La Banque mondiale revoit ses prévisions pour l’économie mondiale

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  • En 2009, la production mondiale devrait connaître son premier recul depuis la Seconde Guerre mondiale
  • La croissance du PIB devrait fortement se contracter dans les pays en développement cette année
  • Une faible reprise est possible en 2009, mais son ampleur comme le moment où elle interviendra sont encore très incertains

31 mars 2009— Dans le monde entier, les pays riches connaissent actuellement une récession et ont subi une baisse importante de la production au cours du dernier trimestre 2008. Quant aux 16 pays en développement pour lesquels on dispose de données trimestrielles, on constate que 15 d’entre eux ont enregistré un recul du PIB au dernier trimestre.

Au moment où les chefs de gouvernement convergent vers Londres pour participer cette semaine au Sommet du G20, la Banque mondiale a dû fortement revoir à la baisse ses prévisions pour 2009 : la croissance du PIB ne devrait pas dépasser 2,1 % dans les pays en développement (contre les 4,4 % prévus en novembre 2008). Une faible reprise pourrait avoir lieu en 2010, mais son ampleur comme le moment où elle interviendra demeurent très incertains.

Après avoir affiché de solides performances pendant une période de 8 ans, la croissance mondiale du PIB devrait se contracter de 1,7 % cette année, selon les prévisions de la Banque mondiale. Il s’agit d’un recul historique, puisque c’est la première fois que la production mondiale baisse depuis la Seconde Guerre mondiale.

« Même si la croissance mondiale redevient positive en 2010, nous ne sommes pas encore tirés d’affaire », souligne Hans Timmer, responsable de l’équipe chargée de l’analyse des tendances mondiales au sein du Groupe des perspectives de développement à la Banque mondiale. « Nous prévoyons que le niveau du PIB se maintiendra bien en deçà de son potentiel et que la situation économique restera préoccupante durant les deux prochaines années. »

État de l’économie mondiale

Selon M.Timmer, l’économie mondiale a essuyé une « violente tempête ». En effet, la récession mondiale, le resserrement du crédit et la perte de confiance conjugués ont entraîné une dynamique très négative.

L’an dernier, l’effondrement des services bancaires d’investissement a entraîné un resserrement du crédit. Celui-ci a été suivi à son tour par une forte baisse de la production industrielle partout dans le monde, notamment dans des économies axées sur les biens d’investissement telles que Taïwan, la Chine et le Japon.

La crise est survenue au terme de huit ans de croissance économique exceptionnelle dans les pays en développement, soutenue par une croissance des investissements à deux chiffres. Or les investissements sont aujourd’hui particulièrement atteints par les conditions financières difficiles.

Au recul de la production industrielle a immédiatement succédé la baisse des prix des matières premières, à savoir une chute de plus de 50 % des prix du pétrole et de plus de 40 % des matières premières autre que le pétrole.

Selon les prévisions de la Banque mondiale, les échanges mondiaux de biens et de services devraient diminuer de 6,1 % en 2009. La valeur des échanges commerciaux risque de se détériorer bien davantage du fait de la chute des prix des matières premières.

Cela ne présage rien de bon pour les recettes budgétaires. Ce sont les pays les plus pauvres qui sont les plus dépendants du commerce à cet égard. Au Lesotho, au Swaziland et en Côte d’Ivoire par exemple, entre 40 et 50 % des recettes budgétaires proviennent du commerce.

« C’est le secteur privé qui a subi les conséquences immédiates de la crise financière, mais avant la fin de l’année, de nombreux pays risquent d’être confrontés à des problèmes budgétaires », note M. Timmer. « La raison en est que les gouvernements voient d’ores et déjà leurs recettes diminuer, alors qu’ils doivent augmenter leurs dépenses et que les coûts d’emprunt sont à la hausse. »

Le PIB mondial devrait enregistrer une progression de 2,3 % en 2010. Toutefois, cette prévision n’a rien d’une certitude. Si une crise de la balance des paiements venait à se produire par exemple, on pourrait assister à une récession bien plus prononcée en 2009, susceptible de se prolonger en 2010.

Les perspectives pour les régions en développement

La région Europe et Asie centrale est celle qui a été le plus durement touchée par les récents événements. Le PIB régional devrait reculer de 2 % en 2009, alors qu’il avait augmenté de 4,2 % en 2008.

Pour la région Amérique latine et Caraïbes, on anticipe également une contraction du PIB en 2009, même si les résultats peuvent varier d’un pays à l’autre. Globalement, le PIB pourrait accuser un repli de 0,6 %, alors qu’il avait progressé de 4,3 % en 2008.

C’est la région Asie de l’Est et Pacifique qui sera sans doute le plus pénalisée par la baisse des investissements et des échanges mondiaux. La production industrielle et les dépenses d’équipement ont déjà chuté fortement. Et avec le ralentissement de la croissance en Chine (6,5 %) et l’entrée en récession de plusieurs petites économies de la région, notamment de la Thaïlande, le rythme d’expansion du PIB devrait faiblir pour ressortir à 5,3 % en 2009.

Les perspectives de croissance en Asie du Sud ont été revues à la baisse pour 2009. Elles ne devraient pas dépasser 3,7 % (contre 5,6 % en 2008). Bien que la baisse des prix du pétrole ait fait évoluer les termes de l’échange dans un sens favorable à la région, le recul de la demande d’exportations pénalise fortement l’activité.

De toutes les régions en développement, c’est la région Moyen-Orient et Afrique du Nord qui tire semble-t-il le mieux son épingle du jeu, avec une croissance que l’on prévoit aujourd’hui de 3,3 % pour 2009. Le PIB des pays exportateurs de pétrole ne devrait augmenter que de 2,9 % en 2009 contre 4,5 % en 2008, par suite de la baisse des recettes pétrolières et de la réduction de la production de pétrole.

En Afrique subsaharienne, la croissance du PIB devrait diminuer de moitié, se limitant à 2,4 % en 2009 (contre 4,9 % en 2008). La chute spectaculaire des prix des produits de base sera lourde de conséquences pour tous les pays de la région.

Situation d’urgence pour le développement

L’analyse de la Banque mondiale montre que partout dans le monde, la crise touche les populations pauvres, dont beaucoup avaient déjà souffert de la hausse des prix des aliments et du carburant. La réduction de la pauvreté s’est ralentie, et l’on estime que du fait de la crise, environ 65 millions de personnes continueront de vivre en 2009 sous le seuil de pauvreté, fixé à 2 dollars par jour.

« Dans tous les pays en développement, nous constatons les effets de la récession sur les plus pauvres, qui sont encore plus exposés qu’auparavant à des chocs soudains et qui voient leur marge de manœuvre réduite et leurs espoirs frustrés » observe Justin Yifu Lin, Économiste en chef et Premier vice-président, Économie du développement. « Il s’agit tout simplement d’une crise de développement, qui pourrait réduire à néant des années de progrès. »

Le Rapport de suivi mondial 2009, publié chaque année par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, sera publié fin avril 2009. Il évaluera les effets de la crise sur la réalisation des objectifs de développement pour le Millénaire fixés pour 2015.

 




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