Connaître son statut sérologique est devenu capital dans la lutte contre la propagation du VIH/Sida. Sira, une jeune femme vivant avec le VIH, a décidé de s'engager, avec son association, pour convaincre les Sénégalais de faire le test de dépistage. Il y a 8 ans, Sira a appris, dans le bureau d’un médecin du CHU de Fann, qu’elle était porteuse du virus du SIDA : « Vous portez le virus du Sida, vous êtes séropositive ». Elle avait 20 ans. Elle se rappelle le choc, l’incrédulité, et la peur de contaminer le bébé qu’elle allaitait. Le processus d’acceptation de sa maladie fut difficile. La peur, le manque d'information, la méconnaissance de la maladie, et les tabous liés au VIH/SIDA entraînent facilement la stigmatisation et la discrimination. La séropositivité est le plus souvent vécue dans le secret, la solitude et la honte, les femmes ayant peur d'être jugées et rejetées. Sira a du faire face aux mots très durs de son mari qui l’accusait, à tort, d’infidélité. En se rendant pour la première fois au Centre de traitement ambulatoire, elle rencontra une voisine du quartier, mais, même si leurs regards se croisèrent, chacune détourna les yeux aussi vite que possible. Huit ans après la découverte de sa maladie, Sira n’a toujours pas eu le courage d’en parler avec sa mère. Ce sentiment de honte et de culpabilité qu’éprouvent ceux qui vivent avec le SIDA est peut-être une des choses les plus difficiles à supporter. Il fait souffrir d’avantage ceux qui sont touchés par le sida, les empêche de demander des soins, de s’informer, de recevoir l'aide dont ils ont besoin pour comprendre les risques, et se protéger. Victimes solitaires, ils ont peur d'agir dans leur communauté ou de dire ouvertement le mal dont ils sont atteint. Rompre le silence, briser les tabous sociaux, les idées toute faites et les rumeurs entourant la maladie sont autant d’étapes difficiles. Mais, 8 ans plus tard, c’est ce que Sira, par un parcours exemplaire, a su accomplir.Tout a commencé par une rencontre, celle de deux jeunes filles qui comme elle vivaient avec le SIDA. À trois, elles se sont unies pour créer un premier groupe de parole. Puis, Sira a entamé des démarches auprès de nombreux partenaires au développement, et a ainsi créé, avec leur appui, ce qui constitue aujourd’hui la plus puissante association de femmes vivant avec le VIH du Sénégal. Depuis, elle a multiplié discours et actions auprès des autorités politiques, religieuses, et coutumières du Sénégal pour expliquer les résultats de plusieurs recherches sur la vulnérabilité des femmes face au VIH, et pour partager son expérience. Un autre succés, plus personnel pour Sira, est celui de la prise en charge, de ses deux enfants par le programme de prévention de la transmission mère-enfant du VIH.  |  |  | | Dépistage du SIH/SIDA dans une clinique |
|  | Le combat de Sira a aujourd’hui une envergure nationale : il faut encourager un maximum de femmes et d’hommes à connaître leur statut sérologique et à profiter, en cas de séropositivité, des stratégies prometteuses actuellement mises en œuvre au Sénégal : prise en charge psychosociale et médicale, gratuité des antirétroviraux, implication des personnes vivant avec le VIH dans la prévention de la transmission sexuelle, sanguine et mère-enfant du VIH, et le soutien des associations aux personnes vivant avec le VIH pour les aider à trouver des activités génératrices de revenus. La Banque mondiale est un de ces partenaires qui lutte au côté du Sénégal contre le VIH/SIDA. Grâce à elle, un financement de 30 millions de dollars (environ 15 milliards de francs CFA) est venu renforcer la décentralisation des activités de lutte contre le SIDA dans tout le pays. Aujourd’hui, la mobilisation a atteint tous les secteurs de l’économie et toutes les forces vives du Sénégal, les jeunes, les femmes, les forces de sécurité, les travailleurs et toue la société civile. Chacun d’entre eux contribue à la réduction de la propagation et de l’impact du VIH sur les communautés sénégalaises. A l’instar de l’association que dirige Sira, plus de 600 associations de personnes vivant avec le VIH ont aujourd’hui bénéficié de financement. Partout dans le pays, elles militent pour la prévention de la transmission sexuelle, elles encouragent le dépistage volontaire et l’accompagnement des personnes vivant avec le VIH. Grâce à leur dynamisme, de nouvelles idées se font jour en matière de  |  |  | | Le centre de promotion de la santé offre des tests de dépistage gratuits et anonymes. |
|  | lutte contre le SIDA : ici on implique des coiffeuses, là on intervient en milieu carcéral, là encore, on prend en charge des orphelins du SIDA. Elles ont mobilisé la culture et la tradition pour passer des messages de lutte contre le SIDA. Et cette dynamique, qu’on retrouve dans d’autres pays en développement a eu un écho sur le plan international, avec le financement de recherches destinées à apporter aux personnes vivant avec le VIH les médicaments dont ils ont besoin pour être pris en charge sur les plans médical et nutritionnel. La liste des défis à relever pour lutter contre le SIDA est longue : il faut sensibiliser les populations, améliorer les soins, faire comprendre la nature de l’infection, le mécanisme de dissémination du virus ; il faut décourager les pratiques à risque, encourager le dialogue et le respect vis-à-vis des personnes infectées, impliquer toutes les couches de la population, des services de santé, aux établissements éducatifs, administrations publiques, groupes communautaires et religieux, associations de la société civile et partenaires sociaux. Pour relever ces défis, le Sénégal n’est pas seul. La Banque mondiale est à ses côtés. * Cet article est un extrait du magazine trimestriel, Échos de la Banque mondiale, publié par le Bureau régional de Dakar (Sénégal, Cap-Vert, Gambie, Guinée-Bissau, Niger). Pour accéder à la version PDF de ce magazine, veuillez cliquer ici (PDF 362KB). Pour en savoir plus sur ce magazine, veuillez contacter worldbank-senegal@worldbank.org. |