Le Programme d’Actions Communautaire (PAC) dont la revue à mi parcours a eu lieu le mois d’Avril dernier, s’affirme comme une des activités vitrines de la coopération entre le Gouvernement du Niger et la Banque Mondiale. Témoignage éloquent… Les récoltes engrangées, la petite bourgade de Bani maté (au sens figuré ‘’village de l’espoir’’), située à une centaine de kilomètre au nord est de Niamey, la capitale du Niger, présente en cette fin de mois de Mars, une image de désolation. Les récoltes engrangées depuis plus de six mois, les dernières tiges de mil englouties par les animaux, le sable perfide et envahissant. Ici, plus qu’à tout autre endroit du Niger, on peut constater que la désertification venu du nord a amorcé son mouvement tournant pour s’infiltrer dans les terres naguères fertiles de l’Ouest. Terre aride. Terre de défis. Terre de souffrance. Qui pousse constamment les hommes à l’exil. Abandonnant pendant de longs mois de soudure femmes et enfants à un destin de privations. En attendant le retour de la pluie salvatrice. Inch Allah. Le sourire débonnaire, la faconde engageante, Hassan Kadri Djibo Bilan, le leader de la communauté, a le regard averti de ceux qui en ont vu d’autres et qui sont aujourd’hui sûrs de leur fait. Une assurance forgée dans l’adversité de la lutte contre la nature. ‘’ Aujourd’hui dit- il personne ne part plus à l’aventure dans les pays côtiers (1). Grâce aux activités initiées par le PAC (Programme d’Actions Communautaires) nous n’avons plus de raison d’aller à l’exil.’’ Attitude de composition due à la présence de la délégation de la Banque Mondiale conduite par le responsable de la communication, Tim Carrington, ou satisfaction réelle et partagée par l’ensemble de la communauté ? Toujours est- il qu’ils étaient tous là : hommes, femmes et …enfants, venus nombreux à notre rencontre. Nous annoncer à coups d’arguments convaincants que les microprojets cofinancés par le PAC à travers un don IDA leur donnent des raisons d’espérer en l’avenir. Au départ de l’affaire, il y a deux ans, la volonté affichée et encouragée des populations de 10 villages environnants de se constituer en une grappe afin de permettre aux 12 746 membres de leur communauté de mieux s’organiser pour faire face aux contingences naturelles. En liant ainsi leur destin pour conjuguer leurs efforts et surmonter leurs difficultés économiques, il a donc fallu au préalable s’organiser. Un directoire de 26 membres fut donc démocratiquement constitué en : - Comité Local de Développement :(11 membres dont 2 femmes) ; - Commission de Planification et de Suivi et Evaluation (4 membres dont 1 femme) et un alphabétisé ; - Commission de Passation des Marchés (4 membres dont 1 femme et 1 alphabétisé); - Commission Promotion Femmes ( 4 membres, dont 4 femmes et un alphabétisé) - Commissaire aux comptes (3 membres) Ensuite il a fallu rendre toutes ces structures opérationnelles à travers la mise en place d’un programme formations en cascades : - formation en vie associative ; - formation en planification, suivi et évaluation ; - formation en passation des marchés. Dès lors, après que les populations aient déterminé leurs priorités en matière de développement de manière participative, elles pouvaient s’atteler à la conception de micro projets de développement. A la lecture du document de projets on constate que 3 projets ont été proposés et financé par le PAC. Il s’agit de : - la récupération des terres; - la mise en place d’une banque d’intrants et ; - l’embouche ; Si les deux premiers projets pré cités constituent des priorités pour les hommes, les femmes ont tenu à ce que l’on tienne compte de l’activité de rente que constitue pour elles l’embouche des petits ruminants. Au cours de notre visite, nous avons tout de même surpris de constater qu’en lieu et place de la banque d’intrants objet du projet de financement, il y’avait en fait une banque de céréales ! Nos hôtes n’ont pas tardé à lever toute équivoque en nous expliquant que ce qui pouvait à priori paraître comme un détournement d’activités, relevait tout simplement d’un esprit d’initiatives locales pour mieux faire à des contraintes conjoncturelles.. En effet les intrants fournis par le PAC sont vendus en début de saison de pluies pour augmenter la productivité agricole. L’argent collecté est alors utilisé pour constituer des réserves alimentaires avec des céréales, en partie, achetés localement. Par la suite le stock de sécurité alimentaire sera vendu à prix modique à la communauté, permettant ainsi de fixer les populations pendant la période de soudure en attendant le redémarrage des activités agricoles. Le prix de vente des céréales va servir à acheter de nouveaux intrants. Et de suite en suite, la boucle se trouve ainsi bouclée ! L’exemple des populations de Bani Maté montre combien les paysans sont capables d’avoir de la suite dans les idées, de prendre des initiatives et d’innover lorsque ce sont eux même qui décident de leurs priorités en matière de développement. Le phénomène d’appropriation qui en résulte est très émulateur. Le Programme d’Actions Communautaires dont le coût global du programme est de 43, 83 millions de dollars se décomposant ainsi: 35 millions ( IDA); 2,83 millions (Etat du Niger), 2 millions ( communautés) et 4 millions( GEF), intervient depuis deux ans dans 54 communes rurales et environ 178 organisations communautaires (grappes de villages) de toutes les régions du Niger. Il poursuit deux objectifs majeurs : - aider le gouvernement du Niger à concevoir et à mettre en place des mécanismes de finance ment décentralisés, participatifs et transparents permettant aux communautés et aux collectivités territoriales de mettre en œuvre leurs propres plans de développement - promouvoir une gestion Communautaire intégrée des Ecosystèmes et de générer de multiples effets positifs sur l’environnement. Prévu pour durer 12 ans (trois phases de 4 ans chacune), ce programme représente aujourd’hui l’un des instruments les plus efficace de la lutte contre la pauvreté au sein des populations les plus vulnérables. Ibrahim Cheick DIOP Spécialiste en communication >> Consultez la fiche technique sur le PAC. NB : Cet article a été écrit avant l’arrivée des premières pluies (1) Pays à bordure maritime, terre d’accueil des immigrants Nigériens. Il s’agit essentiellement de la Côte d’Ivoire, du Benin, du Togo et du Ghana. |