Conjoncture : si les Industries chimiques du Sénégal n'étaient pas en crise...

Article extrait du magazine "Les Échos de la Banque mondiale". Numéro 7 - mars 2007

La situation économique du Sénégal est marquée, ces cinq dernières années, par une croissance soutenue de 5 % l’an en moyenne, dans un contexte de maîtrise de l’inflation (inférieure à 2 %) et deviabilite des finances publiques (déficit budgétaire : 3 % environ, taux d’endettement extérieur public : 43 %).

En ce début d’année 2007, il est l'heure de faire un premier bilan de l’année écoulée et d'exprimer les premières résolutions pour l'année courante. L'année 2006 a été difficile pour l'économie sénégalaise. Le taux de croissance s'est éloigné de sa tendance historique de 5-6 % pour certainement tomber aux alentours de 3 % avec une détérioration des soldes budgétaires et extérieurs.

- La croissance économique devrait se situer à 3,3 % contre 5,5 % en 2005, essentiellement portée par le secteur des télécommunications et celui de la construction tiré par les investissements publics en matière d’infrastructures. Les performances des autres secteurs ont été étouffées par le niveau relativement élevé du prix du pétrole et ses répercussions sur la qualité de la fourniture d’énergie électrique, le secteur de la chimie traversant une crise profonde.

- Le déficit budgétaire se creuserait en passant de 3,0 % en 2006 à près de 5,7 % du PIB en 2006, reflétant en partie les subventions accordées au secteur énergétique (2,1 % du PIB à la SENELEC et à la SAR). La hausse des prix du pétrole s’est traduite par une augmentation des tensions de trésorerie qui engendreraient un écart de financement de l’ordre de 1,2 % du PIB, nonobstant la mise en œuvre de l’Initiative d’allègement de la dette multilatérale (IADM).

- Le déficit extérieur courant (dons compris) est attendu à près de 12 % du PIB, contre 8,1 % en 2005, du fait de la baisse des exportations de produits halieutiques et chimiques et de la forte augmentation de la facture pétrolière accentuée par l’arrêt de l’activité de production de la SAR.

- La situation monétaire resterait caractérisée par une hausse limitée de la masse monétaire (7,8 %) et une forte augmentation du crédit au sein de l’économie (12,8 %).
Résolutions pour l’année 2007

Industries Chimiques du Senegal ICS

La crise des industries chimiques du Sénégal a porté un rude coup à la croissance économique en 2006.
© Banque mondiale

Les performances enregistrées au plan macroéconomique contrastent avec celles observées au plan social. En effet, la situation sociale reste marquée par une forte incidence de la pauvreté (57,1 % lors de la dernière enquête auprès des ménages, 2002) et une amélioration limitée de l’accès aux services sociaux.

Ce manque d’efficacité de l’économie dans la lutte contre la pauvreté appelle à des réformes indispensables visant à accélérer la croissance, à améliorer l’efficacité de l’action publique et à atteindre effectivement les populations les plus pauvres. Ainsi, au cours des douze mois de l’année 2007, le Sénégal se doit de faire des avancées significatives dans les domaines ci-après :

- L’accroissement de la productivité et l’amélioration de la compétitivité pour une relance des investissements (y compris IDE) et des exportations ; relance indispensable au relèvement de la croissance à moyen terme par une amélioration significative de l’environnement des affaires.

Celui-ci reste peu attractif et caractérisé par des lourdeurs administratives persistantes, des coûts des facteurs de production élevés et des possibilités de financement limitées.

- L’amélioration de l’efficacité de la dépense publique en comblant les déficits en matière de gouvernance, de planification et d’allocation des ressources, de transparence dans l’attribution des marchés publics et de contrôle externe. En dépit de l’augmentation globale de la part de l’éducation, de la santé et des infrastructures dans les dépenses totales, les dépenses effectuées dans les régions, en milieu rural et au profit des groupes vulnérables (principalement les plus pauvres) demeurent faibles.

- Le renforcement de la coordination de l’appui extérieur par une augmentation de l’aide extérieure sous forme d’appui budgétaire qui reste faible, malgré les initiatives PPTE et IADM, et/ou une meilleure adaptation des projets aux priorités nationales.

- L’amélioration de l’accès des PME et des plus pauvres au crédit par un développement de moyens de financement adapté.

Toutefois, l’équilibre des grands agrégats macroéconomiques reste maintenu. En effet, l’inflation a été modérée malgré la persistance de la hausse du cours du baril de pétrole, et la dette extérieure demeure soutenable (le taux d’endettement extérieur baisserait pour passer de 43 % en 2005 à 17,1 % en 2006 avec la mise en œuvre de l’IADM).

Indicateurs macroéconomiques clés

Sources : FMI et autorités

2003

2004

2005

2006

2007 (proj.)

Croissance du PIB en %

6,7

5,6

5,5

2

2,1

Solde budgétaire (% du PIB)

-1,3

-3,1

-3

-5,7

-4,3

Inflation

0,0

0,5

1,7

2,2

1,8

Solde extérieur (% du PIB)

-6,2

-6,1

-8,1

-12

-10,7

Taux endettement public (% du PIB)

46,3

44,4

43,0

17,1

18,4

Réserves officielles brutes (en mois d’importations)

4,5

4,8

4,2

2,7

2,4

L’économie devrait retrouver son niveau de croissance tendanciel en 2007 si la crise des ICS qui représente plus de 10 % des exportations est résolue et si les finances publiques se tiennent mieux.
Les perspectives pour 2007 prévoient une croissance économique de plus de 5,6 % avec un taux d’inflation moyen de 1,8 % ainsi que des déficits budgétaire et extérieur courant de 4,3 % et 10,7 % du PIB, respectivement, le taux d’endettement étant maintenu dans les limites de la soutenabilité.

Dans tous ces domaines, des perspectives favorables se dessinent, notamment avec l’engagement pris par les plus hautes autorités dans le Document stratégique de réduction de la pauvreté (DSRP II), la Stratégie de croissance accélérée (SCA) et le Conseil présidentiel de l’investissement (CPI).

Indicateurs sociaux

Source DSRP II

2002

2004

2005 (e)

2010
Proj

2015
Proj

Incidence pauvreté (%)

57,1

54,0

52,5

42,0

Incidence pauvreté en milieu rural

65,2

Nd

62,2

Taux d’accès à l’eau potable en milieu rural

56 (2000)

64,0

61,0

70,0

82,0

Taux de couverture vaccinale DTC 3

72,0

78,0

80,0

80,0

80,0

Taux de prévalence insuffisance pondérale

19,1
(2001)

19,0

17,0

13,0

11,0

Taux brut de scolarisation élémentaire

71,6

79,9

82,5

98,0

100,0

La finalisation et la mise en œuvre effective, en temps et avec succès, de ces initiatives devraient permettre au Sénégal de lutter plus efficacement contre la pauvreté et d’avancer plus rapidement vers la concrétisation des Objectifs de développement pour le Millénaire.

Ce succès requiert, au-delà de la mise à niveau urgente des facteurs de production tels que l’électricité, une forte appropriation de ces stratégies par les acteurs ainsi que la promotion des principes et valeurs universels de transparence, de responsabilisation, de justice et d’équité.


Cet article est un extrait du magazine trimestriel, Échos de la Banque mondiale, publié par le Bureau régional de Dakar (Sénégal, Cap-Vert, Gambie, Guinée-Bissau, Niger).
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