolue de disposer de plus de financements de la part des bailleurs de fonds internationaux.

« L’adaptation au changement climatique ne se distingue pas du développement », explique-t-elle.

« Si l’on parvient à octroyer aux pays des financements additionnels et à prendre en compte toutes les diverses facettes de la question, je crois que nous allons pouvoir assister à une transformation de l’Afrique sur le front du changement climatique. Nous pouvons avoir bon espoir que quelque chose de positif résultera de tout cela. »




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