Article de Mademba Ndiaye extrait du magazine "Les Échos de la Banque mondiale". Numéro 5 - Juillet 2006 C'est plus de cent personnes qui ont assisté pendant deux jours à la consultation sur la Stratégie d’aide-pays (SAP) de la Banque mondiale pour le Sénégal relative aux quatre prochaines années. Des représentants du gouvernement, de la société civile, du secteur privé, des médias et des partenaires du Sénégal ont ausculté le projet de SAP pour en relever les forces et les changements à y intégrer. La Banque mondiale expose sa stratégie « En ma qualité de Directeur des opérations, je veillerai à ce que cette stratégie partagée continue de faire l’objet d’une évaluation commune et continue ». En achevant son discours d’ouverture par ces mots, Madani M. Tall a sans doute répondu par avance à une demande tacite de la centaine de participants issus de la société civile, du secteur privé, des assemblées élues qui, aux côtés d’une trentaine de hauts fonctionnaires de l’État sénégalais, ont pris part à la consultation sur la Stratégie d’aide de la Banque mondiale au Sénégal pour la période 2007-2010. En effet, pendant 3 jours – du 20 au 23 juin – la Banque mondiale a mobilisé une équipe dirigée par Jaques Morisset, son économiste principal pour le Sénégal, afin d’exposer la première ébauche de la Stratégie d’aide-pays (SAP) ou encore CAS pour Country Assistance Strategy. En prélude à l’exposé du projet lui-même, Jacques Morisset est monté au créneau pour attaquer de front les forces et les faiblesses de l’économie sénégalaise et identifier les défis. De l’analyse de l’économiste, retenons trois facteurs jouant en faveur du Sénégal : une gestion macroéconomique performante, un flux massif de capitaux (600 milliards de FCFA d’aide et plus de 300 milliards de FCFA envoyés par les Sénégalais émigrés en 2004) et une stabilité politique remarquable dans une sous-région quelque peu troublée. Coté faiblesses : pauvreté répandue, surtout en milieu rural ; un faible niveau de développement humain (153e aux termes de l’indice du PNUD) ; une couverture d’électrification trois fois inférieure à la moyenne africaine, etc. (voir encadré). ENCADRÉ 1 Forces Performance et gestion macroéconomique - Croissance moyenne supérieure à 5 % l’an - Inflation, équilibres budgétaire et extérieur maîtrisés - Absorption des chocs externes (2001/2002) Flux massif de financement extérieur (1/4 du PIB) - 1 milliard de dollars en 2004 et continuité dans les engagements des bailleurs de fonds - Plus de 500 millions de dollars par an (en hausse) envoyés dans le pays par les Sénégalais émigrés Stabilité politique - Transition réussie en 2000 - Progrès en Casamance Faiblesses Pauvreté répandue, surtout en milieu rural - Presque 2 personnes sur 3 dans les campagnes vivent en dessous du seuil de pauvreté Niveau faible de développement humain - 53è position aux termes de l’indice du PNUD Stocks d’infrastructure insuffisants - Couverture de l’électrification fois inférieure à la moyenne africaine - Réseau routier insuffisant et en mauvais état Deux conséquences majeures : - Flux migratoire en direction des villes (Dakar) et de l’étranger - Progrès mitigés en direction des Objectifs du millénaire (ODM) | Ces atouts et faiblesses exhibés, la route menant au Sénégal émergent est parsemée d’embûches, mais accessible, d’après M. Morisset qui a comparé les performances du Sénégal avec celles de pays asiatiques (Singapour, Viet Nam), européens (Irlande) et africains (Ghana, Tunisie). Ce qui lui permet de souligner avec fermeté qu'il ne sert à rien, si on vise des performances économiques ambitieuses, de regarder vers les pays qui font moins bien que soi. En écho, Madani M. Tall, a appelé l’État du Sénégal « à une gestion vertueuse des ressources publiques » et à créer « un climat des investissements sain et de classe internationale ». Dans ce contexte où la concrétisation des Objectifs du millénaire pour le développement est bien compromise, sauf peut-être pour les secteurs de l’eau et de la lutte contre le VIH/Sida, Jacques Morisset estime que le Sénégal devra relever deux principaux défis : assurer un accès universel à des services publics de qualité et motiver la participation du secteur privé. Concernant le premier défi, le Sénégal devra, selon la Banque mondiale, assurer une allocation efficace des ressources publiques, notamment par le biais de la décentralisation afin de combler son retard en matière d’infrastructures. Mais il est surtout indispensable que ces allocations budgétaires atteignent les bénéficiaires finaux, c'est-à-dire qu’elles ne soient pas détournées. Pour ce qui est du second défi, le diagnostic sur les contraintes de l’investissement privé est clairement établi depuis fort longtemps, et, si des progrès ont été réalisés au niveau de l’accès ainsi que du coût des financements, des taxes, des procédures administratives et du traitement des contentieux, il n’en demeure pas moins que le Sénégal se situe encore au 132e rang dans le classement établi par « Doing Business/Faire des affaires », un rapport du groupe de la Banque mondiale. Selon l'économiste Jacques Morisset, motiver le secteur privé, c’est d’abord introduire plus de compétition dans des secteurs prioritaires (énergie, agro-industrie, transports) en supprimant ou réduisant les obstacles tarifaires et non-tarifaires, en encourageant l’entrée de nouvelles entreprises sur le marché. Sans oublier l’aide aux PME du secteur informel (accès aux capitaux, formation, etc.). La motivation passe aussi par un geste tout simple : pousser les secteurs qui avancent, sachant que la croissance du PIB sénégalais est assurée aux 2/3 par les technologies de l’information et de la communication, le bâtiment, l’agro-industrie, le commerce et les services financiers. Ce cadre défini, la future Stratégie de la Banque mondiale au Sénégal reposera, sans doute, sur trois axes : croissance accélérée ; développement humain/croissance partagée ; synergie rural/urbain (voir "Évaluation de la SAP 1994-2006"). Cependant, toutes les activités passeront par le filtre de la bonne gouvernance qui sera déterminante dans l’allocation des 150 milliards de FCFA que la Banque mondiale devrait être en mesure de mobiliser pour le Sénégal pendant la période de la SAP, voire plus si le classement du pays progresse selon les critères de performance de la Banque mondiale. Une fois les forces, faiblesses, défis et axes établis, il a bien fallu s’interroger sur les risques sous-jacents à la mise en œuvre de la stratégie. Sur ce plan, le risque politique figure en bonne place, non pas tant en termes de déstabilisation, même si l’environnement politique fera l’objet d’une surveillance vigilante, qu’en termes de capacités à lutter efficacement contre la corruption et la mauvaise gestion. De ce point de vue, le filtre « gouvernance » fonctionnera, certainement, à plein régime, la Banque mondiale ayant pleinement conscience qu’elle ne pourra pas, à elle seule, assumer cette responsabilité. D’où l’appel lancé aux autres partenaires au développement, mais aussi aux organisations de la société civile, de soutenir tout effort du gouvernement visant à renforcer la transparence. Les autres risques ont trait à la gestion macroéconomique, aux retards dans la mise en œuvre des réformes dans les secteurs stratégiques, aux capacités locales et sectorielles, et, également, à la vulnérabilité du Sénégal face aux chocs externes comme le prix du baril de pétrole et les catastrophes naturelles, même mineures. Cet article est un extrait du magazine trimestriel, Échos de la Banque mondiale, publié par le Bureau régional de Dakar (Sénégal, Cap-Vert, Gambie, Guinée-Bissau, Niger). Pour consulter le magazine en format PDF, veuillez cliquer ici. Pour en savoir plus sur ce magazine, veuillez contacter worldbank-senegal@worldbank.org. |