Par Sylvie Nenonene, chargée de communication Le 23 avril 2007 -- Comme dans beaucoup de pays africains, le paludisme constitue un important problème de santé publique au Bénin. Selon les données publiées dans l’Annuaire des statistiques sanitaires du pays, le paludisme (qui sévit dans toutes les régions du pays) se situe en 2005 au premier rang des affections notifiées et représente 37% des causes de recours aux soins dans les formations sanitaires. Le taux de létalité due à cette maladie s’établit actuellement à 140 pour 10.000 habitants. Face à cette situation, le gouvernement béninois s’est attaché au cours des quinze dernières années à lutter efficacement contre cette maladie, à travers des stratégies variées qui ont commencé peu à peu à porter des fruits. Des progrès significatifs au cours des quinze dernières années Selon un document publié en mai 2005 par le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) et intitulé "Meilleures pratiques de lutte contre le paludisme au Bénin", le Bénin a mené au cours des quinze dernières années des actions décisives de lutte contre le paludisme, principalement à travers le PNLP (créé en 1992), avec l'appui des partenaires au développement. A travers les différentes approches et stratégies adoptées, le pays a ainsi pu enregistrer un certain nombre de bonnes pratiques dans plusieurs domaines, à savoir : la gestion du PNLP et du partenariat: renforcement de la capacité de gestion du PNLP ; gestion des partenariats avec les organismes bilatéraux, multilatéraux, ainsi qu'avec toutes les parties prenantes à la lutte contre le paludisme ; implication des organisations non gouvernementales (ONG) et des radios de proximité dans la collaboration avec les groupements et structures organisées au niveau local, et dans la vulgarisation de messages en langues nationales sur le paludisme ;
l'amélioration de la capacité de prise en charge des cas de paludisme dans les formations sanitaires, avec des formations données aux femmes enceintes et mères d'enfants de moins de 5 ans, et l'utilisation des relais communautaires dans les différents programmes de lutte contre la maladie ;
la prévention du paludisme avec entre autres : (i) l'implication des enseignants, encadreurs et élèves ; (ii) la distribution ciblée de moustiquaires imprégnées dans quelques centres de santé publics ; (iii) l'installation des tontines moustiquaires dans des maternités ; et (iv) la mobilisation sociale à travers des spectacles pour voyageurs, intitulée "Guerre aux moustiques" ;
la surveillance épidémiologique, le suivi et l'évaluation: mise en place des sites sentinelles de surveillance passive de l'efficacité thérapeutique des antipaludiques ; et la gestion des données du paludisme dans le cadre de l'initiative "Faire reculer le paludisme" ; et
la recherche, avec l'organisation des journées scientifiques sur le paludisme au Bénin en 2002, et la collaboration entre le PNLP et la médecine traditionnelle.
Des efforts à renforcer Pour renforcer et consolider à terme ces bonnes pratiques, le gouvernement a adopté en novembre 2005, de manière participative, une nouvelle politique de lutte contre le paludisme pour la période 2006-2010. Les nouvelles stratégies pour faire reculer le paludisme portent sur l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticides de longue durée d’action (MIILD), le traitement préventif intermittent (TPI) chez la femme enceinte et la prise en charge des cas simples de paludisme avec les combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine (CTA). L’objectif général visé à travers cette nouvelle politique est de réduire de 50%, par rapport à 2001, la morbidité et la mortalité imputables au paludisme d’ici à 2010. Pour la Banque mondiale, la lutte contre le paludisme est une des importantes priorités pour le développement du capital humain au Bénin. Dans cet ordre d’idées, son implication dans le secteur de la santé du pays a tout d’abord consisté à financer des projets à caractère sectoriel, puis à accorder des appuis budgétaires à travers des crédits d'appui à la stratégie de réduction de la pauvreté (PRSC) qui soutiennent des politiques et réformes structurelles. Ces différents appuis octroyés en collaboration avec d'autres partenaires au développement ont contribué sensiblement au développement des services de santé de base. Cependant, pour renforcer davantage les efforts déjà entrepris par le gouvernement et contribuer à réduire de manière urgente et significative le poids du paludisme sur le capital humain du pays, le Conseil d'administration de la Banque mondiale a approuvé, en juin 2006, un Projet d'appui à la lutte contre le paludisme (PALP), financé par un Don d’un montant total de 31 millions de dollars EU et qui est entré en vigueur le 16 mars 2007. Les ambitions du PALP Le PALP s’inscrit dans le cadre du Programme renforcé de lutte contre le paludisme en Afrique (Malaria Booster Program), une initiative régionale mise en place par la Banque mondiale pour aider à lutter contre le paludisme dans les régions les plus frappées en Afrique et qui vise à réduire de 80% d'ici à 2015 les décès causés par le paludisme. Pour beaucoup de pays africains, la lutte contre le paludisme est liée aux Objectifs de développement pour le Millénaire (ODM) que la Banque mondiale a adopté comme une priorité fondamentale dans sa stratégie d’assistance aux pays africains. Le PALP appuie spécifiquement la mise en œuvre par le Gouvernement du Bénin de sa politique destinée à faire reculer le paludisme, à travers des activités de renforcement des capacités de tous les acteurs en matière de traitement du paludisme. L'objectif est de de les rendre aptes à fournir des services appropriés aux femmes enceintes et aux enfants de moins de cinq ans d’âge. Un autre domaine concerne l’accroissement des activités de prévention à travers la distribution à grande échelle aux populations vulnérables de moustiquaires imprégnées d’insecticides de longue durée ;le renforcement du système national de suivi et évaluation ; etle développement de la capacité d’intervention des secteurs public et non-public. L’amélioration de l’accès des pauvres aux moustiquaires imprégnées de longue durée, ainsi que le traitement efficace des malades recevront une attention prioritaire. Un autre domaine-clé appuyé par le PALP est l’expansion du traitement rapide avec les combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine, en particulier chez les enfants de moins de cinq ans qui constituent le groupe le plus à risque et prompt à mourir faute de traitement en temps opportun. Il importe de souligner qu’en même temps que le projet vise à appuyer les augmentations de couverture rapide, il met également un accent prononcé sur la durabilité du succès, par le truchement du développement des partenariats entre les secteurs public et privé, afin d’accroitre la prévention et le traitement au profit des groupes vulnérables et des populations des zones rurales. Le projet prévoit aussi de renforcer les instituts de formation et les universités à travers, notamment, un programme diplômant en entomologie, pour mettre en place une capacité solide de contrôle du paludisme au Bénin. Pour Docteur Hortense Kossou, Coordonnatrice du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) au Bénin et Coordonnatrice du PALP, la lutte contre le paludisme est une entreprise de longue haleine et nécessite l’implication et la contribution de tous : « Le souci du Gouvernement du Bénin est d’atteindre le plus rapidement possible tous les groupes les plus vulnérables (enfants de moins de cinq ans, femmes enceintes et indigents) sur toute l’étendue du territoire par les mesures de prévention et de traitement efficaces. Ce souci vient d’être comblé par le Projet d’appui à la lutte contre le Paludisme au Bénin (PALP) financé par la Banque mondiale. L’une des particularités du PALP est que sa mise en œuvre s’appuie sur les structures de gestion et le système de santé existants, dans une approche de décentralisation à tous les niveaux de la pyramide sanitaire. Il permet ainsi de renforcer les capacités des intervenants à tous les niveaux, par des actions de formation du personnel et, par voie de conséquence, de renforcer le système de santé ainsi que le partenariat entre les acteurs des secteurs public, privé, et des communautés. Par ailleurs, le Projet met en exergue le rôle de leadership que le pays doit jouer dans le cadre de la lutte contre le paludisme, ainsi que le rôle de coordination des actions de tous les intervenants à travers un plan de suivi-évaluation adapté. Le Projet permet enfin une appropriation des actions par les nationaux et constitue un creuset pour les interventions des autres partenaires dans une synergie de passage à l’échelle adoptée par le gouvernement en vue de renforcer les acquis des projets de lutte contre le paludisme en cours d’exécution ».
Quant à Monsieur Ayité-Fily d'Almeida, Responsable du Projet à la Banque mondiale, il signale que : « Les objectifs du PALP seront atteints d’ici 2011, comme prévu, si toutes ses composantes sont efficacement mises en œuvre et si toutes les couches de la population, du nord au sud, de l’est à l’ouest du pays y sont effectivement associées. Cependant, ce qu’il importe de retenir pour l’essentiel, c’est que ce projet tombe à point nommé et s’inscrit parfaitement dans la dynamique de renforcement du capital humain retenue par le gouvernement dans sa Stratégie de croissance pour la réduction de la pauvreté 2007-2009 adoptée en février 2007, et qui vise à faire du Bénin un pays émergent à l’horizon 2011 et un pôle de développement stable dans la sous-région ouest africaine. L’atteinte de cet objectif exige que le capital humain du pays soit préservé, éduqué et jouisse avant tout d’une bonne santé pour être un vecteur clé de la croissance économique soutenue nécessaire. En visant à faire reculer le paludisme et à protéger les populations contre ses méfaits, le PALP constitue à nos yeux un outil efficace que le Bénin se doit d'utiliser au mieux pour atteindre ses ambitions d’une prospérité beaucoup plus grande et équitablement partagée ».
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