Le 30 octobre 2007-- Monsieur Nicolas K. Ahouandjinou est le patron et directeur d'une entreprise béninoise qui produit et met sur le marché une eau thérapeutique contenant des huiles essentielles extraites de plantes médicinales dénommée « Eau Noble ». Nous nous sommes entretenus avec lui et nous avons découvert un homme qui se bat pour émerger : « Je vais vous dire un principe de base qui gouverne toutes mes actions, c'est qu'il faut se battre sur tous les fronts, parce que les choses ne sont pas faciles. Il faut d'abord "enflammer l’imagination", et cela a pour conséquence les innovations, la capacité de réfléchir face à chaque difficulté. Ensuite, il faut la détermination, c’est-à-dire que quelles que soient les difficultés, il faut chercher à avancer. Et enfin, il faut demander à Dieu de bénir nos efforts ». Lors de la création de son entreprise en 2004, il a fallu à Nicolas deux mois pour boucler les formalités administratives. « Lorsque j’ai réussi à mettre au point "Eau Noble" qui est un produit phare aujourd’hui, la nécessité de me mettre en règle s’est imposée. Je n’ai pas eu trop de problèmes avec les formalités administratives : c'est vrai qu'elles ont pris du temps, mais au bout de deux mois, tout a été réglé. [ndlr : Notons que selon un nouveau rapport de la Banque mondiale, il faut aujourd'hui 31 jours pour créer une entreprise au Bénin]. Il faut aussi dire que mon imagination et ma détermination ont fait que j'ai pu mobiliser des personnes qui ont compris l'importance pour l'Afrique d'apporter quelque chose de moderne sur le marché international ». Les difficultés d'accès au crédit ne facilitent pas les affaires au Bénin Pour Monsieur Ahouandjinou, le principal problème qui se pose aux entrepreneurs béninois est l'accès au crédit. Il déclare : « Pour ce qui est des recherches de financement, j'en ai vraiment bavé et je continue d'en baver. Nous n'avons pas de banque d'investissement. Les banques commerciales sont limitées dans les crédits qu’elles accordent aux entrepreneurs locaux. Lorsqu'on reçoit de fortes demandes, les banques n'arrivent pas à nous accompagner. Les banques sur place n’ont pas beaucoup de force, et ne peuvent pas donner ce qu’on appelle le "crédit long". Cette situation étouffe nos entreprises ».
En dehors des difficultés d'accès au crédit, notre interlocuteur trouve que d'une façon générale, « l'environnement des affaires au Bénin n'est pas très favorable pour les entreprises » et nécessite des améliorations : « C'est vrai que les politiques ont beaucoup de bonne volonté et prennent des engagements, mais beaucoup reste encore à faire. Il faudrait également qu'on réunisse les entrepreneurs pour recueillir leurs avis sur les actions à mener pour améliorer le climat des affaires au Bénin. (...) Aujourd'hui, quelqu'un qui n'a pas la détermination et ne sait pas se battre ne peut pas s'en sortir dans les affaires ». Nicolas Ahouandjinou fait des recommandations à l'endroit des institutions de financement pour accompagner le Bénin dans ses efforts en vue de l'amélioration de l'environnement des affaires. Ces recommandations concernent : la création d'une banque d'investissement « avec des conditions souples pour permettre aux béninois de traduire leurs rêves en réalités » ; et la prise en compte de la culture africaine : « J'ai vu les entreprises en Chine et l’approche est complètement différente. J’ai vu des entreprises en Inde et c’est différent aussi. Je pense que les grandes institutions comme la Banque mondiale, la Société financière internationale (SFI), et d'autres encore doivent certes accompagner l’Afrique avec des financements, mais il faut aussi qu'elles puissent écouter l’Afrique dans sa mentalité ». Nécessité d'améliorer le climat des affaires au Bénin : « Doing Business 2008 » classe le Bénin 151ème sur 178 La Banque mondiale et sa filiale SFI ont rendu public le 26 septembre 2007 leur cinquième rapport annuel sur la pratique des affaires dans le monde, dénommé « Doing Business 2008». Sur les 178 pays classés selon la facilité d'y faire des affaires, le Bénin occupe la 151ème place, ce qui constitue un recul de 4 rangs par rapport au classement précédent où le pays avait occupé la 147ème place [notons toutefois que « Doing Business 2007 » avait pris en compte 175 pays]. Sur les 10 indicateurs de la réglementation des affaires qui ont été pris en compte par le rapport, le Bénin a fait des progrès sur 3 (embauche des travailleurs ; transfert des propriétés ; et paiement des taxes), et reculé sur 5 (création d'entreprise ; octroi des licences ; accès au crédit ; commerce transfrontalier ; et fermeture d'entreprise). Le tableau ci-dessous nous indique le classement du Bénin par Doing Business 2008. Indicateur
| Classement du Bénin dans « Doing Business 2008 »
| Classement du Bénin dans « Doing Business 2007 »
| Variation dans le classement
| Création d’entreprise | 137ème | 129ème | -8 | Octroi de licences | 123ème | 120ème | -3 | Embauche des travailleurs | 115ème | 118ème | +3 | Transfert de propriété | 105ème | 114ème | +9 | Obtention de prêts | 115ème | 111ème | -4 | Protection des investisseurs | 147ème | 147ème | 0 | Paiement des impôts | 161ème | 163ème | +2 | Commerce transfrontalier | 124ème | 120ème | -4 | Exécution des contrats | 166ème | 166ème | 0 | Fermeture d’entreprise | 106ème | 100ème | -6 |
 | Sabine Hertveldt, Spécialiste du développement du secteur privé à la SFI. |
Selon Sabine Hertveldt de la Société financière internationale qui a participé à la rédaction de « Doing Business 2008 » : « La raison de cette régression n’est pas parce que le Bénin a fait des « réformes négatives » mais simplement parce que d’autres pays ont reformé plus et ont progressé dans le classement global, dépassant le Bénin ». Toutefois, ajoute-t-elle : « Des améliorations sont nécessaires dans le domaine de l’exécution des contrats (surtout en ce qui concerne l’efficacité des tribunaux), de la protection des investisseurs minoritaires, du paiement des impôts, et de la création des entreprises ». Elle précise que les rapports « Doing Business » ne mesurent pas la situation macro économique des pays, mais ils sont exclusivement consacrés aux réglementations visant à renforcer l’activité commerciale, ainsi qu’à celles qui la limitent. « L’élimination des barrières administratives et une plus grande efficacité de l’administration peuvent faciliter la formalisation de l’activité économique et par conséquent, élargir le nombre d’entrepreneurs béninois qui pourraient légalement saisir les opportunités offertes par la croissance économique », conclut-elle. Sur un plan général, notons qu'en matière de réformes, « Doing Business 2008 » révèle que les 10 premiers pays réformateurs sont l'Egypte, la Croatie, le Ghana, la Macédoine, la Géorgie, la Colombie, l’Arabie saoudite, le Kenya, la Chine, et la Bulgarie. Ces pays ont facilité la création d’entreprise, renforcé les droits de propriété, amélioré la protection des investisseurs, accru l’accès au crédit, allégé la charge fiscale et accéléré le commerce transfrontalier, tout en réduisant les coûts.
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