Faire des affaires au Sénégal -- Rokhaya Diop du «Complexe Rafetna» : «J’ai eu ma société en 48 heures !»

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Le 27 septembre 2007 - À 27 ans, Rokhaya Diop est déjà une véritable «jeune femme d’affaires». Depuis cinq ans, elle tient un salon de coiffure à Liberté, un quartier moderne de Dakar et le nom de sa société «Complexe Rafetna» est déjà tout un programme puisque cela veut dire, en langue nationale wolof, «C’est joli».

En plus du salon de coiffure, Rokhaya fait aussi, comme des milliers de Sénégalaises, du commerce. Ses voyages au Maroc, en Mauritanie et au Mali sont autant d’occasions pour acheter des produits cosmétiques ou des tissus qu’elle revend aux clientes de son salon, «dont certaines sont des épouses de ministres ou de grandes personnalités» comme elle dit non sans une certaine fierté. Un commerce qui aurait été rentable si seulement elle avait eu des papiers en règle ! En fait, comme aussi des milliers de Sénégalaises qui sont dans le commerce, la coiffure, la couture, etc., elle n’avait aucun papier justifiant de ses activités professionnelles.  

Rokhaya Diop Salon Rafetna

En deux jours, Rokhaya Diop a fait passer son salon de coiffure du secteur informel - elle y était depuis cinq ans - au secteur formel. Une prouesse devenue possible avec le Bureau d'appui à la création des entreprises.
© Banque mondiale

Pourtant, elle était bien consciente de la nécessité de se mettre en règle. Explications : «Je ne pouvais pas faire de gros bénéfices car chaque fois que je regagnais Dakar à la suite de mes voyages, j’avais des problèmes à l’aéroport pour faire entrer mes marchandises au Sénégal. Lorsqu’on n’a pas les papiers en règles comme la carte Import-Export, la douane exige le paiement d’une surtaxe. Être dans l’informel coûte cher !».

Tracasseries administratives
Mais alors pourquoi ne pas avoir formalisé son salon ? Rokhaya connaissait bien le chemin pour avoir les papiers mais elle refusait de le prendre. «Trop de tracasseries et tu perds beaucoup d’argent pour avoir ces papiers et formaliser une entreprise » car, précise-t-elle, «quand on ne connaît pas le circuit administratif ou quand on n’a pas le temps de faire les démarches soi-même, il faut payer un intermédiaire jusqu'à 200.000 Cfa (environ 400 dollars) pour avoir les papiers». Mais, ajoute cette célibataire qui a abandonné les études après une année au collège, «non seulement cela prend du temps mais en plus, souvent, tu perds ton argent car tu ne reçois aucun papier ! Il y a beaucoup d’arnaque.»

Pour éviter ces tracasseries administratives, comme elle dit, elle est restée dans le secteur informel, dans l’impossibilité de s’approcher du secteur bancaire et se contentant d’une seule employée avec deux stagiaires. «C’est ma famille qui m’a aidé à ouvrir le salon dans la maison familiale et j’ai pu avoir un peu d’argent dans le réseau du microcrédit, mais c’est insuffisant pour ce que je veux faire», assure Melle Diop. En fait, c’est parce qu’elle a un projet d’agrandissement et de diversification de son salon de coiffure que l’idée lui est venue de se formaliser.

Elle a aussi été encouragée par la rapidité avec laquelle un de ses frères, vivant en Suisse, a pu obtenir tous les papiers : lors d’un récent séjour au pays, il lui a fallu deux jours pour enregistrer sa nouvelle société ! Quarante-huit heures pour établir légalement une entreprise, elle n’en revenait pas. Suivant le conseil de son frère, elle s’est adressée au Bureau d’appui à la création d’entreprises (BCE) qui a été mis en place au niveau du Centre de facilitation des procédures administratives (CFPA) de l'Agence nationale chargée de la promotion des investissements du Sénégal et des grands travaux (APIX).

Vue du BCA APIX

Une fois dans ce bureau, l'opérateur sénégalais ou étranger peut créer rapidement sa société.
© Banque mondiale

Une idée simple
En fait, le BCE que Rokhaya Diop a découvert n’est pas, à proprement parler, une nouvelle création, mais tout simplement la mise en œuvre d’une idée simple discutée avec le secteur privé et quelques partenaires au développement dont la Banque mondiale : avoir un guichet unique en mettant dans un même bureau toutes les institutions jadis éparpillées dans les méandres de l’administration et intervenant dans la délivrance des documents pour créer une société au Sénégal. Pour tout dire, il s’agit de faire travailler côte à côte des fonctionnaires qui, depuis presque 40 ans, travaillent en chaîne sans jamais se voir physiquement, chacun pouvant retarder, pour une raison ou une autre, la procédure de délivrance des documents. L’APIX a donc eu l’idée de les mettre dans un même espace de quelques mètres carrés et l’usager va simplement de chaise en chaise pour accomplir toutes les formalités nécessaires. Cette importante réforme a été mise en œuvre en étroite collaboration avec la Banque mondiale. Cette assistance continue maintenant avec l’achat des équipements informatiques pour le BCE ainsi que pour la mise en œuvre d’une campagne d’information auprès du secteur privé.

«C’est très rapide, assure Rokhaya Diop, et je pense que cela peut même être encore plus rapide si le BCE vendait sur place les timbres fiscaux que j’ai été obligée d’acheter à la poste ! ». Sur sa lancée, elle souligne aussi la nécessité de mieux informer les populations, notamment les femmes, sur l’existence du BCE. Nul doute que ces idées seront mises en œuvre puisque le Sénégal a décidé de faire de la mise en place d’un environnement des affaires de classe internationale (EACI), une priorité nationale ; et ce à travers sa politique de Stratégie de croissance accélérée(SCA) (PDF) soutenue par la Banque mondiale notamment à travers la Stratégie d’assistance 2007-2010.
 
Un secteur très actif
Le «Complexe Rafetna» de Rokhaya Diop est ainsi une des centaines de sociétés sorties du secteur dit «informel » après des années d’activités et qui ont maintenant tous les papiers nécessaires à leur fonctionnement, notamment vis-à-vis de la législation du travail. Elles rejoignent les 417 sociétés nouvellement créées au sein du BCE, moins de cent jours après son lancement officiel le 19 juillet 2007 ! Ces sociétés de toute nature juridique, depuis la grosse Société anonyme (SA) jusqu’à la petite entreprise individuelle, appartiennent à tous les secteurs : agroalimentaire (30), BTP (36), commerce général (115), énergie-mines (14), études (19), immobilier (27), industries (26), NTIC (48), restauration (5), tourisme-hôtellerie (12), transports (16), santé (03) et une soixantaine de sociétés évoluant dans diverses autres activités et services.

BCE Plaque d'entree

Dès l'entrée, le BCE annonce la couleur !
© Banque mondiale

Désormais, quand Rokhaya Diop débarquera à l’aéroport de Dakar, elle ne paiera plus aucune surtaxe sur ses importations car devant les douaniers, elle pourra exhiber son R.C. (Registre de commerce), son NINEA (Numéro d'identification national des entreprises et associations) et tous ces autres papiers aux sigles mystérieux que le BCE est en train de rendre ordinaires pour des milliers d’opérateurs. Depuis le 19 juillet 2007, il suffit de quarante-huit heures - ce qui est un record mondial ! - et de 70.000 FCFA (environ 150 dollars, ce prix variant en fonction de la nature juridique de la société)  pour devenir, comme Rokhaya Diop, propriétaire d’une société formelle, totalement en phase avec les lois et règlements du Sénégal et donc capable de profiter de toutes les opportunités qui s’offrent aux sociétés légales. Pour Rokhaya, ce qu’elle «espère le plus avec cette formalisation, c’est de trouver des partenaires pour faire mon investissement de 15 millions de Fcfa (environ 30.000 dollars) et pour offrir au Sénégal de grandes marques de produits cosmétiques».

Par Mademba Ndiaye - Coordinateur de la communication
Banque mondiale - Dakar
mademba@worldbank.org




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