Le projet d'investissement routier du PNIR II lutte contre la pauvreté à travers les infrastructures de commercialisation agricole Contexte En Guinée, les activités de production et de commercialisation des produits agricoles font partie des sources de revenus qui contribuent fortement à la réduction de la pauvreté en zone rurale. Cependant, il est admis que le manque d’infrastructures post-récolte de valorisation des produits constitue une des principales contraintes dans la réduction des pertes et l’amélioration des flux de commercialisation. Il est donc important et urgent de limiter les pertes après production par des moyens appropriés de conservation et de créer les conditions d’augmentation de la valeur ajoutée agricole, susceptibles de redynamiser le milieu rural par la création d‘emplois, l’amélioration des revenus aux producteurs et la limitation de l’exode rural. Le Gouvernement de la République de Guinée a obtenu dans ce cadre, un financement de 30 millions de dollars EU de la Banque mondiale pour la mise en œuvre du second Projet national d’infrastructures rurales (PNIR2) qui comprend trois composantes principales : (i) le désenclavement des localités sinistrées par la réhabilitation ou l’entretien des pistes rurales (Composante A) ; (ii) la réhabilitation d’urgence des infrastructures détruites par les conflits armés aux frontières et les incursions rebelles (Composante B) ; et (iii) la réalisation des infrastructures de commercialisation pilotes (Composante C). Les activités de la composante C concernent essentiellement la réalisation de plates-formes régionales pilotes de commercialisation. Le terme «plate-forme logistique» étant attribué aux installations de conservation qui permettent la consolidation et le conditionnement des expéditions par voies maritime (conteneurisée), aérienne ou terrestre. Objectif L’objectif principal de la composante C est de développer des infrastructures régionales de marché qui compléteraient le programme d’investissement routier du PNIR 2. Plus précisément, il s’agit dans le cadre de cette composante de la construction: - d’une plate-forme de consolidation et de conservation de la pomme de terre à Timbi Madina, préfecture de Pita dans la région de la Moyenne Guinée. - d’une plate-forme de consolidation et de conditionnement des mangues et d’agrumes à Kankan dans la région de la Haute Guinée. Ces plates-formes régionales seront conçues pour renforcer les liens commerciaux des producteurs régionaux avec les marchés d’exportations, afin de générer des revenus et d’accroître la valeur ajoutée agricole. Leur justification est que sans la consolidation qu’elles permettent, les producteurs régionaux ne pourront pas tirer profit des opportunités de marché à valeur plus élevée, même avec une amélioration de la desserte routière. Des infrastructures modulaires à caractère pilote, associant des services d’intérêt collectif Ces plates-formes seront dans un premier temps des unités de taille modeste, susceptibles d’être agrandies ultérieurement si une augmentation des activités le justifiait. La configuration évolutive sera adaptée aux contextes spécifiques des bénéficiaires, tant aux niveaux du développement de la production des filières visées que des perspectives de commercialisation. Il s’agit aussi d’unités multi-produits pour limiter leur dépendance à une seule culture, et de favoriser par conséquent la diversification. En outre, ces unités associeront une gamme de services logistiques d’intérêt collectif. Ces services couvriront essentiellement : - le stockage frigorifique et pré-réfrigération ; - la réception et la consolidation des expéditions ; - l’acquisition et la location de matériel de récolte ; - l’empotage de conteneurs frigorifiques ; - la pesée, l’agréage de lots, le contrôle phytosanitaire ; - le stockage d’emballages et d’intrants agricoles, sous douane ; - les services de télécommunication (téléphone, fax, Internet) ; et - la location d’équipements logistiques spécialisés (groupe électrogène pour les conteneurs frigorifiques). La plate-forme logistique pomme de terre
La plate forme envisagée devrait permettre d’accroître les capacités de commercialisation en particulier le développement des exportations de pomme de terre vers la sous-région, une réduction des pertes post-récolte et l’amélioration de la qualité des semences. La production de pomme de terre qui s’est développée ces dernières années, dans la région de la Moyenne Guinée sous l’impulsion de la Fédération des paysans du Fouta Djallon (FPFD) aurait, selon les services de recherche, atteint au cours de la campagne 2005 un volume de l’ordre de 11.000 tonnes dont 7 500 tonnes pour la seule zone de Timbi Madina, dans la préfecture de Pita. Cette production couvre essentiellement la demande nationale actuelle et l’on estime qu’environ 10 à 21% de cette production est commercialisée sur les marchés de la sous-région (Sénégal, Gambie, Guinée Bissau, Mali…). Au rythme de la croissance actuelle de la production grâce à l’amélioration des techniques agricoles par une mécanisation qui a fait passé les rendements d’environ 6 tonnes (manuel) à près de 22 tonnes/ha, la pomme de terre risque de connaître une crise de surproduction. À cet égard le développement des exportations vers les pays de la sous-région (Sénégal, Guinée Bissau, Sierra Leone, Gambie, Mali...) est une solution complémentaire à la commercialisation intérieure. Selon les données recueillies auprès de la Fédération des paysans du Fouta Djallon (FPFD), les exportations de pommes de terre réalisées à travers la FPFD vers les pays de la sous-région, sont passées du stade de simples opérations tests en 2004, à plus de 1000 tonnes en 2006. Celles-ci se sont accompagnées d’une amélioration des revenus à travers l’augmentation du prix d’achat au producteur qui est passé de l’équivalent de CFA 150 en 2005 à CFA 200 le kilo, en 2006. Il est attendu que l’implantation de la plate-forme permet d’augmenter davantage les volumes à l’exportation à travers la réduction des pertes post-récolte (d’environ 40%) et l’amélioration de la qualité des produits, et qu’elle s’accompagne d’une amélioration substantielle des revenus des producteurs constitués à 70% de femmes. La plate-forme logistique de mangues La réalisation d’une plate-forme de mangues à Kankan devrait permettre de valoriser, à coût compétitif, le potentiel de production d’environ 100 000 tonnes de mangues de la région de la Haute Guinée pour un potentiel d’exportation de mangues de 30 000 tonnes. En dépit de l’existence de cet important potentiel de production et d’une certaine dynamique paysanne, la production de mangues est actuellement très peu valorisée, en raison du manque d’unités de transformation dans la zone (l’unique usine de jus de fruit de Kankan n’est plus fonctionnelle depuis le début des années 80). Par ailleurs, la faiblesse relative du commerce de mangues, tant sur le marché intérieur qu’à l’exportation, essentiellement due à l’inexistence d’infrastructures de soutien, intégrant des facilités de conditionnement, de stockage/conservation et de consolidation, fait que les planteurs ne tirent presque pas de revenus de leurs exploitations fruitières, dont plus de 50% pourrissent chaque année. La plate-forme de commercialisation de Kankan, une fois réalisée, devra jouer un rôle de pôle logistique de valorisation du potentiel de mangues de la région pour les opérateurs guinéens, mais pourrait également servir d’alternative pour la valorisation du potentiel de production de mangues de la zone frontalière Mali-Guinée, pour les opérateurs maliens. Ces derniers profiteraient notamment de la proximité du port de Conakry situé à 650 km de Kankan (délais de route en 24 heures) par rapport à celui d’Abidjan (900 km en 48 heures) et Dakar (1 050 km en 72 heures). Ceci ne serait possible, cependant, qu’en agissant en aval sur les coûts d’approche et les facilitations au port de Conakry. Cependant, au delà du défi que consiste la réalisation physique des infrastructures de commercialisation respectant les normes techniques requises dans le cadre de ce programme pilote, un autre défi majeur est la mise en place, avec les bénéficiaires, d’un système de gestion apte à assurer une exploitation judicieuse et rentable des plates-formes envisagées.
Par ailleurs, plusieurs synergies sont escomptées à travers la mise en œuvre de ce programme pilote. En premier lieu, il est attendu que le désenclavement des zones de production permette, en amont, de renforcer la dynamique existante de production en particulier pour la pomme de terre, et à drainer la production vers les plates-formes d’une part, et d’assurer la mise à marché des produits traités, d’autre part.
En second lieu, les plates-formes logistiques, une fois construite, devront faire le lien entre les magasins (ou centres) primaires de collecte et le marché, de manière à constituer un réseau d’infrastructures de commercialisation intégrés. En troisième lieu, de par la vocation des plates-formes à pouvoir traiter de multiples produits périssables, des synergies avec un programme de diversification agricole pour le développement des cultures d’exportations à fort potentiel (variétés améliorées d’avocats et d’agrumes) peuvent être envisagées, de manière à maximiser l’impact et la rentabilité de ces plates-formes. Enfin, il est à espérer que le succès de cette action pilote permette non seulement l’extension de l’expérience à d’autres filières de produits d’exportation et sa généralisation sur d’autres sites, mais aussi, suscite l’intérêt du secteur privé à s’investir dans les infrastructures de traitement et la transformation des produits agricoles, dans la perspective d’une réussite du programme d’électrification rurale.
BAH Ousmane, Coordonnateur du CAFEX Coordonnateur de la composante C du PNIR2 |