Du riz à la lumière : Des villageois troquent leurs produits agricoles contre de l’électricité

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  • Depuis 2009, l’Initiative pour l’électrification en Afrique (AEI) de la Banque mondiale permet aux professionnels d’Afrique subsaharienne d’échanger des solutions innovantes aux problèmes d’accès Ă  l’électricitĂ© en milieu rural, urbain et pĂ©riurbain.
  • Une des propositions retenues Ă  l’issue du rĂ©cent appel Ă  contributions lancĂ© par l’AEI est venue de la GuinĂ©e, oĂą un partenariat public-privĂ© permet aux villageois de payer l’électricitĂ© avec des produits agricoles plutĂ´t qu’avec de l’argent.
  • Pendant la JournĂ©e de l’énergie de la Banque mondiale organisĂ©e le 23 fĂ©vrier Ă  Washington, un dĂ©bat plus large s’engagera sur la participation du secteur privĂ© Ă  la promotion de l’accès universel Ă  l’électricitĂ©.

GOYOLA, le 21 fĂ©vrier 2012. Fin 2009, un petit fournisseur privĂ© d’électricitĂ© lance son service Ă  Goyola, village reculĂ© de GuinĂ©e (Afrique de l’Ouest). Des initiatives analogues ont bien Ă©tĂ© entreprises dans d’autres rĂ©gions du pays, mais Goyola devient un cas unique : 100 % des villageois s’abonnent au service et tous paient leurs factures d’électricitĂ© dans les dĂ©lais.

Quelle est donc la spĂ©cificitĂ© du service proposĂ© Ă  Goyola ? Un modèle de paiement innovant qui permet aux habitants de la localitĂ© d’être raccordĂ©s et de bĂ©nĂ©ficier de l’électricitĂ© non pas en payant avec de l’argent — puisqu’ils n’en ont guère â€” mais en Ă©change des produits qu’ils cultivent.

Pour le dire simplement, il s’agit de troquer du riz contre de la lumière.

PĂ©lĂ©ora Koivogui habite Goyola et salue la simplicitĂ© d’une formule qui tient compte des rĂ©alitĂ©s socio-Ă©conomiques d’une communautĂ© rurale oĂą l’argent est rare : « Ce mode de paiement est plus commode pour nous car nous payons directement avec du riz, de l’huile de palme ou du cafĂ©. Nous n’avons donc pas Ă  nous inquiĂ©ter pour l’argent. Â»

La villageoise apprĂ©cie les bienfaits de l’électricitĂ© au quotidien : Â« Maintenant, nos enfants peuvent faire leurs devoirs mĂŞme la nuit tombĂ©e et regarder des films ou la tĂ©lĂ© sur place. Et nous avons de l’eau et des boissons fraĂ®ches Â».

Le modèle de partenariat public-privé (PPP) déployé à Goyola pour accroître l’accès à l’électricité en milieu rural a remporté un appel à contributions organisé par l’Initiative pour l’électrification en Afrique (AEI) de la Banque mondiale et destiné à faire émerger des solutions innovantes.

Nava Touré dirige le Bureau d’électrification rurale décentralisée (BERD), la structure publique chargée de l’électrification rurale en Guinée. Lors d’une rencontre qui s’est tenue à Dakar en novembre 2011, il a partagé l’expérience menée à Goyola avec 230 représentants d’organismes et fonds africains d’énergie rurale, de ministères, de sociétés de services publics et d’organes de réglementation. Sa communication a été très bien accueillie, suscitant une discussion animée autour des possibilités de transposition de cette expérience ailleurs en Afrique.

Selon M. TourĂ©, « les rĂ©sultats parlent d’eux-mĂŞmes. Les relations entre la compagnie d’électricitĂ© et sa clientèle sont harmonieuses. Ă€ en juger par les rĂ©sultats financiers rassurants obtenus jusqu’ici, nous pouvons estimer que les chances d’assurer la pĂ©rennitĂ© de ce service, et partant les possibilitĂ©s de le transposer ailleurs, sont beaucoup plus grandes que dans le cas d’autres expĂ©riences Â».

Une solution socialement sensible

Le village de Goyola est riche sur le plan agricole : il produit du riz, du maĂŻs, des arachides, du cafĂ©, des bananes et de l’huile de palme Ă  diffĂ©rentes pĂ©riodes de l’annĂ©e. Mais pour pouvoir vendre leurs produits, les agriculteurs doivent les transporter Ă  pied jusqu’au premier marchĂ© situĂ© Ă  6 kilomètres du village. Autant dire qu’ils ne font pas ce pĂ©riple rĂ©gulièrement et que les rentrĂ©es d’argent sont dès lors limitĂ©es. Aussi les villageois sont-ils rĂ©ticents Ă  s’engager pour des services qui requièrent des paiements en espèces rĂ©guliers.

Le modèle de paiement basĂ© sur la production est nĂ© des discussions engagĂ©es entre le petit opĂ©rateur privĂ© — la SociĂ©tĂ© d’électricitĂ© Nakoloma de Goyola (ENDG) â€” et le BERD. Dès que les villageois ont Ă©tĂ© informĂ©s que les frais de raccordement et de consommation pouvaient ĂŞtre acquittĂ©s en nature, Ă  la valeur du marchĂ©, ils ont pris leur abonnement sur-le-champ. L’ENDG stocke les produits, gĂ©nĂ©ralement pendant trois mois, avant de les vendre pendant la saison morte sur le marchĂ© le plus proche.

Lucio Monari, responsable du service Énergie pour la Région Afrique de la Banque mondiale, indique que la Banque va continuer d’encourager les initiatives pilotées par le secteur privé en Guinée, et ailleurs en Afrique subsaharienne, pour accroître l’accès des populations pauvres à l’électricité. La Banque mondiale soutient les efforts déployés par les autorités pour renforcer les PPP en favorisant la mise en place de cadres politiques et réglementaires, en concevant des instruments de financement et des modèles opérationnels et en œuvrant au renforcement des capacités et au partage des connaissances.

« Il est rĂ©confortant d’entendre que la solution crĂ©ative trouvĂ©e Ă  Goyola est bien accueillie par les populations dont elle est transforme les conditions de vie Â», observe Monari. « L’enjeu de la mobilisation du secteur privĂ© dans l’amĂ©lioration de l’accès Ă  l’électricitĂ© demeure pour la Banque un objectif important en Afrique subsaharienne Â».

Faire avancer le débat sur les PPP

Les Ă©changes se prolongent aujourd’hui Ă  Washington, dans le cadre de la JournĂ©e de l’énergie de la Banque mondiale (cĂ©lĂ©brĂ©e le 23 fĂ©vrier), avec un dĂ©bat d’experts sur le thème : « Le secteur privĂ© peut-il favoriser l’accĂ©lĂ©ration de l’accès universel ? Â». OrganisĂ© par l’AEI en coopĂ©ration avec l’ESMAP, le dĂ©bat portera sur des Ă©tudes de cas relatives Ă  des projets d’électrification menĂ©s par le secteur privĂ© en Inde, en GuinĂ©e, au Burkina Faso et au Mali.

Sous la direction de Lucio Monari, les discussions se pencheront sur les difficultés particulières auxquelles sont confrontés les acteurs du secteur privé dans leurs efforts pour accroître l’accès à l’électricité dans les pays les moins avancés. Il s’agira aussi d’examiner les approches que peuvent adopter les pouvoirs publics et le secteur privé pour tirer mutuellement parti de leurs avantages comparatifs.

« Il existe un formidable dĂ©bouchĂ© pour les services Ă©nergĂ©tiques en Afrique et les approches axĂ©es sur l’entreprise offrent un Ă©norme potentiel pour aider Ă  amĂ©liorer les conditions de vie des pauvres Â», ajoute M. Monari. « Cependant, de nouvelles innovations sont toujours nĂ©cessaires pour faire en sorte que les modèles opĂ©rationnels puissent ĂŞtre vĂ©ritablement appliquĂ©s Ă  grande Ă©chelle et reproduits. J’espère vivement que ce dĂ©bat sera l’occasion d’un Ă©change d’idĂ©es passionnant sur la façon dont le secteur privĂ©, les dĂ©cideurs politiques, les financiers et les bailleurs de fonds peuvent s’engager davantage pour stimuler ces progrès Â».

PrĂ©sent Ă  cette confĂ©rence, M. TourĂ© est enthousiaste à  la perspective de partager les leçons tirĂ©es par la GuinĂ©e en matière d’engagement du secteur privĂ©.

« On peut faire tellement mieux Ă  condition de tenir compte des rĂ©alitĂ©s sociales de base que connaissent les communautĂ©s dĂ©munies et les femmes comme PĂ©lĂ©ora Koivogui Â», affirme-t-il. « J’espère rĂ©ussir Ă  dĂ©montrer que les petites entreprises privĂ©es, en partenariat avec les pouvoirs publics, peuvent apporter une contribution dĂ©cisive si elles sont encouragĂ©es Ă  s’adapter et qu’elles reçoivent le soutien idoine Â».




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