Entretien avec Bernard Harborne, coordonnateur du programme de la Banque mondiale en Côte d'Ivoire

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Le 11 avril 2008 -- La Côte d’Ivoire et la Banque mondiale ont normalisé début avril 2008 leurs relations, suite à l’apurement des arriérés de dette que le pays avait vis-à-vis de l’institution. Pour M. Bernard Harborne, coordinateur du programme et ancien représentant résident de la Banque mondiale en Côte d’Ivoire, ce développement positif ouvre la porte à des perspectives importantes avec la réactivation des projets suspendus et la mise en place de nouveaux projets. Au total, la Côte d’Ivoire bénéficiera d’environ 636 millions de dollars pour ses efforts de sortie de crise et de reconstruction.

Comment la Banque mondiale s’insère-t-elle, dans le processus de sortie de crise, en termes d’appui à la reconstruction depuis la signature de l’Accord politique de Ouagadougou ?

Depuis l’accord politique de Ouagadougou signé en mars 2007, la Banque mondiale a préconisé une nouvelle approche plus agressive, contrairement aux précédentes qui consistaient à attendre de voir.

La nouvelle stratégie comprend deux axes. D’une part, soutenir la mise en œuvre de l’Accord de Ouagadougou et, d’autre part, travailler à la normalisation de la coopération avec le pays et à l’apurement des arriérés de dette.

Pour ce qui est de l’appui au processus de paix, après la signature de l’Accord, et conformément à un accord conclu avec les autorités ivoiriennes, la Banque mondiale a approuvé, un don de pré-apurement des arriérés de 120 millions de dollars, soit 60 milliards FCFA, au titre d’un Projet d’assistance post-conflit.

Ce don est le plus grand don de pré-apurement de l’histoire de notre institution. Il est plus important que ceux qui ont été accordés à la République démocratique du Congo (RDC) et à l’Afghanistan. 

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M. Bernard Harborne : "La Banque et la Côte d'Ivoire fondent un grand espoir sur le don d' assistance post-conflit".

À quoi servira ce don d’assistance post-conflit ?

Ce don est destiné à financer les composantes suivantes du programme de sortie de crise : l’identification (20 millions) ; la réinsertion économique des ex-combattants et des jeunes à risque associés au conflit (40 millions) ; la réhabilitation communautaire (40 millions) ; et le redéploiement de l’administration et la mise en œuvre du programme (20 millions).

Au total, c’est environ 636 millions de dollars que nous mettrons à la disposition du pays pour l’appuyer dans ses efforts de sortie de crise et de reconstruction.

La Côte d’Ivoire, tout comme la Banque mondiale fonde, un grand espoir sur ce projet qui va donner un véritable coup de pouce au  programme de sortie de crise.

Vous parlez de normalisation des relations avec la Côte d’Ivoire. Que s’était-il passé ?

Je parle de normalisation parce que, suite au non paiement des arriérés, la Banque mondiale a dû suspendre ses décaissements en novembre 2004. Cette situation a entraîné la mise en veilleuse de quatre projets d’investissement et l’arrêt de tout nouveau prêt. 

La Côte d’Ivoire avait accumulé d’importants arriérés de dette sur les quatre dernières années vis-à-vis de ses partenaires extérieurs, à l’exception du Fonds monétaire international (FMI). À fin juillet 2007, les arriérés envers la Banque mondiale s’élevaient à 504 millions de dollars, soit environ 242 milliards de FCFA.

Après la signature le 4 mars 2007 de l’Accord de paix de Ouagadougou, et suite aux discussions en marge des Assemblées de printemps de la Banque mondiale et du FMI en 2007, un accord de principe a été obtenu avec les autorités ivoiriennes en vue du traitement des arriérés et de la reprise du paiement du service de la dette.

Cet accord stipulait entre autres, que la Côte d’Ivoire reprenne dès juillet 2007 le paiement des échéances courantes du service de la dette vis-à-vis de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement (BAD), en vertu de l’accord de traitement égalitaire de la dette de ces deux institutions.

Après analyse de la capacité du pays à faire face à l’apurement de ses arriérés vis-à-vis de la Banque mondiale, un mémorandum a été signé avec les autorités ivoiriennes. Ce mémorandum indique que la Côte d’Ivoire ne paie que 50% de ses arriérés accumulés à fin juillet 2007.

L’accord prévoyait le paiement au plus tard à mi-janvier 2008 de 50% du stock accumulé à fin juillet 2007, soit 252 millions de dollars (environ 112 milliards FCFA). 

Et que devait faire la Banque mondiale pour sa part?

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M. Bernard Harborne : " Les récents développements sont un signal fort pour le secteur privé".

La Banque mondiale s’engageait sur trois choses après l’apurement des 50% des arriérés. 

La première consistait à approuver un don supplémentaire de 308 millions de dollars, une somme comprenant 252 millions de dollars, (correspondant aux autres 50% des arriérés restant dû) et 35 millions de dollars sous la forme d’un soutien budgétaire.

La deuxième chose consistait en la réactivation de notre  portefeuille de projets suspendus depuis novembre 2004 dès l’apurement total des arriérés. Ces projets comptent  pour un montant non décaissé de 104 millions de dollars. 

Il s’agissait enfin d’approuver trois nouveaux projets sous forme de don pour un montant d’environ 120 millions de dollars. Ces projets sont : le projet d’infrastructure d’urgence de 90 millions de dollars, le projet VIH/SIDA de 20 millions de dollars et le projet de gouvernance et de développement institutionnel de 10 millions de dollars.

Et où en est-on aujourd’hui avec  la question des arriérés de dette ?

La Côte d’Ivoire a effectivement repris le paiement du service courant de la dette vis-à-vis de la Banque mondiale en août 2007 ; et vient de s’en acquitter totalement début mars 2008.

Elle a payé au total environ 112 milliards FCFA à la date du 28 février 2008, équivalant au total des arriérés.

Dès la réception de l’ensemble des paiements sur les comptes de la Banque début avril 2008, les arriérés ont déclarés apurés. Le Conseil d’administration de la Banque a approuvé le 2 avril 2008  le Don de gouvernance économique et de redressement de 308 millions de dollars.

En somme, on peut dire que le pays vient d’accomplir un pas important dans la normalisation des relations avec la Banque mondiale.

Avec cette normalisation quelles sont les perspectives ?

Ces développements ont des répercussions positives. Nous pouvons lancer notre programme-pays, avec la réactivation du portefeuille qui avait été suspendu et la mise sur pied de nouveaux projets d’investissements. 

Ces progrès constituent un point de départ important pour le processus d’allégement de la dette sous l’Initiative des pays pauvres très endettés (PPTE). 

Finalement, il s’agit d’un signal fort pour les investisseurs et le secteur privé.

Interview réalisée par Bakary Sanogo
Responsable des communications, Banque mondiale, Côte d’Ivoire




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