| Par Mademba Ndiaye, Chargé de communication Le 25 avril 2007 - Mourir du paludisme au Sénégal est d’une banalité telle que lorsqu’un décès est annoncé, dans les milieux populaires, on pense instinctivement au « sibiru », nom wolof du paludisme. Le paludisme constitue en effet la première cause de mortalité au Sénégal et on comprend alors qu’il soit la première préoccupation des agents de santé en matière d’approvisionnement en médicaments. C’est pour faire face à cette situation qu’en 2010, huit Sénégalais sur dix atteints de paludisme bénéficieront d’un traitement médical adéquat. En tout cas, c’est la barre fixée par le Sénégal dans son Plan stratégique de lutte contre le paludisme 2006-2010. Ambitieux, certes mais parfaitement réalisable si on en juge par l’évaluation du plan 2001-2005. Résultats à ce jour Selon le Docteur Pape Moussa Thior, Coordonateur du Plan national de lutte contre le paludisme du Sénégal (PNLP), « le plan 2001-2005 a permis des avancées significatives relatives a la baisse de a mortalité attribuable au paludisme dans les structures de sante au niveau national ». En effet, elle a connu une chute de 17 points passant de 37% à 20% et, chez les femmes enceintes, la mortalité due au paludisme est passée de 24% à 13 % entre 2000 et 2004. L’évaluation aligne des chiffres très encourageant par rapport au passé en ce qui concerne notamment : - le taux de prise en charge des cas de fièvre dans les 24 heures (45%) ;
- l’utilisation des moustiquaires imprégnées chez les enfants et chez les femmes enceintes ; et
- le taux de 77% de taux d’utilisation du Traitement préventif intermittent (TPI) à la sulfadoxine pyriméthamine (SP) chez les femmes enceintes contre 32% de chimioprévention à la chloroquine en 2000.
Evidemment, note Dr Thior, ces changement sont aussi liés à des changements de politiques, « notamment l’abandon de la chloroquine et l’adoption de la bithérapie pour le cas de traitement de paludisme simple ». C’est sur la base de ces constats que le plan stratégique 2006-2010 veut contribuer à l’éradication du paludisme comme problème de santé de publique en 2030, en réduisant de 50%, dès 2010, le taux de morbidité et de mortalité dues aux paludisme au Sénégal, en prenant cependant comme base de référence l’année 2000. Les défis qui perdurent Pourtant, les contraintes ne manquent pas dans la situation actuelle quand on sait 43% des cas de fièvres n’ont pas été vus en consultations dans les 24 heures, ce qui va entraîner dans le nouveau plan une intensification de la sensibilisation des mères et des gardiennes d’enfants sur l’importance d’une prise en charge rapide des cas de fièvre. De même, réaliser une goutte épaisse pour déterminer la présence du paludisme, mesurer l’hémoglobine et contrôler la glycémie sont des pratiques parfois nécessaires mais impossibles à réaliser dans 83% des structures sanitaires. Le rapport d’évaluation de l’ancienne stratégie est également formel sur le fait que les offres de service pour la prise en charge du paludisme et de la prise en charge intégrée des maladies de l’enfant (PCIME) ne sont couvertes que par 47% des structures de santé alors que 60% d’entre elles ont les équipement et produits nécessaires à la prise en charge de cas graves. À cela s’ajoutent la rupture d’antipaludiques pouvant durer plus d’une semaine, un système d’assurance peu performant et la qualité des médicaments. Les objectifs à venir Devant ce constat, le Sénégal veut mettre l’accent sur le diagnostic et le traitement précoce et correcte des cas de paludisme dans les structures sanitaires notamment pour 80% des enfants de moins de cinq ans. Il souhaite également que la confirmation biologique soit de mise chez au moins 80% des patients qui auront été hospitalisés pour paludisme grave. Pour cela, le plan stratégique prévoit un renforcement de la communication de masse déjà mise en œuvre notamment avec la participation de célèbres acteurs du théâtre télévisé dont le couple légendaire « Goorgorlu » (le débrouillard) et « Jeeg » (la mère de famille), prototype de la Sénégalaise pauvre et régulièrement exposée au plasmodium falciparum qui représente 90% des espèces du paludisme au Sénégal. La stratégie prévoit aussi de bâtir de solides partenariats avec les entités gouvernementales, les partenaires au développement, dont la Banque mondiale, mais aussi avec les organisations de la société civile et le secteur privé. En effet, l’analyse des performances de la stratégie passée démontre que seules les pharmacies privées ont véritablement joué un rôle dans la lutte contre le paludisme alors que, selon M. Babacar Diakhaté, Directeur des ressources humaines de la Société africaine de raffinage, « le paludisme représente une des causes majeures de l’absentéisme constaté chez les employés de notre société ». La stratégie 2006-2010 va renforcer les capacités des services de santé à tous les échelons tout en améliorant le système d’approvisionnement et le système d’assurance qualité. Sur le plan opérationnel, le rôle de la communauté sera renforcées puisque les interventions à base communautaires seront généralisées pour transférer des compétences en matière de lutte contre le paludisme à la communauté. La biothérapie sera ainsi généralisée au niveau communautaire. Et la stratégie considére que cette approche ne sera couronnée de succès qu’avec des actions de soutien comme la formation, la supervision et l’approvisionnement des cases de santé en médicaments et produits essentiels. Pour le financement de cette stratégie de cinq ans, le Sénégal compte s’appuyer sur un budget de 45 milliards de francs qui sera mobilisés dans le budget national mais aussi avec l’appui des partenaires au développement. Du côté de la Banque mondiale, si pour le moment il n’y a pas d'intervention directe dans la stratégie du PNLP, il y a cependant un appui indirect à travers le Projet de mise en valeur intégrée des ressources en eau et de développement des usages multiples du bassin du fleuve Sénégal (PGIRE) avec un financement de 12 millions de dollars EU pour acquérir des moustiquaires imprégnées (10 millions de dollars EU) et pour un programme de pulvérisation intra-domiciliaire. La Banque mondiale soutient aussi la lutte contre la paludisme à travers le Projet de renforcement de la nutrition (PRN) pour un montant de cinq millions de dollars EU, également pour l’acquisition de moustiquaires. Alors mourir de paludisme encore en 2010 ? Sans doute. Mais beaucoup moins si le succès est constaté à chaque étape de la mise en œuvre de la stratégie du PNLP. Notes : Sauf indication contraire, tous les chiffres dans cet article proviennent du « Plan stratégique de lutte contre le paludisme au Sénégal 2006-2010 – Ministre de la Santé et de la Prévention médicale – Direction de la santé – Division de la lutte contre la maladie – PNLP »
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