Depuis août 2002, la RDC s'est dotée d'un nouveau Code forestier qui ouvre une fenêtre d'opportunité pour la relance de l'économie, le développement rural et la préservation du patrimoine naturel. La mise en route de ce nouveau Code est perçue comme un test pour l'ensemble du programme économique et de développement durable de la République démocratique du Congo. Le Magazine de la Banque mondiale en RDC a approché Laurent Debroux, spécialiste forestier, qui travaille étroitement avec la partie congolaise et l'ensemble des partenaires au développement.  Laurent Debroux, quelle assistance la Banque mondiale apporte-t-elle au secteur forestier de la RDC?  La collaboration que la Banque mondiale développe en RDC avec le gouvernement, la société civile, le secteur privé et les autres partenaires au développement vise à ce que les importantes ressources naturelles de la RDC bénéficient mieux au bien-être des populations, à la reconstruction nationale et à la protection de l'environnement mondial. Pour ce faire, il est important de tenir compte des dimensions sociales, environnementales et économiques de la forêt. Nous gardons ces trois dimensions à l'esprit dans tous nos conseils et programmes. L'essentiel de notre travail pour le moment est d'appuyer la mise en œuvre progressive du nouveau Code forestier, d'accompagner la RDC dans la mise en œuvre d'un agenda de relance qui soit durable sur le plan environnemental, qui puisse bénéficier directement aux populations congolaises, et qui vienne en appui à  la stratégie nationale de réduction de la pauvreté.   Concrètement, qu'est-ce que la Banque mondiale a déjà fait dans ce domaine?  Depuis 2002, nous avons encouragé l'adoption du nouveau Code forestier pour la relance de ce secteur. Il est important pour nous que ce nouveau Code introduise notamment: l'aménagement durable des forêts, l'attribution des contrats de façon plus transparente, la rétrocession de 40% des redevances de superficie aux entités locales, la gestion des forêts par les communautés rurales, la protection de la biodiversité dans les espaces de production, et la création de nouvelles aires protégées, ainsi que la mise en place des conseils consultatifs provinciaux.  Le Ministère de l'environnement a aussi commencé à réviser les anciens contrats forestiers. En 2002, il a reversé dans le domaine public environ 25 millions d'hectares correspondant à 163 contrats qui ne respectaient pas les clauses contractuelles et qui avaient été attribués sans consultation locale. Nous encourageons cet effort de clarification des anciens contrats, avec l'appui d'un observateur indépendant. La conversion des anciens contrats vise aussi à sécuriser sur le long terme les investisseurs qui créent réellement de la valeur ajoutée pour le Congo, de l'emploi et qui gèrent durablement les forêts qui leur sont confiées. Nous avons accompagné une revue économique du secteur qui a permis de simplifier la fiscalité forestière.  Dans le projet d'appui à la réunification économique et sociale, il y a une composante forestière qui appuiera la préparation d'un plan de zonage forestier. C'est un plan d'affectation des forêts qui sera conduit de façon participative pour donner à toute la société congolaise et internationale une visibilité sur l'utilisation qui sera faite de ces vastes espaces forestiers. Il est possible que ce zonage aboutisse à la création de nouvelles forêts communautaires et aires protégées.  Nous travaillons aussi avec l'Institut Congolais de Conservation de la Nature en vue de réhabiliter ces prestigieux parcs nationaux. En complémentarité avec les autres bailleurs de fonds, nous espérons pouvoir appuyer les parcs de Garamba, Virunga et Maiko, dans une approche qui associe les populations riveraines et génèrent des bénéfices concrets et durables. Nous souhaitons aussi accompagner la mise en œuvre de la foresterie communautaire de sorte que les populations rurales puissent prendre en main la gestion des forêts où elles habitent, ainsi que la rétrocession des recettes fiscales aux entités locales décentralisées.   Quels commentaires faites-vous à propos du nouveau Code forestier?  La vulgarisation de ce Code est, selon nous, une étape indispensable. Il est important que le nouveau code soit largement diffusé, traduit en plusieurs langues, et que ses textes d'application soient préparés en tenant compte des avis et considérations des acteurs sur le terrain. Ce Code trace des orientations pour l’avenir mais en fait, le vrai travail reste à faire.  Le défi, c’est de mettre ce Code sur le terrain, de le traduire en bénéfices concrets pour les populations et pour tout le pays, de tirer profit de toutes les opportunités qu’il offre en matière de foresterie rurale, de gestion durable, de protection de la nature, de création d'emplois et de valeur ajoutée. Il faut s’assurer que la diversité sociale, économique du pays soit bien prise en compte dans la mise en œuvre de ce Code sur le terrain. Il faudra aussi renforcer la capacité des institutions à faire connaître ce code sur le terrain et à en vérifier l'application, et mettre en place des systèmes efficaces de suivi socioéconomique et environnemental.   En guise de conclusion, quel est le défi majeur auquel la RDC est confrontée?  La RDC dispose du plus grand patrimoine forestier d'Afrique. Elle possède le deuxième massif de forêt tropicale du monde après le Brésil Dans le contexte actuel de la réunification et de la relance économique, le défi majeur c'est de réussir à mieux utiliser ce patrimoine pour le bien-être des populations du Congo, tout en préservant la valeur inestimable de ces écosystèmes naturels pour l'environnement mondial. |