Nouakchott, le 15 septembre 2008 – Le rapport Doing Business publié par la Banque mondiale est devenu un précieux instrument de promotion pour les pays du monde. Pour les investisseurs, les partenaires du développement, les bailleurs de fonds, les experts et les dirigeants politiques, ce rapport constitue un outil d’aide à la décision auquel il est constamment fait recours.
Le rapport présente des informations actualisées relatives à la facilité de faire des affaires dans les pays (178 en 2008 et 181 en 2009). Il est utile pour la comparaison des marchés et pour d’autres analyses comparatives qui revêtent un grand intérêt aux yeux des acteurs du secteur privé en quête d’opportunités d’affaires et des dirigeants politiques désireux de promouvoir l’investissement privé et le développement du secteur privé.
Dans la mesure où il met en évidence des exemples de réformes bien menées, des cas d’échec, des évaluations critiques de réformes et les expériences individuelles des pays, Doing Business apparaît également comme un important outil de formation à la disposition des pays.
L’impact de ce type de rapport est énorme pour les économies en développement à la recherche d’investissements étrangers. Les ressources publiques limitées et les graves problèmes d’infrastructure ne font que confirmer la pertinence de faire participer le secteur privé au programme de développement et la nécessité impérieuse d’aider ces économies à accéder aux capitaux. Pour ces pays, la croissance économique stimulée par le secteur privé représente un moyen de lutte contre la pauvreté et une voie à suivre pour atteindre les objectifs de développement.
DOING BUSINESS, MAURITANIE
2006
2007
2008
2009
146
148
157
160
Le mauvais classement de la Mauritanie dans la sixième édition annuelle du rapport Doing Business de l’IFC (Société financière internationale) et de la Banque mondiale publié le 10 septembre 2009 est très difficile à réfuter, notamment à la lumière des obstacles qui s’opposent aux activités du secteur privé national et au vu des tendances récentes des flux réels d’investissement dans le pays. À cela s’ajoutent les réformes audacieuses que tendent à engager différents pays cités dans le rapport, en Asie et en Afrique en particulier. La Mauritanie se situe dans la moyenne des pays de l’Afrique subsaharienne qui se trouve être la région du monde la moins bien classée.
Le rang qu’occupe le pays dans l’édition 2009 de Doing Business ne reflète toutefois pas les changements importants observés et susceptibles d’améliorer l’image de la Mauritanie et son classement à l’avenir.
La prise de conscience qu’il est nécessaire d’agir est désormais une réalité partagée par le secteur public et le secteur privé, ce qui en soi est une évolution historique. Les programmes récemment mis en place par l’État ont été plus ambitieux, prenant en compte la pertinence de la participation du secteur privé, confiant certaines responsabilités aux acteurs du privé et établissant des liens entre les deux secteurs. Comme preuve de cette évolution stratégique, on observe l’ouverture aux partenariats public-privé et l’accueil d’investisseurs dans divers secteurs industriels.
Les cadres institutionnels et légaux restent certes à mettre en place pour assurer le succès, mais les perspectives s’annoncent positives. Il est important de saluer le rôle de direction assumé par la Délégation générale à la promotion de l’investissement privé (DGPIP), une institution mise sur pied pour promouvoir l’investissement privé en Mauritanie, en tant qu’organe de coordination et cadre d’échange.
Par ailleurs, face à la concurrence internationale et aux attentes nouvelles du marché, les opérateurs du secteur privé ont entamé un dialogue plus constructif et prennent part au débat sur les réformes qui contribueront à améliorer le climat des affaires et l’image du pays. La participation de l’utilisateur final au débat sur les grandes orientations est un facteur important de l’application des réformes. S’il est vrai que des résistances internes continuent de faire obstacle au changement, il n’en demeure pas moins que le changement des mentalités se fait sentir dans les milieux industriels. Les réalités du marché mondial et les changements décisifs provoqués par l’entrée en scène de nouveaux acteurs internationaux ont contribué à modifier les atouts de négociation et n’offrent qu’un seul choix pour assurer le succès des entreprises et leur évolution positive.
Cela étant, volonté commune n’est pas synonyme d’action. Les rapports internationaux tels que Doing Business tendent à évaluer le climat des affaires en fonction des réformes déjà appliquées et pas en termes de réformes en cours d’exécution. Grâce à la coopération étroite qu’elle a su entretenir avec l’équipe de Doing Business, pour chaque indicateur, la Mauritanie a identifié diverses mesures de réforme, mais seulement deux de ces réformes ont été mises en application dans la période couverte par le rapport de 2009. D’autres réformes sont peut-être plus avancées, mais restent inefficaces. En comparaison, les deux premiers réformateurs de la région, la Sierra Leone et le Burkina Faso, ont appliqué des réformes liées à quatre indicateurs. Le Burkina Faso a adopté un nouveau code du travail, une importante réforme des droits de propriété et une réforme d’envergure du régime fiscal, laquelle est entrée en vigueur en janvier 2008. Ces actions témoignent de l’engagement du pays et commencent déjà à avoir un impact sur les investisseurs étrangers et les opérateurs économiques nationaux.
L’amélioration du classement du pays passe nécessairement par l’engagement ferme des autorités, l’accent étant mis sur des actions judicieuses et l’application des réformes.
En conclusion, il est important que les pays ne se perdent pas dans les actions à mener, en poursuivant le but unique d’être classé ou de se réformer. Ces actions doivent être sous-tendues par une compréhension claire des objectifs économiques qui doivent contribuer à améliorer le climat des affaires en faisant du pays une destination recherchée par les opérateurs étrangers, sans pour autant perdre de vue la stratégie de développement du secteur privé national. L’investissement privé ne doit pas être le seul point de concentration des efforts, mais doit s’accompagner du développement du secteur privé national, véritable épine dorsale de l’économie du pays. En plus du travail accompli dans le contexte de Doing Business, les autorités doivent s’employer à promouvoir les petites et moyennes entreprises, mener des actions visant à stimuler le dialogue entre le secteur public et le secteur privé, et à créer des conditions favorables à l’emploi et à la formation. À cet égard, le coût de la productivité apparaît comme un indicateur d’intérêt, en particulier dans un pays confronté à de graves problèmes d’infrastructure et face à un monde où règne la concurrence.
La Mauritanie doit s’inspirer des meilleurs réformateurs et comprendre qu’elle ne peut pas dissocier le travail accompli dans le cadre de Doing Business du programme de développement du secteur privé. Ce n’est qu’en s’inscrivant dans ce contexte général qu’il est possible d’établir une évaluation réelle de la qualité des politiques et de valider le succès des réformes. S’il est vrai que les mesures à effets rapides permettent d’améliorer le classement du pays, elles ne doivent pas cacher les vrais défis qu’il faudra relever tôt ou tard, et de préférence tôt que tard.