29 mars 2007–– Plus de 130 experts et représentants de gouvernements de 32 pays d'Afrique subsaharienne et de plusieurs pays d'Afrique du Nord se sont récemment réunis à Ouagadougou, au Burkina Faso pour partager entre eux et avec les partenaires de développement leur conviction que la région est prête à s'engager de nouveau dans la voie de l’exploitation de l’eau à usage agricole et à promouvoir les investissements dans ce domaine. Accueilli par l'Association régionale pour l'irrigation et le drainage (ARID) et organisé conjointement avec l'Institut de la Banque mondiale (WBI), le séminaire sur le thème « Encourager l'agriculture irriguée en Afrique subsaharienne » qui s'est tenu du 26 au 28 mars 2007, était le fruit de la collaboration entre cinq partenaires de développement – la Banque africaine de développement (BAD), l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Fonds international de développement agricole (FIDA), l’Institut international de gestion des ressources en eau (IWMI) et la Banque mondiale – pour marquer la conclusion d’un rapport conjoint sur « l’investissement dans l’agriculture irriguée pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance économique en Afrique subsaharienne ». Ce rapport décrit la contribution de l’exploitation des ressources en eau à usage agricole à la réduction de la pauvreté et à la croissance et présente en détail une série d'enseignements tirés et de recommandations formulées pour faciliter la prise de décision visant à augmenter les investissements consacrés à ces ressources. Comme l'a souligné un des participants, « c'est la première fois en plus de 10 ans que nous tenons une réunion régionale comme celle-ci pour échanger nos expériences et nos connaissances en matière d’exploitation de l’eau à usage agricole ».
Le défi redoutable de la réduction de la pauvreté Alors que le monde est globalement sur la bonne voie, l’Afrique subsaharienne, quant à elle, n’est pas en mesure, sur la base des tendances actuelles, d’atteindre la Cible 1 des objectifs de développement pour le Millénaire (ODM), c’est-à-dire réduire de moitié, à l’horizon 2015, le nombre de personnes qui ont un revenu inférieur à un dollar par jour. En effet, si les choses restent en l’état, le nombre absolu de pauvres continuera d’augmenter dans cette région et, d’ici à 2015, c’est là que l’on trouvera près de la moitié des pauvres de la planète. En Afrique subsaharienne, 85 % des pauvres se trouvent dans les zones rurales et vivent essentiellement de l’agriculture. La croissance agricole est par conséquent un facteur déterminant de la réduction de la pauvreté et représente le moteur de la croissance économique nationale. Pourtant, dans la région, l'agriculture continue d’être essentiellement pratiquée à des fins de subsistance, la production n’a pas suivi la croissance démographique, les ménages ne peuvent pas générer les revenus nécessaires à l’achat de leur nourriture et le nombre de personnes mal nourries augmente en conséquence. La variabilité des précipitations affecte la production des cultures pluviales, situation que le changement climatique risque d’aggraver. Potentiel inexploité Il ressort de la situation actuelle de l’eau à usage agricole en Afrique subsaharienne que : La gestion de l’eau n’est pratiquée que sur 9 millions d’hectares de terres, ce qui ne représente que 5 % de la superficie cultivée totale, qui est de 183 millions d’hectares, soit la proportion la plus faible de toutes les régions du monde.
Les prélèvements en eau pour l’agriculture représentent moins de 3 % de l'ensemble des ressources renouvelables. Même si actuellement un certain nombre de bassins connaissent une pénurie d’eau ou sont sur le point d’en connaître, cela est dû principalement au manque de moyens de stockage et de capacités institutionnelles de gestion, plutôt qu’à une pénurie absolue attribuable à des prélèvements excessifs.
Une vision stratégique liant l’exploitation des ressources en eau à usage agricole à la réduction de la pauvreté et à la croissance fait actuellement défaut. Même si la plupart des stratégies de réduction de la pauvreté mettent d’une façon ou d’une autre l’accent sur la croissance du secteur agricole, l’exploitation de ces ressources n’est généralement pas envisagée comme un moyen de réaliser cette croissance, aussi le sujet a-t-il été jusqu’à présent traité de manière marginale dans les Documents de stratégie de réduction de la pauvreté (DRSP).
Pour Ijsbrand de Jong, spécialiste senior des ressources en eau à la Région Afrique, qui a supervisé l'élaboration de la stratégie de la Région Afrique pour le compte de la Banque mondiale, « il est essentiel que les gouvernements africains s’attèlent à l’identification des obstacles qui freinent l’exploitation de l’eau à usage agricole en déterminant les ressources et les compétences nécessaires pour faire démarrer le processus et en considérant cette activité comme un facteur essentiel à leur développement économique à l’avenir ».
La publication de la stratégie de la Banque mondiale, intitulée « Re-engaging in Agricultural Water Management » (a), a marqué son engagement renouvelé en faveur de l'irrigation en tant que facteur susceptible d’accélérer la productivité et la croissance favorable aux pauvres. Elle a également présenté l'Afrique subsaharienne comme étant la région pour laquelle il est urgent et indispensable d’élaborer des stratégies qui visent des actions concrètes et sous-tendent des réseaux d’irrigation élargis et plus efficaces. En outre, comme le souligne Salah Darghouth, conseiller ressources en eau pour l’agriculture et le développement rural au Département, énergie, transport et eau de la Banque mondiale, « la stratégie implique que les questions liées à la gestion de l’eau dans le domaine agricole doivent s’inscrire dans une perspective plus large, sans se limiter au cadre strict de l'irrigation. Une meilleure gestion des eaux de pluie, la conservation de l'humidité du sol et l'irrigation d'appoint peuvent contribuer fortement à la réduction de la pauvreté ». Le Plan d'action pour l'Afrique identifie la gestion de l’eau à usage agricole comme une priorité. L'investissement dans cette ressource peut contribuer directement à la croissance agricole et à la réduction de la pauvreté de plusieurs manières : en facilitant l'intensification et la diversification des cultures, augmentant de ce fait la production et les revenus agricoles ;
en relevant le niveau des salaires agricoles ; et
en réduisant les prix des produits alimentaires locaux, améliorant ainsi les revenus réels nets.
L’investissement peut aussi contribuer à réduire indirectement la pauvreté, en augmentant les emplois ruraux et urbains grâce à son effet multiplicateur sur la croissance des activités économiques non agricoles en milieu urbain et rural. Par ailleurs, selon Mei Xie, spécialiste senior des ressources en eau à l'Institut de la Banque mondiale, « en ce qui concerne la commercialisation des produits agricoles, il importe de prendre en compte la dimension régionale dans la planification des investissements consacrés à l’exploitation de l’eau à usage agricole ». Prochaines étapes : l'appel à l'action de Ouagadougou Les participants ont pris acte de l’évolution du contexte des investissements affectés à l’exploitation des ressources en eau à usage agricole, en particulier l'émergence des organisations chargées de la gestion intégrée de ces ressources au niveau du bassin hydrographique, de la décentralisation au niveau régional et de l'importance d'une gestion transparente des ouvrages d'hydraulique agricole, par le biais des associations autonomes des usagers de l'eau qui recouvrent intégralement les charges d'exploitation. Comme l'a fait remarquer un délégué, « la petite exploitation agricole irriguée est aussi une exploitation commerciale ».
Pour tirer parti de la dynamique amorcée par le séminaire, les participants ont adopté « l'Appel à l'action de Ouagadougou » (a), exhortant les gouvernements des pays d’Afrique subsaharienne et leurs partenaires de développement à élaborer des stratégies nationales d’exploitation de l’eau à usage agricole qui reconnaissent a) la contribution potentielle de cette ressource à la réduction de la pauvreté et à la croissance, b) les impératifs de rentabilité et de viabilité économique au niveau de l’exploitation agricole , et c) la nécessité d’un cadre institutionnel favorable. « La mobilisation et la sensibilisation accrues aux plans national et régional permettront», selon un participant, « de hisser l’exploitation de l’eau à usage agricole au premier rang des priorités du programme de développement ». Il a également été recommandé au cours de ce séminaire que, conformément à la Déclaration de Maputo, il faudrait augmenter les investissements affectés à l’exploitation des ressources en eau à usage agricole et aux réformes institutionnelles, y compris les réformes des politiques macroéconomiques, des cadres juridiques et des organisations, pour la gestion de ces ressources. Les investissements doivent être viables et durables et viser à maximiser la rentabilité, la réduction de la pauvreté et la croissance. L’exploitation de l’eau à usage agricole doit s’inscrire dans une optique globale, permettant de lier les producteurs agricoles aux marchés, de faire en sorte que les mécanismes de gestion proposés soient durables et de limiter les répercussions néfastes sur l'environnement et la santé. Vous pouvez consulter le compte rendu du séminaire, les documents de référence et l'Appel à l'action sur le site du séminaire, à l'adresse suivante : www.worldbank.org/wbi/rural/agwater Ijsbrand de Jong, Alyson Kleine, Mei Xie, Christopher Ward et Julienne Roux ont contribué à la rédaction de cet article. http://go.worldbank.org/RQII5LAD20
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