L’intégration sous-régionale devient la priorité des priorités dans la zone CEMAC

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  • Les Chefs d’Etat des pays membres de la zone CEMAC adoptent des mesures concrètes en faveur de l’intégration sous-régionale
  • Audits, poursuites judiciaires et relance des dossiers clés à court et moyen termes à l’issue du sommet de Bangui
  • La Banque mondiale soutient des projets d’envergure visant à appuyer une dynamique communautaire accrue dans cet espace qui regroupe sept pays, dont deux enclavés

BANGUI, 21 Janvier 2010 – On retiendra de la dixième conférence des chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) tant attendue, tant renvoyée et finalement tenue du 15 au 17 janvier 2010 à Bangui (République centrafricaine) qu’elle a été celle de la fermeté contre la manière dont les institutions de la CEMAC sont gérées.

Le scandale financier du détournement de 25 millions de dollars à la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) a permis aux Etats membres de sanctionner et de revoir le fonctionnement de la CEMAC. Ainsi le gouverneur en exercice, le Gabonais M. Philibert Andzembe, a été limogé et remplacé M. Lucas Abaga Nchama de la Guinée équatoriale.

En effet, la décision la plus inattendue  à l’issue de ce sommet a été  celle qui enterre  le sacro-saint consensus dit de Fort-Lamy et instaure désormais un gouvernorat tournant par ordre alphabétique à la tête de la BEAC. La décision prise en faveur des poursuites judiciaires à l'encontre des personnalités impliquées dans l'affaire du détournement de fonds au bureau parisien de la banque centrale a été longuement commentée. En attendant une décision de la justice, les personnes accusées de détournement ont été d’ores et déjà relevées de leurs fonctions. Le sommet a également commandité des audits dans toutes les institutions de la CEMAC. Les audits s’imposent désormais chaque année et seront effectués par la Cour des comptes de la CEMAC qui est basée au Tchad.

D'autres dossiers sur l'intégration sous-régionale ont aussi été discutés, dont notamment l’inauguration attendue pour mars 2010 du parlement sous régional basé en Guinée équatoriale et la relance des efforts conduisant au passeport commun de la CEMAC. Attendu pour être opérationnel avant la fin du trimestre, ce passeport biométrique permettra, dans sa première phase, aux hommes et femmes d'affaires, ainsi que les membres de gouvernement, de voyager dans l’espace CEMAC sans visa. L’extension aux autres couches de la société se fera progressivement.

Le projet de la création de la compagnie aérienne régionale, Air CEMAC qui affirme avoir trouvé en l’opérateur sud-africain South African Airways un partenaire stratégique, semble enfin tendre vers la concrétisation. Le décollage de cette nouvelle compagnie aérienne, qui sera basée à Brazzaville, capitale de la République du Congo, est attendu cette année.

L’intégration s’impose comme indispensable
 
Le sommet des chefs d’Etat de  la sous région avait été reporté à deux reprises depuis Novembre 2009, reports qui ont mis en évidence les balbutiements d’une organisation et d’une sous-région pour qui l’intégration s’impose comme indispensable. 

Lors de sa récente tournée en République centrafricaine et au Cameroun, la vice-présidente de la Banque mondiale pour la Région Afrique, Mme Obiageli Ezekwesili, s’est lancée dans un vibrant plaidoyer pour l’intégration régionale en Afrique centrale.

Pour Mme Ezekwesili, l’intégration régionale offre de meilleures possibilités de sortie des crises et défis du développement auxquels font face les pays de la sous région : la chute des investissements étrangers provoquée par la crise financière internationale ; la crise alimentaire ; l’enclavement tant des pays que des économies aux marchés trop limités pour prospérer dans l’isolement actuel ; et l’absence d’infrastructures d’envergure pour promouvoir un secteur privé créateur d’emplois. 

L’appel de la vice-présidence de la Banque intervient dans un contexte assez particulier.
La sous région d’Afrique centrale, présente un paradoxe notable. La sous-région est classée parmi les mieux dotées d’Afrique, mais aussi la moins intégrée économiquement, comparativement à la Communauté économique de l’Afrique australe (SADC), la Communauté économique et douanière des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ou le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA).

La Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique relève en effet qu’en 2006, des échanges intra-communautaires oscillaient entre 0,5 et 1% du commerce total des Etats membres, contre 5% pour l’espace COMESA, 10% pour la SADC  et la CEDEAO et 15% pour l’UEMOA.

La Banque mondiale comme partenaire de premier plan

La sous-région au cœur du golfe de Guinée regorge pourtant de ressources naturelles du sol et du sous-sol impressionnantes. Dans le même temps, les économies formant  cet ensemble enregistrent les indicateurs sociaux parmi les plus faibles. Ces pays sont également caractérisés par  une  faible performance de leur environnement des affaires (voir le rapport « Doing Business 2010 »).

C’est pour aider à améliorer cette situation que la Banque mondiale a décidé de financer plusieurs projets intégrateurs, notamment le financement depuis 2009, du Programme de réseau de télécommunications haut débit d’Afrique centrale («Central Africa Backbone »).
D’un montant de 215 millions de dollars américains, ce projet permettra  à  la sous-région d’accéder aux possibilités modernes qu’offrent les nouvelles technologies de la communication.

Autre projet sous-régional d’envergue : le Projet Régional de Facilitation du Transport et du Transit dans la zone CEMAC, qui vise la création des corridors de transit efficaces entre Douala et Bangui d’une part, et Douala et N’Djamena d’autre part.

Estimé à  680 millions de dollars, ce projet d’une importance vitale pour le développement de la sous région CEMAC recevra un apport de 201 millions de dollars le la part des Etats bénéficiaires. Cet engagement constitue une étape fondamentale sur le chemin de la construction d’une véritable intégration régionale, vitale pour les économies de la zone.

Les Etats membres de la CEMAC sont le Cameroun, la République centrafricaine, la République du Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Tchad et São Tomé et Principe.




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