La Vice-présidente de la Banque mondiale pour la Région Afrique demande une profonde réforme du secteur café-cacao en Côte d’Ivoire

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Tanokro (Région de Tiassalé, Côte d’Ivoire) – le 6 septembre 2008 – Tanokro. Un campement de planteurs de cacao dans la région de Tiassalé, à environ 100 km au Nord Ouest d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire.

En fait, nous sommes dans un champ-école de cacao, à 22 km de Tiassalé. Le champ-école a été créé avec l’appui de l’USAID. Ici, on travaille à améliorer la productivité des plantations, expérimenter de nouvelles variétés, et au bout de la chaîne, accroître les revenus des paysans.

Obiageli Ezekwesili engaged in a conversation with farmer Ahou Georgette Kouakou

Obiageli Ezekwesili en compagnie  de la paysanne Ahou Georgette Kouakou

On peut voir d’une part une plantation ordinaire où sont pratiquées les méthodes traditionnelles, et de l’autre un champ avec les nouvelles variétés de cacao qui, après 18 mois, fleurissent et entrent en production au bout de deux ans, au lieu de trois à six ans.

L’école enseigne aux paysans à optimiser leurs efforts. Et dans l’ ensemble, les nouvelles pratiques aboutissent à un rendement de trois tonnes de cacao par hectare alors qu’on n’obtient qu’une tonne à l’hectare avec la méthode traditionnelle.

La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao, avec 40% de parts du marché. Le secteur, qui représente 40% des recettes d'exportation du pays et environ 20% de son PIB, occupe 600 000 producteurs et concerne directement ou indirectement 6 millions de personnes.

La gouvernance dans le secteur café-cacao a été au centre de la visite de deux jours de la vice-présidente de la Région Afrique de la Banque mondiale, Obiageli Ezekwesili, début septembre.

Ezekwesili a mis l’accent sur la nécessité d’une réforme du secteur lors de ses entretiens avec le président ivoirien Laurent Gbagbo, le Premier ministre Guillaume Soro, l’équipe économique du gouvernent, la société civile, le secteur privé et la presse.

Obiageli Ezekwesili arrives at the Tanokro cocoa plantation in Tanokro

Arrivée de Obiageli Ezekwesili  à la plantation de cacao à Tanokro

Même si la Banque mondiale a fourni une assistance financière et technique pour soutenir les réformes en cours, la filière connait de sérieux problèmes de gestion qui ont amené le gouvernement à engager des poursuites judiciaires contre certains anciens responsables.

Toutefois, ces réformes devront être plus profondes, l’objectif étant que l’amélioration des revenus contribue à la réduction de la pauvreté.

Pour Ezekwesili, le pouvoir de décision doit revenir aux planteurs et non à des intermédiaires ou des structures paraétatiques qui vivent sur le dos des paysans. A l’endroit des autorités, elle a évoqué la nécessité de réduire les taxes et de lever les obstacles institutionnels qui empêchent les planteurs de profiter des leurs efforts.

Tenant à toucher du doigt les réalités socio-économiques du pays, Ezekwesili a également rencontré Ahou Georgette Kouakou, l’une des élèves à l’école de Tiassalé. Ahou, 52 ans, est mère de huit enfants, dont six filles.

Soucieuse d’améliorer sa productivité et donc ses revenus, cette veuve confie à Ezekwesili sa préoccupation d’avoir plus d’argent afin de pouvoir scolariser ses enfants et petits-enfants, se soigner, mieux se vêtir, mieux se nourrir et économiser pour faire face aux imprévus.

World Bank Vice-President Obiageli Ezekwesili in conversation with farmers at Tanokro

La Vice-présidente de banque mondiale Obiageli Ezekwesili en conversation avec des planteurs de Tanokro

Mais depuis 20 ans qu’elle pratique la culture du cacao, elle n’en retire qu’amertume. «L’essentiel des fruits de notre travail va dans les poches des acheteurs, des intermédiaires et des gens qui sont assis quelque part dans les bureaux d’Abidjan. Nous ne les connaissons même pas », confie-t-elle à Ezekwesili, à travers un interprète.

Pour chaque kilo de cacao qu’elle produit, Ahou reçoit entre 450 FCFA (0.90 dollar) et 500 FCFA (1.10 dollars). Les exportateurs revendent le kilo pour un prix variant entre 600 et 750 FCFA (soit 1.30 et 1.63 dollars, respectivement), parfois plus.

Ahou n’est pas le seul planteur qui connaît une telle infortune à Tanokro, un campement de 800 habitants, sans eau courante ni électricité. Cette situation est le lot d’une majorité de planteurs de cacao de la région et de toute la Côte d’Ivoire.

Face à ce témoignage émouvant, Ezekwesili s’est engagée à œuvrer avec le gouvernement afin de s’assurer que les producteurs reçoivent un montant adéquat pour leur cacao.

« Nous allons travailler pour engager des réformes, afin que vos revenus vous permettent de vous occuper de la santé et de l’éducation de vos enfants », a-t-elle promis.

Le champ-école de Tiassalé est sous la conduite de N’Guessan Tano, le facilitateur dont le père est le fondateur du campement de Tanokro.

 

Par Bakary Sanogo, Spécialiste en Communication
Banque mondiale, Abidjan, Côte d’Ivoire




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