LIBREVILLE, 6 juillet 2009—Un séminaire international sur les perspectives du gaz naturel en Afrique s’est tenu à Libreville (Gabon) du 4 au 5 juin 2009 sous l’égide de la Banque mondiale.
La rencontre a rassemblé des représentants des ministères en charge des hydrocarbures et des finances de huit pays africains dont : l’Angola, le Cameroun, le Congo Brazzaville, la Côte d’Ivoire, la Guinée Equatoriale, l’Ouganda, le Tchad et le Gabon, pays hôte. Y ont également participé des représentants de compagnies pétrolières Shell, Total SA, Perenco, Vaalco ; des journalistes et des représentants des organisations de la société civile.
Les participants ont, à travers les communications d’experts, pris connaissance de l’importance des réserves gazières du continent, des défis liés au développement de l’industries gazière en Afrique, de l’analyse du cadre légal, fiscal et réglementaire nécessaires à la valorisation du potentiel gazier africain, de l’impératif de développement durable notamment en ce qui concerne la prise en compte de la gestion des impacts environnementaux et sociaux.
Le gaz naturel représente aujourd’hui plus de 20% de la consommation énergétique globale, contre 40% pour le pétrole brut. C’est la troisième source d’énergie consommée dans le monde en 2005 après le pétrole et le charbon. Son rendement énergétique élevé, ses avantages environnementaux, le rangent parmi les énergies « propres ». L’Agence Internationale pour l’Energie estime que la consommation mondiale du gaz naturel va doubler d’ici à l’an 2030. L’Afrique qui dispose de 8% des réserves mondiales connues et occupe le 2e rang derrière le Moyen Orient. Les deux principaux pays en termes de réserves sont le Nigéria et l’Algérie.
Cette position confère au continent africain l’ambition de pouvoir jouer un rôle important dans la production, l’utilisation domestique et l’exportation de cette source d’énergie. Certains pays africains ont d’ores et déjà intégré l’utilisation du gaz naturel dans leur politique énergétique nationale.
Toutefois, l’Afrique enregistre encore le taux de consommation de gaz naturel le plus faible au monde, car elle exporte plus de la moitié de sa production. Il apparait ainsi pour les pays africains de relever un double défi : d’une part trouver les moyens de mettre en valeur leurs réserves de gaz naturel ; et d’autre part utiliser sur place une part beaucoup plus importante de leur production de gaz naturel pour développer leurs économies et améliorer les conditions de vie de leurs populations. Ce double défi doit être mené avec le souci constant de protéger l’environnement dans le cadre d’un développement durable.
Par ailleurs, le torchage de l’essentiel du gaz qui s’échappe des exploitations pétrolières constitue un gaspillage de ressources naturelles, un problème environnemental et une perte économique et financière considérable pour le continent africain.
Le gaz naturel, vecteur de développement
« La Banque mondiale considère que les politiques énergétiques nationales doivent intégrer l’utilisation accrue du gaz naturel. Cela peut prendre deux formes. D’abord, la production électrique par les centrales thermiques à gaz ; ensuite, la nécessité de développer un marché domestique du gaz notamment par la mise à contribution des petites et moyennes entreprises », estime Mary Barton Dock, directrice des opérations à la Banque mondiale pour l’Afrique centrale.
De l’avis général, la production du gaz naturel, au-delà des investissements importants en infrastructures et des contrats d’approvisionnement banquables préalables que nécessite sa production, reste un facteur de développement incontestable. Elle doit devenir un vecteur naturel du tissu socio-économique. En Afrique de l’Ouest par exemple, le « West African Gas Pipeline», un gazoduc de 678km, permettra d’acheminer le gaz vers trois pays : le Benin, le Togo et le Ghana à partir des champs gaziers au Nigeria. La construction de ce gazoduc est un vecteur d’intégration régionale et constitue une avancée notable pour l’approvisionnement en énergie et de l’utilisation efficace du gaz sans dommage causé à l’environnement. Ce projet restera comme un exemple abouti de coopération régionale.
Du point de vue stratégique, le gaz naturel Africain revêt un enjeu international majeur. La dépendance à l’égard du Moyen Orient pour leur approvisionnement énergétique amène les grands consommateurs comme les Etats-Unis et l’Europe à diversifier leurs sources d’énergie et à se tourner de plus en plus vers l’Afrique. D’un point de vue géopolitique, les hydrocarbures africains présentent l’avantage qu’une partie importante se trouve sur l’Atlantique ou proche de la côte de l’Afrique occidentale, ce qui simplifie leur transport vers les Etats-Unis.
Pour sa part, l’Union européenne pour garantir sa sécurité énergétique, tente de réduire sa dépendance à l’égard du gaz russe. Dans cette perspective, des grands projets d’infrastructures sont envisagés, notamment, le projet du gazoduc transsaharien qui acheminerait le gaz Nigérian vers l’Algérie, pour ainsi approvisionner le marché européen. Une volonté de coopération que la Banque mondiale suit avec intérêt.
Ces dernières années plusieurs pays africains ont réussi le formidable défi d’exportation du gaz naturel liquéfié. Le développement et le succès de Nigeria LNG et Punta Europa en Guinée équatoriale prouvent que l’Afrique peut devenir un fournisseur compétitif de gaz naturel liquéfié. L’Angola LNG devrait compléter ce tableau, avec sa mise en production en 2012 ; la preuve en est faite que le continent Africain a une carte à jouer dans ce secteur. Le contexte actuel marqué par la crise économique et financière internationale est certes difficile car ces projets nécessitent une mobilisation de capitaux importants. Mais cela ne devrait pas empêcher le dynamisme et l’opiniâtreté.