11è Sommet de l’Organisation de la conférence islamique au Sénégal

Article extrait du magazine "Les Échos de la Banque mondiale". Numéro 10 - avril 2008

Quel est le lien entre l’hôtel Méridien-Président et le tunnel de Soumbedioune ? Les deux infrastructures symbolisent le choix de Dakar pour la tenue du Sommet de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) les 13 et 14 mars 2008.

En 1991, c’est un Méridien flambant neuf, financé, pour l’essentiel, par l’Arabie saoudite, qui avait accueilli le 6è sommet et, en 2008, c’est sous un tunnel ouvert pour la circonstance – grâce notamment aux fonds koweitiens – que sont passés plusieurs cortèges de Souverains, de Chefs d’État et de Gouvernement venus prendre part au 11è sommet qui s’est déroulé dans les mêmes locaux que le sommet de 1991.

Même lieu donc pour les 6è et 11è sommets, mais un environnement international tout à fait différent avec en toile de fond le 11 septembre et le baril de pétrole à plus de 100 dollars.

Sommet OCI Vue de la Salle

Creuset consensuel

Les dirigeants ont parlé des problèmes globaux du monde pour assurer que l’OCI va jouer « son plein rôle dans la maîtrise des problèmes induits par la mondialisation ».

Il s'agira de susciter ou en soutenir « toute initiative visant, entre autres, à combattre les catastrophes naturelles, à relever les défis environnementaux qui menacent l’humanité, à éradiquer la pauvreté, à participer pleinement à la campagne mondiale de résorption de la fracture numérique – notamment en versant des contributions volontaires – à faire face à la question lancinante de l’énergie comme facteur vital de développement ainsi qu’à la promotion de la femme, de la famille et de l’enfance devenue une exigence sociétale majeure ».

Cette longue tirade est sans doute le creuset consensuel de toutes les préoccupations exprimées par des pays en particulier, lesquels évoluent parfois selon des registres différents puisque certains membres de l’OCI sont laïcs, voire même de majorité non-musulmane alors que d’autres appliquent la Sharia (loi coranique).

Ressources et potentialités économiques

Cette organisation regroupe des nations aussi dissemblables que l’Arabie saoudite – qui produit 15 % du pétrole mondial (150 milliards dollars en 2004) et détient le quart des réserves mondiales connues de pétrole – et la Guinée-Bissau, un des pays les plus pauvres de la planète.

Les relations économiques ont souvent été perçues comme un flux financier de type Zakat (aumône légale islamique) : les pays riches en ressources pétrolières faisant des dons à des pays moins nantis, notamment subsahariens.

À Dakar, l’abolition de cette vision a été fortement recommandée, notamment par le Président Abdoulaye Wade du Sénégal, nouveau président en exercice pour les trois prochaines années, lequel a exhorté ses pairs à « apprendre à mieux (se) connaître pour mieux apprécier (leurs) possibilités d’échanges économiques et commerciaux, d’investissement et de partenariat dans l’espace Ummah ».

Pour les pays pauvres membres de l’organisation, le prix du pétrole restera le même avant et après le sommet, la solidarité de la Ummah islamique tant magnifiée dans toutes les déclarations du Sommet paraissant incompatible avec les intérêts financiers des pays producteurs de pétrole.

Il n’en demeure pas moins utile d’indiquer que les ministres du commerce des pays de l’OCI ont fixé au 1er janvier 2009 la date butoir de mise en place du système de Préférence commerciale entre les pays de l’OCI. Cela constituerait une étape importante dans la réalisation de l’objectif du Programme d’action décennal de porter le volume des échanges intra-communautaires à 20 %.

Pour un calendrier lunaire commun

Le 11è sommet s’est dit réellement préoccupé par la situation des pays pauvres du continent africain dont les maux avaient déjà été énumérés dans la déclaration de la Mecque : pauvreté, maladies, analphabétisme, famine et poids de la dette.

En guise de réponse, le Sommet exhorte les états membres à verser leurs contributions (volontaires) au Fonds spécial de solidarité islamique doté de 10 milliards de dollars et mis en place au sein de la Banque islamique de développement (BID) en 2007. Outre l’Arabie saoudite qui y a déposé 2,6 milliards de dollars, rares sont les pays ayant déjà nanti l’escarcelle.

À noter que l’OCI a également mis sur pied un Programme spécial pour l’Afrique dont le budget est fixé à 12 milliards de dollars. Non seulement ce programme « tient compte des besoins nécessaires à la lutte contre la pauvreté absolue, à l'assistance aux pays pour l'atteinte des Objectifs de développement pour le Millénaire » mais va surtout, selon Boubacar Cissé, vice-président de la BID, permettre de « créer les conditions d’une plus forte croissance grâce à la mise en place d'infrastructures structurantes afin de relancer non seulement la croissance, mais aussi de créer des emplois ».

Le sommet de Dakar qui a permis la révision de la Charte de l’OCI pour l’adapter au contexte mondial actuel a aussi plaidé pour un renforcement des ressources humaines dans le monde musulman avec, notamment à l’appui, des bourses de la BID accordées à des étudiants.

Par Mademba Ndiaye, responsable des communications

Cet article est un extrait du magazine trimestriel, Échos de la Banque mondiale, publié par le Bureau régional de Dakar (Sénégal, Cap-Vert, Gambie, Guinée-Bissau, Niger). Pour consulter le magazine en format PDF, veuillez cliquer ici (PDF).

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