
| Les couloirs de nouveaux batiments de 6 classes construits à l'Ecole du Centre de Doba | Bâtiments et équipements scolaires, châteaux d’eau et marchés modernes… Les populations de la région productrice commencent à percevoir les réalisations financées par les 5% des revenus pétroliers affectés à la région productrice. Doba et Bébédja, deux villes phares de la région, sont en passe de changer de visage grâce aux nombreux chantiers. Malgré des débuts difficiles, le Comité Provisoire de Gestion des Revenus Pétroliers de la Région Productrice (CPGRP), mis en place en mai 2005, s’est attelé à la tâche et s’attend à réceptionner un certain nombre d’ouvrages réalisés avec des délais d’exécution se situant entre 6 et 16 mois. Toutefois, le Comité reste confronté à des populations pressées de jouir de leurs nouvelles infrastructures et à une société civile soucieuse de l’efficacité et résultats des projets entrepris. Des réalisations significatives pour Doba et Bébédja La rentrée scolaire de cette année a été particulière pour les élèves et les enseignants de l’Ecole du Centre de Doba qui viennent de voir leur école dotée d’un nouveau bâtiment moderne de six (6) classes complémentaires, financé par le CPGRP à hauteur de 210 millions FCFA. Le bureau de l’Inspection scolaire, en état de délabrement avancé, a également été réhabilité. De même les élèves seront désormais à l’abri des risques d’accidents induits par la proximité de l’école avec l’unique hôpital de la ville et le quartier administratif. Une clôture de plus de 600 mètres, construite dans le cadre du même projet de réfection et d’extension du bâtiment de l’Ecole du Centre, garantit une meilleure sécurité à l’établissement scolaire. Outre l’Ecole du centre, les élèves de Doba vont également bénéficier cette année d’un lycée moderne construit dans le même cadre. D’une capacité d’accueil de 14 classes, de deux laboratoires, d’un bâtiment administratif et des toilettes modernes, ces bâtiments constituent un véritable joyau. Avec cet ouvrage, il sera désormais possible de décongestionner l’unique lycée de la ville, débordé par un nombre croissant de jeunes élèves. L’ouvrage a coûté environ 790 millions de FCFA et a été réalisé en six (6) mois. Toujours grâce aux revenus pétroliers affectés à la région productrice, les populations de la capitale du pétrole attendent impatiemment de profiter de l’extension en cours de l’adduction d’eau potable de la ville. La construction de deux (2) châteaux d’eau d’une capacité de 150 mètre-cube (m³) vient de s’achever et seul reste le branchement au réseau de la ville. Un total de 15 bornes fontaines a été construit dans les différents quartiers et pourront alimenter quelque 5000 personnes. Ces ouvrages, dont le coût est estimé à plus de 420 millions FCFA, vont permettre de répondre à une demande croissante d’eau potable dans une ville de plus en plus surpeuplée, qui dispose de peu d’infrastructures publiques. Hors de la ville de Doba, l’une des réalisations majeures du CPGRP a été la construction du Marché Moderne de Bébédja. D’un montant de près de 1.8 milliards de FCFA, l’avènement de ce marché est accueilli avec beaucoup d’enthousiasme aussi bien par les populations que par la société civile qui y voient un élément fédérateur des différentes communautés de cette ville. En effet, suite aux conflits intercommunautaires qui avaient ensanglantés cette ville il y a de cela quelques années, Bébédja se retrouvait avec plusieurs marchés spontanés, fréquentés séparément par les différentes communautés résidentes. Avec ce nouveau et vaste marché, équipé de boutiques et hangars d’étalage modernes, la ville va pouvoir se réconcilier avec elle-même. Comme à Doba, les populations de Bébédja vont également bénéficier d’infrastructures scolaires nouvelles. Le CPGRP a débloqué quelque 65 millions FCFA qui ont permis l’équipement complet du lycée de la ville en tables, tables bancs, armoires, chaises, bureaux et réfrigérateurs. Dans le cadre des réalisations scolaires à Bébédja, il faut aussi mentionner la construction du mur de clôture de l’Ecole du Centre qui a coûté environ 80 millions de FCFA. Sur les huit (8) projets lancés par le CPGRP depuis sa mise en place en mai 2005, six (6) ont été achevés, réceptionnés ou en voie de l’être. Il reste donc pour la ville de Doba, deux grands chantiers qui ont été entamés en octobre dernier, selon le Président du CPGRP, M. Ngarindo Milengar.  | Une des 30 fontaines d'eau construites dans la ville de Doba pour pallier le mangue d'eau potable | Il s’agit de la construction du Stade Omnisport de Doba dont la pose de la première pierre a été effectuée par le Président Idriss Déby Itno. La fin des travaux est attendue pour mars 2008 pour un montant estimé à 2.2 milliards FCFA. Sur le terrain, le chantier a déjà été clôturé et quelques matériaux de construction sont entrain d’être entreposés sur le site. A quelques encablures de là, l’emplacement du futur Marché Moderne de Doba est facilement repérable à la faveur des traces laissées par les maisons et boutiques déguerpies pour les besoins de cet ouvrage. Situé sur la principale artère de la ville, ce chantier va aussi durer seize (16) mois et coûter, selon les prévisions du CPGRP, 2.5 milliards FCFA. Populations satisfaites mais impatientes Au vu de toutes les réalisations mentionnées, le Président du CPGRP se montre satisfait de son bilan et du taux de 80% atteint jusqu’à présent par son Comité. M. Milengar ne cache pas toutefois que des retards sont constatés dans le démarrage et la finition de certains travaux. Il souligne néanmoins que la plupart de ces retards sont liés parfois à la saison des pluies et ses conséquences mais aussi aux entreprises chargées de la construction qui ne parviennent pas toujours à respecter les délais d’exécution contractuels. Projets executés dans la région productrice avec les 5% des revenus pétroliers | Chantiers | Ville | Montant (mil. ffcfa) | | Construction de la cloture de l'école du centre | Doba | 210 | | Construction du lycée | Doba | 786 | | Construction d'un château d'eau | Doba | 423 | | Construction d'un stade omnisport | Doba | 2200 | | Construction d'un marché moderne | Bébédjia | 1787 | | Construction de la cloture de l'école du centre | Bébédjia | 80 | | Equipement du lycée | Bébédjia | 65 | Cet optimisme n’est pas totalement partagé par toutes parties intéressées, en particulier la société civile locale qui conteste l’impact des réalisations du CPGRP annoncées par son Président. Le Cadre de Concertation pour le Développement du Logone Oriental (CACODE-LOR), qui travaille étroitement avec le CPGRP, ne se retrouve pas toujours dans le bilan tel que dressé par le Comité. Collectif de la région productrice regroupant ONG, Syndicats, Associations des Droits de l’Homme, opérateurs économiques et groupements, le CACODE-LOR estime plutôt le niveau des réalisations des projets du CPGRP à 60%. Pour ce collectif, la construction d’un ouvrage ne suffit pas pour parler de réalisation. Tant qu’un ouvrage n’est pas mis à la disposition effective des populations, on n’est encore loin de sa finition. Et c’est à ce niveau que la société civile pense que le CPGRP a pêché puisque la population voit toujours de loin les réalisations mais elle n’y a pas encore accès. Dans ces conditions, il reste difficile, de faire objectivement le bilan du CPGRP. En réalité, l’euphorie suscitée au départ par la mise en place du CPGRP s’est transformée aujourd’hui par une forte impatience des populations et des différents acteurs au développement sur le terrain. Dans la région productrice, les attentes sont fortes, a reconnu le Président du CPGRP en expliquant que les critiques les plus récurrentes auxquelles le Comité fait face sont relatives aux lenteurs dans l’exécution des travaux et au manque de visibilité des réalisations. La forte attente de la population se traduit également par un sentiment de frustration manifestée au niveau de certaines localités qui ont l’impression d’être marginalisées dans l’utilisation du fonds. S’y ajoute que le principe même des 5% des revenus alloués à la région productrice est mal compris par les populations qui pensent que le fonds aurait dû être distribué aux couches les plus démunies sous forme de revenus plutôt que d’être utilisés à la construction de grands édifices publics. Lazare Toïdongar, Secrétaire Général de CACODE-LOR, estime par exemple que « les 5% doivent être un fonds social et communautaire destiné à aider à la réduction de la pauvreté et à l’amélioration des conditions de vie quotidienne des populations, par conséquent, le CPGRP doit s’imprégner des préoccupations des populations bénéficiaires et des réalités locales ». Un dernier verrou à sauter  | Les membres du Comité Provisoire de Gestion des Revenus Pétroliers affectés à la région productrice lors de leur session mensuelle de coordination. | La question liée au statut du CPGRP semble faire l’unanimité dans la région productrice. Il s’agitparticulièrement de l’autonomie du Comité et de la marge de manœuvre dont il devrait jouir dans l’accomplissement de sa mission. Ce point, soulevé par la société civile comme étant un facteur de blocage, est partagé également par le Président du CPGRP dans l’analyse des difficultés auxquelles la structure qu’il dirige reste toujours confrontée. Selon M. Milengar, le système de gestion des 5% reste très centralisé. Pour justifier la lenteur observée dans la finition de certaines de ses réalisations et le manque de visibilité de ses actions, le Président du CPGRP a expliqué que la gestion des 5% obéit à la comptabilité publique centrale, ralentissant le CPGRP dans la mobilisation rapide des ressources. Cette situation est plus patente dans la gestion des appels d’offres. Depuis que le Manuel de Procédures du CPGRP est disponible et que le Secrétariat Permanent est opérationnel, des voix se font entendre au sein du Comité pour réclamer le respect des procédures convenues dans ce Manuel. La présence de Spécialistes, l’un en Passation de Marchés et l’autre en Infrastructures au sein du SP, devrait suffire à justifier la capacité du CPGRP à prendre désormais en charge ce volet. |