| Volet social de la réforme des entreprises publiques Dans la commune de Kapemba à Lubumbashi, le ronronnement d’une scie métallique couvre le brouhaha de la vie quotidienne. La Scimokat, scierie mobile du Katanga poursuit inlassablement ses activités. Hier pourtant, la Scimokat n’existait pas. Ses promoteurs, trois anciens agents de la Générale des Carrières et des Mines, pointaient chaque matin à leur travail. Sereins, sûrs du lendemain, alors qu’imperceptiblement, le ciel s’assombrissait au fur et à mesure que la grande cheminée de la Gécamines cessait de libérer ses volutes de fumée au-dessus de Lubumbashi, la capitale congolaise du cuivre. Ils n’ont pas senti le vent tourner, mais les faits sont là : 475.000 tonnes de cuivre extraites en 1985, et peut-être 5.000 tonnes en 2003 ; peut-être… Des chiffres effrayants qui sonnent le glas d’un empire déchu à l’équipement vétuste et aux sites d’exploitation laissés à l’abandon. Les vingt-trois mille employés d’une entreprise qui faisait la fierté de tout un peuple accumulent de nombreux mois d’arriérés de salaires. Le navire prend eau de toutes parts. Dans ce contexte morose, le gouvernement a décidé de prendre des mesures drastiques pour relancer la production. Vingt-trois mille employés pour 5.000 tonnes de cuivre, il fallait procéder notamment à une réduction des effectifs. 12.000 agents souscrivent alors à une opération baptisée « départs volontaires ». Ils choisissent de quitter le navire. Parmi eux, Jean Mukanza, ancien assistant médical, l’un des trois promoteurs de la scierie. Avec leurs pécules, ils montent une scierie moderne et vont à l’assaut du marché. Les commandes affluent, dopées par un début de reprise économique. Le ciel s’éclaircit. La Scimokat emploie désormais dix ouvriers, régulièrement rémunérés. L’ancien assistant médical triomphe : « Pendant 23 ans, j’étais employé Gécamines, aujourd’hui je suis fier d’être employeur ». L’expérience de la Scimokat n’est pas unique. Les activités de réinsertion économique des ex-employés de la Gécamines se sont diversifiées, et contribuent à créer de l’emploi, surtout en zone rurale. Par exemple, à quelques douze kilomètres de Likasi dans le village de Nguya, s’étale la concession agricole de Albert Kadima. Du haut de ses 40 ans de service, Albert Kadima avait senti venir le coup dur, et avait déjà conçu sa petite idée. Avec son pécule, il s’est acheté une large concession et s’adonne à l’agriculture. Doté d’un sens poussé de l’organisation, il a progressivement acquis un tracteur et divers équipements agricoles, pour exploiter 50 hectares de cultures vivrières et maraîchères selon les saisons, et un peu d’élevage. Dix désœuvrés du petit village de Nguya ont ainsi trouvé un travail permanent, sans compter les temporaires en période de semis. « Je les paie tous les mois, et je leur donne aussi un peu de nourriture », précise l’exploitant agricole. Et d’ajouter : « En quelque sorte, mon départ de la Gécamines a contribué à créer de l’emploi». La peur panique de quitter le paternalisme de la Gécamines n’est plus qu’un souvenir. L’avenir s’annonce serein, de sorte qu’aujourd’hui, il s’inquiète du dénuement de ses voisins. En effet, à l’école primaire catholique de Nguya, 240 élèves suivent les enseignements dans des conditions épouvantables. « Ils écrivent à même le sol », s’insurge l’ancien Gécaminard qui a conçu le projet d’équiper l’école en bancs. Lorsqu’on trouve le temps et les moyens de penser à soulager la misère de ses voisins, c’est que l'on a réellement trouvé des raisons d’espérer.
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