L’avenir de l'Afrique et la contribution de la Banque mondiale

Par Shantayanan Devarajan*

L’Afrique subsaharienne est aujourd’hui placée devant une occasion historique, celle de se transformer et de parvenir à une croissance durable. Au cours des dix années qui ont précédé la crise économique mondiale, l’Afrique a enregistré un taux de croissance moyen de 5 % par an. Si l’économie de la région a connu un ralentissement en 2009, elle s’est rétablie dès 2010 en grande partie grâce à l’application de politiques macroéconomiques prudentes. Plusieurs pays (dont le Malawi, le Ghana et l’Éthiopie par exemple) ont enregistré des progrès suffisamment rapides pour atteindre la plupart des objectifs de développement pour le Millénaire d’ici 2015, ou sinon peu après. Le secteur privé africain attire de plus en plus d’investissements et, si l’on considère les mesures prises par les décideurs face à la crise mondiale, le contexte est propice à des réformes axées sur le marché et favorables aux pauvres.

Il n’en demeure pas moins que l’Afrique continue de se heurter à des problèmes de développement à long terme : sa dépendance à l’égard d’un petit nombre de produits primaires, la faiblesse du capital humain, la mauvaise gouvernance, le chômage des jeunes, la marginalisation des femmes, ou encore le changement climatique, pour n’en citer que quelques-uns. Mais si elle parvient à relever ces défis en tirant parti de la vague de dynamisme et d’optimisme qui la soulève actuellement – et que les consultations auprès de 1 400 personnes ont clairement mise en évidence – l’Afrique pourrait être au seuil de son décollage économique, comme avant elle la Chine il y a trente ans ou l’Inde il y a vingt ans.

Aussi la Banque mondiale a-t-elle articulé sa stratégie à l’appui de l’Afrique autour des axes suivants :

• Compétitivité et emploi. La stratégie vise à contribuer à la diversification des exportations des pays africains et à la création d’emplois productifs, en particulier pour les 7 à 10 millions de jeunes qui entrent chaque année sur le marché du travail. Elle préconise de combiner des politiques publiques volontaristes ciblées sur des secteurs spécifiques – du type de celles qui ont soutenu le secteur des fleurs coupées au Kenya ou celui des mangues au Mali – à des politiques plus « neutres » favorisant l’essor de diverses industries – à l’instar de la croissance des TIC dans la région.
 
• Vulnérabilité et résilience. Les populations pauvres en Afrique sont exposées à des chocs qui concourent à les enfermer dans la pauvreté : chocs macroéconomiques, chocs sanitaires (paludisme et VIH/SIDA entre autres), catastrophes naturelles – qui s’aggraveront probablement en raison du changement climatique –, et, enfin, conflits et violences  politiques. La stratégie vise à renforcer la résilience à ces chocs grâce à l’amélioration des politiques macroéconomiques, à la promotion d’interventions de santé publique, à l’adaptation aux effets du changement climatique (par le biais de l’irrigation et de la gestion des ressources en eau), ou encore au renforcement d’institutions ayant pour mission de promouvoir le partage de ressources et la recherche de consensus. Elle prévoit également de soutenir les pays en cas de choc, avec la mise en place par exemple de programmes d’assurance maladie ou de protection sociale, tels que le système d’assurance presque universelle du Rwanda ou le programme de travaux publics de l’Éthiopie.

• Gouvernance et capacités du secteur public. Sur les 48 milliards de dollars de déficit d’infrastructure dont souffre l’Afrique, 17 milliards pourraient être comblés si la gestion des infrastructures était plus efficace – à titre d’exemple, le taux d’absentéisme des instituteurs dans le système public atteint 20 % en Ouganda. Ces gains d’efficacité sont cependant conditionnés à la résolution des problèmes de gouvernance associés aux intérêts établis. La stratégie entend s’y attaquer en abordant la gouvernance aussi bien du côté de la demande que de celui de l’offre. D’une part, notre objectif est de renforcer la voix des citoyens afin qu’ils soient en mesure de réclamer une bonne gouvernance à leur dirigeants – nous nous appuierons pour cela sur les connaissances de la Banque ainsi que sur les TIC. D’autre part, au niveau de l’offre, nous continuerons à renforcer les capacités du secteur public, en privilégiant les mécanismes d’incitation au sein de la fonction publique.
 
La Banque mondiale mettra en œuvre sa stratégie en s’appuyant sur ses instruments traditionnels – financements, connaissances, partenariats – mais en y recourant dans l’ordre inverse. Ainsi, le premier instrument de la stratégie est constitué des partenariats noués avec les gouvernements des pays africains, le secteur privé intérieur et international, la société civile et les partenaires de développement. Nous adopterons nos interventions en fonction de celles menées par les autres acteurs. Dans la mesure où le Rwanda et le Niger reçoivent une aide financière considérable pour des « programmes de santé verticaux » (VIH/SIDA ou paludisme), la Banque utilisera ses ressources pour aider ces pays à améliorer leurs systèmes de santé.

Second instrument de la stratégie : les connaissances. Celles-ci nous permettront de promouvoir un débat public davantage fondé sur des données factuelles. Les études sur les déperditions de fonds publics, sur l’absentéisme des enseignants ou sur les résultats scolaires des élèves, en informant l’opinion publique sur la qualité des services publics, ont alimenté un débat vigoureux, lequel, à son tour, est source de changement.

Enfin, le troisième instrument, à savoir les financements, consistera à utiliser les ressources de la Banque comme leviers. Supposons qu’un pays bénéficie d’un prêt de 500 millions de dollars, comment faire pour que celui-ci se transforme en 3 milliards de dollars de ressources extérieures ? C’est précisément le levier de la Banque qui a permis au barrage de Bujagali, en Ouganda, de bénéficier, à partir des 150 millions de dollars de fonds alloués par l’IDA, de 650 millions de dollars supplémentaires provenant de sources publiques et privées.

Il va sans dire que cette stratégie n’est pas sans risque. Nous ne sommes pas à l’abri d’un nouveau repli de l’économie mondiale, ni d’une éruption de violence dans certaines zones de la région. Il se peut aussi que nous ne disposions pas des ressources nécessaires pour mener à bien cette stratégie. Quoi qu’il en soit, grâce aux axes que nous avons choisis et à la place que nous accordons aux partenariats – sans parler de l’optimisme palpable à travers le continent –, nous sommes convaincus que l’Afrique est en mesure de saisir l’occasion qui s’offre à elle de réaliser pleinement son potentiel en instaurant une croissance durable et en faisant reculer la pauvreté.

*Économiste en chef, Région Afrique, Banque mondiale

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