Le 26 septembre 2007 - Les petites et moyennes entreprises (PME) jouent un rôle important dans la croissance des économies. Il est donc important que le gouvernement de Côte d’Ivoire prenne des mesures pour faciliter leur création, alléger la fiscalité et surtout améliorer l’environnement global des affaires. C’est ce que dit en substance M. Youssouf Sylla, Secrétaire Exécutif de la Fédération Ivoirienne des Petites et Moyennes Entreprises. Dans cette interview réalisée à l’ occasion de la publication du Rapport Doing Business 2008 (Environnement des Affaires 2008) du Groupe de la Banque mondiale, M. Sylla parle aussi des pertes subies par les PME du fait de la crise sociopolitique que le pays vit depuis septembre 2002. Quel bref état des lieux des PME faites-vous après cinq ans de crise sociopolitique? Les PME sortent de cette crise très épuisées, en ce sens qu’il ya beaucoup d’entreprises qui sont à ce jour sinistrées du fait de la présente situation. Durant la crise, nous avons perdu certaines PME et des chefs d’entreprise ont tout perdu, notamment nos membres de Bouaké. Quels genres de pertes ont été subis ? Il ya eu les pertes de moyens de production ; et quand on a perdu ses moyens de production, c’est qu’on a perdu tout son actif. Il ya aussi les pertes de marchés, parce qu’après une telle situation, les banques ne prêtent pratiquement plus aux PME. On se retrouve dans une situation où celles-ci ne peuvent par conséquent plus faire face aux demandes du marché, parce ne pouvant plus répondre aux appels d’offres. Comment a-t-il fallu vivre ou survivre à la crise? Certaines entreprises ont survécu sur la braise. Il fallait dans souvent essayer de tenir, parce que si nous avions tous fermé, il y aurait eu un plus grand chômage. Des PME qui avaient encore des effets ont essayé bon an, mal an de se recycler, d’embrasser quelques petits business qui ont rapport ou non avec leurs activités initiales afin de subsister. Pour d’autres, comme les sociétés de gardiennage, ce fut une période intéressante pour faire des chiffres. Combien d’associations êtes-vous au sein de la fédération des PME ? Nous sommes 19 membres et environ 1800 entreprises. Elles sont encore toute vivantes, mais en difficulté en termes de renforcement de capacité et d’accès de financement. Cela dit, elles s’arrangent pour tenir la route afin de ne pas disparaître. Quelles stratégies pour vous repositionner et participer à la relance économique? Nous avons mis en place un certain nombre de programmes au sein de la Fédération dont le Programme de la Fédération des PME post-crise. Ce programme entend s’aligner sur un programme de développement national des PME qui n’est pas encore homologué par le gouvernement. Ce programme existe déjà, il tient compte de tous les éléments qui permettent à une PME d’être compétitive. Dans l’ensemble il propose d’améliorer l’environnement des affaires pour arriver à favoriser l’accès au financement Rapport Doing Business 2008: sur 178 pays dans le monde, la Côte d’Ivoire est classée 155e dans l’indice de facilité des affaires qui est la synthèse de 10 indicateurs. Pour le rapport 2007, elle occupait la 141e place sur 175 pays. Les indicateurs retenus sont les suivants : création d’entreprise, octroi de licences, embauche des travailleurs, transfert de propriété, obtention de prêts, protection des investisseurs, paiement des taxes et impôts, commerce transfrontalier, exécution des contrats et fermeture d’entreprise. |
Pour parler de compétitivité, quelles sont les contraintes majeures que vous rencontrez? L’une des contraintes principales est le manque de formation des PME. Les entrepreneurs eux-mêmes ont souvent été formés sur le tas. Pour que les PME soient compétitives, il faut absolument un renforcement de capacité depuis le dirigeant jusqu’au plus petit ouvrier. Certains entrepreneurs ne savent par exemple pas négocier avec un banquier. Une autre contrainte est l’accès au financement. Et il y a en outre l’environnement global des affaires lui-même qui n’est pas favorable à l’épanouissement des sociétés… Justement, parlons en détails de l'environnement global des affaires en Côte d'Ivoire? Les environnements juridique et judiciaire sont deux choses essentielles et complémentaires, surtout en matière de création. En Côte d’Ivoire, créer une entreprise relève du parcours du combattant. Une autre difficulté que nous sommes en train de juguler est la définition de la PME. Mais celle-ci n’est pas encore entérinée par le gouvernement. Il y a une multitude de définitions, celle du ministère de tutelle, celle des impôts, celle des PME, celles d’autres ministères techniques… Tout cela contribue à disperser nos forces. La PME ayant une certaine transversalité, il faut lui trouver une convergence… L’environnement judiciaire, c’est le droit des affaires. Le problème est que le droit n’est pas toujours dit par les juges. Le droit des affaires, c’est le droit des affaires. Il ne faudrait pas que celui qui est en tort aujourd’hui soit demain celui qui a raison. Une PME peut gagner un procès et être confrontée à des difficultés pour que la décision de justice soit exécutée; parce que, entre temps, on a un plus fort qui a des moyens financiers plus importants pour faire changer l’ordre des choses… En termes de fiscalité, malgré les efforts qui sont faits par le gouvernement, nous estimons que nous n’avons pas une fiscalité de développement C’est-à-dire? C’est-à-dire une fiscalité qui favorise le développement des entreprises. La fiscalité est encore très élevée… C’est cela qui fait qu’une vaste majorité des gens restent dans l’informel. Il faut leur donner un canevas qui leur permette de se déclarer. Deux ou trois mesures à prendre par le gouvernement pour favoriser la compétitivité des PME et accroitre leur rôle dans la croissance économique ? Il faut simplifier les formalités de création des PME, afin de favoriser la création de plus de sociétés déclarées, reconnues et qui paient leurs impôts. Il est reconnu partout dans le monde que le développement d’un pays passe par l’épanouissement des PME. Il faut que la fiscalité que nous payons revienne aux PME d’une certaine façon par favoriser leur exploitation et faciliter les investissements. Nous sommes en train de penser à un schéma que nous allons présenter au gouvernement. Il faut un assainissement de l’environnement judiciaire et la sécurité qui favorise la libre circulation des biens et des personnes. Interview réalisée par Bakary Sanogo Chargé de la Communication Banque mondiale, Abidjan, Côte d’Ivoire
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