Fiche thématique sur l'Afrique subsaharienne
LâAfrique est face Ă une occasion sans prĂ©cĂ©dent de se transformer et de connaĂźtre une croissance soutenue. JusquâĂ lâapparition de la crise Ă©conomique mondiale, la croissance Ă©conomique sur le continent avait atteint une moyenne de 5% par an pendant une dĂ©cennie et avait dĂ©passĂ© 4% de 2006 Ă 2008. Quelque 22 pays non exportateurs de pĂ©trole, dont plusieurs Ătats ayant connu des conflits comme le Mozambique, le Rwanda et lâOuganda, ont affichĂ© une croissance de 4 % ou plus durant la pĂ©riode 1998-2008.
En mĂȘme temps que lâaccĂ©lĂ©ration de la croissance, les progrĂšs sur la voie des objectifs de dĂ©veloppement du MillĂ©naire (ODM) ont Ă©tĂ© tels que de nombreux pays (dont le Cap-Vert, le Malawi, le Ghana et lâĂthiopie) semblent en mesure dâatteindre la plupart de ces objectifs, sinon en 2015, du moins peu aprĂšs. Le taux de pauvretĂ© en Afrique a diminuĂ© dâenviron 1 % par an, passant de 59 % en 1995 Ă 50 % en 2005. Les taux de mortalitĂ© infantile reculent. La pandĂ©mie du VIH/SIDA se stabilise et les taux de scolarisation au niveau de lâenseignement primaire augmentent plus rapidement en Afrique que partout ailleurs.Â
Le secteur privĂ© africain attire de plus en plus dâinvestissements, une grande partie des fonds provenant des banques et investisseurs intĂ©rieurs. Il est en outre Ă lâorigine de lâĂ©mergence dâune classe moyenne africaine de centaines de millions de consommateurs. Les retours sur investissement en Afrique sont parmi les plus Ă©levĂ©s au monde. Le succĂšs des technologies de lâinformation et de la communication (TIC), en particulier le taux de pĂ©nĂ©tration de la tĂ©lĂ©phonie mobile, illustre la rapiditĂ© avec laquelle un secteur peut se dĂ©velopper. Il montre aussi comment le secteur public peut fixer les conditions de la croissance exponentielle dâune industrie vitale qui pourrait transformer le continent. Les flux de capitaux privĂ©s sont supĂ©rieurs aux montants de lâaide publique au dĂ©veloppement.
Si lâAfrique a Ă©tĂ© durement touchĂ©e par la crise mondiale, elle a rĂ©ussi Ă Ă©chapper Ă une rĂ©cession encore plus profonde en 2009, grĂące Ă des politiques macroĂ©conomiques prudentes et Ă lâappui financier des agences multilatĂ©rales, et a amorcĂ© une reprise en 2010.
Le contexte est propice Ă des rĂ©formes axĂ©es sur le marchĂ© et favorables aux pauvres. Selon le rapport Doing Business 2010, un pays africain â le Rwanda â sâest ainsi hissĂ© au premier rang des pays les plus rĂ©formateurs dans le monde. Durant la crise mondiale, les bĂ©nĂ©fices des rĂ©formes Ă©conomiques ont diminuĂ© mais les dĂ©cideurs politiques ont maintenu le cap avec des politiques Ă©conomiques prudentes. La sociĂ©tĂ© civile a davantage voix au chapitre et, dans de nombreux pays, on voit les diffĂ©rents acteurs non Ă©tatiques exiger que les dirigeants rendent des comptes sur la façon dont ils utilisent les recettes des ressources nationales.
Sur base de ces Ă©lĂ©ments, la nouvelle stratĂ©gie de la Banque pour lâAfrique affirme que le continent pourrait se trouver Ă lâaube dâun dĂ©collage Ă©conomique fort similaire Ă celui vĂ©cu par la Chine et lâInde, il y a respectivement 30 et 20 ans.
ĂlaborĂ©e au terme de prĂšs dâune annĂ©e de larges consultations Ă©tendues Ă lâĂ©chelle du continent, la nouvelle stratĂ©gie pour lâAfrique Ă©tablit que, pour relancer la marche vers les ODM, le continent a besoin dâune croissance plus forte, gĂ©nĂ©ralisĂ©e, inclusive et favorable aux pauvres. Ces progrĂšs sont en effet indispensables pour relancer les investissements dans les infrastructures et le capital humain, et dynamiser le secteur de lâemploi dans un continent oĂč 200 millions de jeunes sont sans emploi, rejoints chaque annĂ©e par sept Ă dix millions de chĂŽmeurs supplĂ©mentaires.Â
AprĂšs lâemploi, le second pilier de la stratĂ©gie insiste sur lâimportance de dĂ©velopper des rĂ©seaux de protection sociale en faveur des pauvres et de poursuivre les rĂ©formes pour Ă©viter que le continent ne subisse de plein fouet les chocs exogĂšnes et internes, ainsi que ceux provoquĂ©s par lâhomme ou liĂ©s Ă Â la santĂ© ou au changement climatique. LâamĂ©lioration des institutions, des capacitĂ©s du secteur public et de la gouvernance, grĂące Ă des partenariats adĂ©quats, Ă un partage des connaissances et Ă des flux beaucoup plus Ă©levĂ©s dâaide et de capitaux, est une condition incontournable pour rĂ©duire la pauvretĂ© et aider lâAfrique Ă rĂ©aliser son potentiel de dĂ©veloppement.Â
Un appui sans précédent pour répondre aux crises
Le Groupe de la Banque mondiale, un des plus importants partenaires de financement du dĂ©veloppement en Afrique, a Ă©largi son soutien pour aider le continent Ă faire face Ă la triple crise alimentaire, Ă©nergĂ©tique et financiĂšre. Cet appui repose sur lâoctroi de fonds anticycliques, le partage de connaissances et de nouvelles propositions de rĂ©flexion en faveur des partenariats public-privĂ©, la promotion de lâĂ©ducation et des innovations dans le secteur de la santĂ© et la fourniture de conseils en matiĂšre de politiques, et notamment dans de nouveaux domaines comme le changement climatique.
Durant lâexercice 2010 (clĂŽturĂ© le 30 juin 2010), la Banque a augmentĂ© ses financements en faveur de lâAfrique. Les financements allouĂ©s par la Banque pour la reconstruction et le dĂ©veloppement (BIRD) et lâAssociation internationale de dĂ©veloppement (IDA) ont totalisĂ© 11,5 milliards de dollars ; la majeure partie de ses fonds proviennent de lâIDA, qui a octroyĂ© 7,2 milliards de dollars, dont 1,5 milliard de dons.
Le plus gros crĂ©dit accordĂ© Ă la rĂ©gion est un prĂȘt de 3,75 milliards de dollars de la BIRD Ă Eskom Holdings Ltd., la compagnie publique sud-africaine dâĂ©lectricitĂ©. ApprouvĂ© par le Conseil des Administrateurs de la Banque en avril 2010, ce prĂȘt financera la construction dâune centrale thermique au charbon de 4 800 mĂ©gawatts recourant Ă une technologie supercritique de combustion propre. Sur ce montant, 260 millions de dollars seront consacrĂ©s aux Ă©nergies renouvelables (Ă©olienne et solaire) et 441 millions de dollars Ă la maĂźtrise de lâĂ©nergie à faible intensitĂ© de carbone.
La BIRD a Ă©galement augmentĂ© son appui aux pays Ă revenu intermĂ©diaire. Les financements de projets dâinfrastructures (Ă©nergie, eau, routes, etc.) ont doublĂ© au cours des cinq derniĂšres annĂ©es.
Mettre davantage lâaccent sur les rĂ©sultats du dĂ©veloppement
PrĂȘchant par lâexemple, la Banque a suscitĂ©, pour lâĂ©laboration de sa nouvelle stratĂ©gie pour lâAfrique, des contributions Ă lâĂ©chelle du continent et pris en compte les suggestions en dĂ©coulant. Elle a aussi continuĂ© dâencourager lâappropriation par les pays des efforts de dĂ©veloppement visant Ă renforcer les systĂšmes nationaux et les capacitĂ©s, et Ă mettre lâaccent sur les rĂ©sultats. Elle soutient en outre leurs efforts pour rĂ©aliser les bons choix de politiques, poursuivre les rĂ©formes et amĂ©liorer lâefficacitĂ© de lâaide et la coordination.
Les dĂ©marches seront guidĂ©es par la nouvelle stratĂ©gie pour lâAfrique, qui sert dĂ©sormais de cadre Ă lâappui de la Banque et de lâIDA dans la rĂ©gion.
Dans le cadre des rĂ©formes internes qui visent Ă augmenter lâimpact sur le dĂ©veloppement des projets quâelle finance, la Banque a renforcĂ© sa prĂ©sence dans ses bureaux en Afrique. Le nombre dâagents recrutĂ©s Ă lâĂ©chelon international et basĂ©s dans les bureaux extĂ©rieurs, notamment dans les pays sortant dâun conflit et les Ătats fragiles, est passĂ© de 153 en 2007 Ă 267 en 2010. En outre, les bureaux extĂ©rieurs ont vu leurs compĂ©tences sâĂ©toffer : la proportion dâactivitĂ©s de la Banque gĂ©rĂ©es directement sur le terrain est ainsi passĂ©e de 25 % en 2007 Ă 32 % en 2010.
AccroĂźtre les opportunitĂ©s dans lâagriculture et lâĂ©ducation
Les financements de la Banque ont permis dâaugmenter les rendements et la production agricoles en Ăthiopie, au Ghana, au Kenya, au Nigeria, au Rwanda, en Somalie et en Tanzanie. Lâappui aux programmes de dĂ©veloppement de lâagriculture commerciale et des plantations artisanales â sous la forme de fermes villageoises qui vendent leurs produits aux fermes commerciales voisines â a permis dâaccroĂźtre la production de riz et de maĂŻs dans trois des Ătats les plus pauvres du Nigeria. La Banque a aussi financĂ© les programmes de bons dâachat et de subventions grĂące auxquels les agriculteurs se procurent des semences, des cultures hybrides, des engrais et autres intrants.
Au cours de lâexercice 2010, la Banque a contribuĂ© Ă lâamĂ©lioration des conditions de vie de millions dâAfricains. Des dizaines de milliers dâhabitants en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de lâaccĂšs Ă lâeau potable, de mĂȘme que 1,5 million de citadins au SĂ©nĂ©gal, tandis que le Ghana et le Rwanda ont pu, avec l'appui de la Banque, Ă©largir considĂ©rablement lâaccĂšs des ruraux Ă lâeau salubre. Des centaines de milliers dâorphelins et dâenfants vulnĂ©rables, ainsi que leurs parents, ont bĂ©nĂ©ficiĂ© des programmes dâalimentation scolaire mis en place dans le cadre du Programme dâintervention en rĂ©ponse Ă la crise alimentaire mondiale. Le programme a profitĂ© Ă plus de 16 000 écoliers kenyans et fourni une protection sociale Ă 15 000 personnes vulnĂ©rables au LibĂ©ria.
La Banque a poursuivi la mise en Ćuvre de la Phase II (2009-2012) de son Programme renforcĂ© de lutte contre le paludisme en Afrique, dâun montant dâun milliard de dollars. Le Programme vise principalement la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo et le Nigeria qui enregistrent Ă eux deux environ 40% des cas de paludisme et des dĂ©cĂšs dus Ă cette maladie en Afrique.
Combattre la pandémie du VIH/ SIDA
Ă lâinstar des annĂ©es passĂ©es, la Banque a continuĂ© en 2010 Ă combler des lacunes considĂ©rables dans les programmes de prĂ©vention et de traitement du VIH/SIDA et dâattĂ©nuation des effets de la maladie, grĂące Ă des dĂ©caissements de plus de 200 millions de dollars et de nouveaux engagements de 89 millions de dollars. Ces montants incluent des crĂ©dits supplĂ©mentaires au profit du Malawi (30 millions de dollars) et du Tchad (20 millions de dollars), ainsi quâun prĂȘt dâassistance technique au Lesotho (5 millions de dollars).
La Banque a concentrĂ© ses travaux dâanalyse sur cinq domaines : les consĂ©quences budgĂ©taires du renforcement des actions nationales de lutte contre le VIH/SIDA, compte tenu de la nĂ©cessitĂ© de prendre des mesures efficaces et durables  ; lâĂ©valuation de lâimpact des services liĂ©s au VIH/SIDA, en vue dâamĂ©liorer les principales mesures prĂ©ventives ; le renforcement des systĂšmes de santĂ© grĂące Ă lâanalyse et lâamĂ©lioration des rĂ©seaux de la chaĂźne dâapprovisionnement ; lâapplication de directives visant Ă intĂ©grer la prĂ©vention et le traitement du VIH dans des opĂ©rations autres que les projets de santé ; et le lancement dâun plan dâaction contre le VIH/SIDA et la tuberculose en Afrique australe pour combattre cette coĂ©pidĂ©mie dans la sous-rĂ©gion.
Par le biais des services fournis au titre de la stratĂ©gie et du plan dâaction de lutte contre le SIDA, les financements de la Banque ont aidĂ© 16 pays Ă renforcer leurs programmes nationaux dans ce domaine, dâune part en amĂ©liorant leur connaissance de lâĂ©pidĂ©mie et des risques connexes, dâautre part en Ă©laborant des stratĂ©gies nationales fondĂ©es sur des donnĂ©es probantes et des plans dâaction chiffrĂ©s.
Le soutien de la Banque au secteur de lâĂ©ducation en Afrique a un effet de levier sur les contributions dâautres partenaires et permet dâamplifier les programmes nationaux. Les opĂ©rations de prĂȘt dans lâĂ©ducation se sont appuyĂ©es sur des travaux dâanalyse, une assistance technique et des discussions sur les stratĂ©gies. En se basant sur une Ă©tude consacrĂ©e au rĂŽle de lâenseignement supĂ©rieur dans la croissance en Afrique saharienne (Accelerating Catch Up: Tertiary Education for Growth in Sub-Saharan Africa), la Banque a lancĂ© la mise en Ćuvre dâun programme qui aidera les pays Ă relever les dĂ©fis de financement de lâenseignement supĂ©rieur.
Amplifier lâappui aux ODM
Bien quâils aient le plus progressĂ©, la plupart des pays africains sont encore loin dâatteindre la plupart des ODM et leurs avancĂ©es ont Ă©tĂ© ralenties par les crises mondiales. Les indicateurs de dĂ©veloppement notent des amĂ©liorations rĂ©guliĂšres depuis le milieu des annĂ©es 90. La pauvretĂ© a reculĂ© dâenviron un point par an, et certains indices montrent que la mortalitĂ© infantile commence Ă chuter : en Ăthiopie, en Gambie, au Malawi et au Rwanda, la mortalitĂ© des enfants de moins de cinq ans a diminuĂ© de 25 Ă 40 % durant la derniĂšre dĂ©cennie.
Selon la nouvelle stratĂ©gie de la Banque mondiale, lâAfrique pourrait atteindre les ODM, sinon en 2015, du moins peu aprĂšs, si les gouvernements africains, la sociĂ©tĂ© civile, le secteur privĂ© et la communautĂ© internationale font le nĂ©cessaire pour cela.
Cela dĂ©pendra en grande partie des efforts des dirigeants et citoyens africains, mais aussi de la mise en Ćuvre effective de la nouvelle stratĂ©gie et dâune augmentation sensible de lâaide au dĂ©veloppement fournie Ă travers divers mĂ©canismes, y compris une solide reconstitution des fonds de lâIDA-16 qui a atteint 49,3 milliards de dollars pour trois ans Ă compter de juillet 2011. Â
Faire face au changement climatique, rendre les accords opérationnels
AprĂšs avoir Ă©laborĂ© en 2009 une stratĂ©gie visant Ă mieux prendre en compte le changement climatique dans ses activitĂ©s en Afrique, la Banque a commencĂ© en 2010 Ă intĂ©grer cette stratĂ©gie dans ses investissements et travaux dâanalyse, dâabord en Ăthiopie et au Mozambique. LâAfrique subit selon les estimations une perte annuelle de 1Ă 2% de son PIB en raison des variations climatiques. Â
à travers un Fonds de partenariat pour la réduction des émissions dues à la
dĂ©forestation, dotĂ© dâun budget de 250 millions de dollars, la Banque mondiale continue dâencourager les organismes du secteur public et privĂ© et les gouvernements des pays en dĂ©veloppement Ă mettre fin Ă la dĂ©forestation en Ă©change dâun accĂšs aux crĂ©dits carbone. Les forĂȘts sont exclues du Protocole de Kyoto alors que la dĂ©forestation, en particulier dans les rĂ©gions tropicales, est responsable de 20 % des Ă©missions mondiales de dioxyde de carbone dâorigine humaine.
La Banque soutient la mise en Ćuvre, en Afrique, du Plan dâaction d'Accra adoptĂ© lors du Forum de haut niveau de septembre 2008 Ă lâissue du bilan de la DĂ©claration de Paris de 2005. Ces textes reconnaissent que ce sont les gouvernements qui doivent concevoir et exĂ©cuter leurs propres programmes de dĂ©veloppement et appellent les partenaires de dĂ©veloppement Ă renforcer et fournir des financements fiables, axĂ©s sur les rĂ©sultats et aux coĂ»ts les plus bas. Ils rappellent que le niveau de lâaide doit correspondre Ă au moins 0, 7 % du PIB, objectif fixĂ© au sommet de Monterrey. La DĂ©claration de Paris et le Plan dâaction dâAccra requiĂšrent Ă©galement une collaboration accrue entre bailleurs de fonds pour rĂ©duire la concurrence et garantir lâefficacitĂ© de lâaide en Ă©vitant les gaspillages et double-emplois.
Contact
Herbert Boh, hboh@worldbank.org