Le Niger passe à l’action pour mettre un terme à 50 années d’insécurité alimentaire

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  • Plus de la moitié de la population du Niger est touchée par l’insécurité alimentaire
  • Un nouveau rapport propose des solutions globales au-delà de l’aide alimentaire d’urgence
  • La Banque mondiale soutient un filet de sécurité sociale prévu pour couvrir un million de personnes

Washington, le 1er septembre 2011 – Ces 50 dernières années, le Niger – un pays à faible revenu, riche en minéraux et situé à la lisière sud du désert du Sahara – a fait face à de longues périodes de sécheresse, des pénuries alimentaires récurrentes et certains des problèmes les plus complexes en matière de développement humain au niveau mondial.

« Il faut une extrême sécheresse pour faire la une des journaux, mais la réalité est que près d’un quart de la population nigérienne souffre, chaque année, d’insécurité alimentaire chronique », souligne Ousmane Diagana, Directeur des opérations de la Banque mondiale pour le Niger. « La pauvreté et la faim font partie du quotidien ici, même durant les années de récolte normale et la situation ne peut qu’empirer si le climat est rigoureux ou subit d’autres chocs. »

On parle d’insécurité alimentaire chronique lorsque l’on est amené à survivre avec moins de 1 800 kcal par jour. En 2006, les données montraient que plus de 70 % de l’apport calorique quotidien des Nigériens provenaient de céréales (mil, sorgho et autres). Moins de 5 % de l’apport calorique quotidien étaient fournis par de la viande, du poisson, de produits laitiers, de fruits ou de légumes, c’est-à-dire des aliments constituant d’importantes sources of micronutriments, comme le fer, l’iode, la vitamine A et le calcium.

Depuis 1990, plus de 60 % de la population majoritairement rurale du Niger vit au-dessous du seuil de la pauvreté, une tendance d’autant plus grave que la population s’accroît rapidement. D’après l’UNICEF, le taux de malnutrition chronique s’élevait à 46,3 % en 2009 alors que, dans les deuxième et troisième plus grandes villes (respectivement Zinder et Maradi), toutes deux situées au sud du Niger, ce taux était supérieur à 50 %.

La moitié des enfants de moins de cinq ans souffraient de malnutrition chronique, telle que mesurée par le retard de croissance (insuffisance de la taille par rapport à l’âge). Les récentes crises alimentaires de 2008 et 2010, causées par la sécheresse et la hausse des prix au niveau mondial, ont exacerbé la vulnérabilité des pauvres face à l’insécurité alimentaire. En janvier dernier, après le retour du pays au pouvoir civil, des mesures pour faire face à l’insécurité alimentaire et à la pauvreté intense persistantes ont commencé à prendre forme. Même si les interventions alimentaires d’urgence restent une priorité, des solutions à plus long terme sont également à l’étude et activement mises en œuvre.

Nouveau filet de sécurité : un million de bénéficiaire sur une période de cinq ans

La Banque mondiale soutient les nouveaux efforts du Niger visant à protéger les ménages vulnérables par le biais de travaux analytiques qui ont permis d’identifier des investissements efficaces et par le financement d’un nouveau filet de sécurité sociale qui devrait couvrir un million de personnes sur une période de cinq ans dans les régions les plus durement touchées du pays.

En faisant bénéficier les familles les plus démunies d’une assistance solide, les nouveau-nés et les jeunes enfants vivant aujourd’hui dans les régions of Dosso, Maradi, Tahoua, Tillaberi et Zinder ne risqueront plus d’être affaiblis en permanence par la malnutrition dont les effets à long terme sont particulièrement graves, affectant notamment les capacités d’apprentissage.

Le nouveau système de filets de sécurité assurera des transferts réguliers d’environ 20 dollars par mois sur une période de deux ans aux ménages particulièrement pauvres vivant dans des conditions d’insécurité alimentaire chronique. Les paiements seront remis aux femmes qui devront suivre une formation sur les « pratiques familiales essentielles » dans les domaines de la santé, la nutrition et l’assainissement.

L’argent sera versé par l’intermédiaire d’organismes de paiement conçus à cet effet, en majorité des institutions de microfinance et des entreprises de téléphonie mobile, et devrait améliorer de façon notable la consommation alimentaire des ménages participant au programme.

Déjà 2 500 femmes bénéficient de la phase pilote de ce projet dans quatre départements à Tahoua et Tillaberi. Ces transferts leur ont permis d’acheter une plus grande quantité de nourriture et de ne plus dépendre de la charité d’autres personnes du village. Dans d’autres cas, quelques femmes ont déjà commencé à prendre des dispositions pour participer à des plans d’épargne locaux de manière à pouvoir acheter du bétail plus tard.

À Foygorou, dans la commune d’Ouallam du département d’Ouallam (Tillaberi), Mme Hadiza Moussa a indiqué qu’elle avait acheté un sac de mil avec l’argent reçu lors du premier transfert. Avec le deuxième transfert, elle a acheté des vêtements pour ses enfants et donné à son mari 2000 francs pour l’acquisition d’autres biens essentiels.

Le programme « argent contre travail » sera offert chaque année pendant une période de 6 jours à environ 15 000 personnes souffrant d’insécurité alimentaire temporaire, comme moyen d’augmenter le revenu des ménages durant les périodes difficiles causées par les mauvaises récoltes, la hausse des prix alimentaires ou d’autres évènements imprévisibles.

Comment les solutions les plus valables ont été identifiées

C’est un rapport récent de la Banque mondiale, « Niger: Food Security and Safety Nets » (Rapport sur le Projet sécurité alimentaire et filets sociaux), qui a aidé à concevoir la nouvelle initiative du Niger portant sur les filets sociaux, en constatant que, par exemple, les transferts à très court terme, effectués uniquement après la survenue d’une grande crise alimentaire, ne renforcent pas la sécurité alimentaire des ménages au-delà de la période d’intervention.

« Le nouveau filet de sécurité du Niger a été conçu à la suite d’une analyse étendue des défis particuliers rencontrés dans le pays », a déclaré Carlo del Ninno, économiste principal pour la région Afrique à la Banque mondiale. « On constate que les transferts d’argent aux personnes nécessiteuses doivent se poursuivre sur une période d’au moins 18 mois pour avoir un effet positif, et que les pratiques familiales essentielles améliorent effectivement la santé de la famille et l’état nutritionnel des enfants. »

Le nouveau filet de sécurité respectera également les meilleures pratiques internationales, telles qu’un système intégré de gestion fiable pour assurer les fonctions essentielles, comme le ciblage des plus défavorisés, une base de données sur les bénéficiaires potentiels et réels, les paiements, ainsi que le suivi et l’évaluation du programme. Des ressources importantes devront être investies avant même le commencement des paiements à grande échelle.

Les autres réponses à moyen terme recommandées pour le Niger comprennent : a) des investissements dans l’agriculture pour accroître la disponibilité des aliments de base par une hausse de la productivité, une amélioration de l’efficacité des marchés agricoles nationaux et une réduction des risques de production encourus par les agriculteurs, b) le suivi et l’anticipation des tendances des prix des céréales dans les pays voisins et c) le renforcement des dispositifs d’intervention d’urgence.




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