Au Tchad, des milliers d’enfants défavorisés retrouvent le chemin de l’école

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  • Pendant longtemps, les pluies et la distance ont empêché des milliers d’enfants dans des villages isolés du sud du Tchad d’aller régulièrement à l'école
  • La Banque mondiale a financé la construction des écoles à proximité de leurs domiciles, ainsi que la prise en charge des salaires des enseignants dans le cadre d'une approche dite de « développement conduit par les communautés »
  • Il sera désormais possible à ces enfants de profiter d'une année scolaire sans interruption  

N’DJAMENA, 15 octobre 2010 – A environ 500 km au sud de N’Djamena, la capitale du Tchad, les villages de Bayaka et Gougou Doubang s’apprêtent pour la première fois à vivre une année scolaire sécurisée en cette période de pluies qui les coupe habituellement du reste du pays.

L’événement était si inespéré que les populations se sont mobilisées pour les travaux d’aménagements de la cour de l’école pendant que les réunions du comité de gestion de l’école avec les parents d’élèves se sont succédé pour assurer une reprise effective des cours en octobre. Dans l’histoire des deux villages, une rentrée scolaire à cette date ne relevait que d’un rêve. Mais la construction des bâtiments scolaires lancée dans la zone il y a moins d’un an vient mettre fin à cette réalité douloureuse.

Les travaux sont financés conjointement par l’État tchadien et la Banque mondiale par l’Association internationale de développement (IDA), à travers un don de 23 millions de dollars américains approuvés en 2004 dans le cadre du Projet d’Appui au Développement Local (PROADEL). L’IDA est la filiale du Groupe de la Banque mondiale qui vient en aide aux pays à faible revenu.

Le projet vise à réduire la pauvreté et promouvoir le développement durable en milieu rural, en intensifiant la participation des communautés locales et des autorités administratives décentralisées et en améliorant l’accès aux services de base et aux activités économiques au niveau local dans le cadre de la décentralisation.

Responsabilité collective

Dotés chacun d’un grand bâtiment neuf de trois salles de classe équipées de meubles et fournitures, Bayaka et Gougou Doubang peuvent désormais se mettre à espérer d’un avenir meilleur pour leurs enfants. « Notre village a pu construire ce bâtiment de l’école en moins d’un an alors qu’il aurait pu nous prendre dix ans sans la contribution du projet », s’est réjoui André Wawaré, le Président de l’Assemblée communautaire de développement (ACD) de Bayaka. Il se souvient des difficultés auxquelles lui et les siens ont été confrontés pour mobiliser les quelque 3 millions Fcfa (soit 6 000 dollars) représentant les 10% de l’apport de la communauté requis par le projet. « Chaque famille a dû contribuer chacune une somme de 20.000 Fcfa (environ 40 dollars) dans des conditions difficiles à cause de notre pauvreté, mais aujourd’hui nous ne le regrettons pas », a ajouté le sage.

Effectivement, Bayaka et Gougou Doubang viennent de loin. «Avant la construction de ce bâtiment, la rentrée scolaire ne commençait chez nous que vers le mois de décembre ou janvier parce qu’il nous fallait à chaque fois mobiliser les parents pour la construction des hangars et les accessoires de fortune ; et elle se terminait au plus tard en mois d’avril à cause des premières pluies », se souvient amèrement Sainbé Nathan, le rapporteur général de l’ACD du village. Pour sa part, André Wawaré n’oubliera jamais l’époque où, « à cause de l’éloignement des écoles, le village ne comptait pas plus de 10 enfants scolarisés ». Aujourd’hui le registre de l’école de Gougou Doubang affiche 270 inscrits, dont 140 filles. A Bayaka, le nombre d’élèves a aussi connu une nette augmentation en passant de 60 à 180.

Les efforts remarquables des deux villages vont être récompensés cette année avec l’affectation des enseignants qualifiés de l’Etat pour prendre en charge l’enseignement dans les nouveaux bâtiments. Leurs salaires seront pris en charge par le Projet d’Appui à la Reforme du Système de l’Education au Tchad (PARSET), lancé par la Banque mondiale en 2003. C’est un grand ouf de soulagement pour ces communautés qui payaient de leur poche les enseignants engagés localement par les parents d’élèves.

Au-delà de ces deux villages, on observe de manière générale une nette amélioration dans la centaine de localités dans lesquelles intervient le PROADEL. Aujourd’hui ses impacts positifs sur le terrain se traduisent par la sécurisation d’une année scolaire complète pour environ 35.500 enfants à travers 100 établissements scolaires construits dans 100 villages disséminés dans cinq régions au sud du Tchad.

« Les interventions de la Banque mondiale au Tchad vont davantage se focaliser sur les secteurs qui ont un impact direct sur la vie de la population bénéficiaire », affirme la Directrice des Opérations Intérimaire du Tchad, Mme Kathryn Hollifield. « Nous sommes heureux de constater que ces investissements produisent des résultats concrets sur le terrain ».

Des forages aux centres de santé en passant par les châteaux d’eau, les latrines et autres radios communautaires, le projet tend à changer le visage des villages souvent oubliés à cause de leur éloignement.

« J’ai sorti l’argent de ma poche pour soutenir le projet parce que je sais que c’est pour le bien-être de la population », souligne le vieux Pircolossou, chef de canton de Bayaka depuis 50 ans, puis député pendant 16 ans.

Des réalisations au visage humain

Dans sa première phase qui vient de s’achever, le PROADEL a, par la mise en œuvre de microprojets, permis de remédier à nombre de problèmes auxquels les communautés rurales font face.

A ce jour, 329 sous-projets ont été achevés, sur un total de 405 identifiés et approuvés. Ceux-ci concernent les établissements scolaires, les centres de conseil en santé et VIH/Sida, les infrastructures d’approvisionnement en eau potable, les magasins de stockage, les centres de formation, et les radios communautaires.

Ces réalisations ont permis à quelque 257.000 personnes d'avoir accès à l'eau potable; à environ 65.000 personnes d'avoir accès aux soins de santé de proximité de base par la construction et l’équipement des centres de santé ; de même, plus de 100.000 bovins ont obtenu l'accès à des points d'eau. Dans le cadre du renforcement des capacités de planification locale des communautés par des approches participatives, plus de 5.000 assemblées décentralisées ont été installées avec 174 plans de développement local élaborés et adoptés. Par ailleurs, 210 Comités cantonaux ont été mis en place, ce qui ouvre la voie à la participation des communautés et de leurs représentants dans le processus décisionnel et la gestion des biens publics socio-économiques de leur localité.

« Des résultats significatifs ont été atteints sur le terrain, malgré des difficultés de gestion liées au montage institutionnel», selon Soulemane Fofana, le Chargé de Projet pour le compte de la Banque mondiale. Pour lui, ces résultats augurent de meilleures perspectives pour la phase 2 du PROADEL qui est en cours de préparation.




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