Région: Amérique latine et Caraïbes

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Panorama économique

La région Amérique latine et Caraïbes (ALC) a connu une croissance de 5,1 % en 2007, due aux prix records et à l’augmentation rapide de la demande internationale dont ont bénéficié les exportateurs de produits de base. Pour la quatrième année consécutive, la croissance est supérieure à 5 % (une performance inégalée depuis les années 70) et dépasse de loin les niveaux enregistrés dans les autres pays de l’OCDE. Elle est légèrement plus forte que celle des tigres d’Asie de l’Est mais reste inférieure à celle de la Chine.

Les gouvernements de la région ont profité de la situation extérieure favorable pour réduire les vulnérabilités macroéconomiques et financières. La dette publique a considérablement diminué et les réserves monétaires équivalent en moyenne à presque sept mois d’importations.

Les taux de pauvreté – qui ont longtemps été le talon d’Achille de la région – ont baissé, de façon modeste, certes. Cette baisse est liée à la croissance économique soutenue de ces dernières années ainsi qu’à l’augmentation des dépenses publiques en faveur des populations pauvres, comprenant des programmes ciblés de transfert d’espèces. Le Mexique, l’Argentine, la Colombie, le Chili et le Brésil ont enregistré les baisses les plus significatives. La pauvreté a également diminué en Amérique centrale, mais a stagné dans les Caraïbes. Environ 8 % de la population, soit 47 millions de personnes, vit aujourd’hui dans une extrême pauvreté.

On note aussi un recul global des inégalités dans la région, mais les progrès sont lents. Ce recul général résulte d’une réduction considérable de la pauvreté au Brésil et de celle observée au Mexique, plus modeste certes, mais significative malgré tout. Il demeure cependant que dans la région ALC, les 10% les plus riches de la population bénéficient d’environ 41 % du revenu total, contre 1% seulement pour les 10% les plus pauvres.

Le défi à relever pour l’ALC est aujourd’hui le suivant : maintenir la croissance et continuer à réduire la pauvreté et les inégalités dans un contexte international beaucoup moins favorable. Dans l’immédiat, il s’agit notamment de faire face aux effets combinés du ralentissement économique qui frappe les Etats-Unis et de la montée des prix du carburant et des aliments.

Etant la région la plus directement liée aux Etats-Unis au niveau du commerce, des flux financiers et des transferts de fonds, l’ALC a la réputation de « prendre froid quand les Etats-Unis éternuent ». Bien qu’elle fasse preuve aujourd’hui d’une meilleure résistance, on s’attend à ce que la détérioration de la situation internationale ralentisse la croissance régionale pour le reste de l’année 2008.

Malgré la gravité des turbulences financières qui affectent les Etats-Unis, de nombreux pays sont davantage en mesure d’affronter cette crise que par le passé, grâce à l’amélioration de leurs politiques macroéconomiques et financières. De nombreux pays d’Amérique latine ont considérablement réduit leur dépendance à l’égard des afflux de capitaux provenant de pays extérieurs à l’ALC. La récente aggravation de la crise financière américaine pourrait cependant accentuer le ralentissement cyclique de la croissance attendu dans la région. La croissance du PIB devrait descendre à 4,5 % pour le reste de l’année, et jusqu’à 4,2 % en 2010.

L’ampleur de l’impact qu’aura la stagnation économique au Nord sur chaque pays de la région dépend de l’intensité de leurs relations commerciales avec les États-Unis, de leur recours aux exportations de produits primaires et de leur capacité à avoir accès à des ressources financières lors de périodes moins favorables. Le ralentissement dans le secteur de la construction aux États-Unis, par exemple, a déjà diminué le volume des transferts de fonds vers le Mexique, l’Amérique centrale et d’autres pays, ce qui nuit avant tout aux pauvres.

L’augmentation des prix des aliments, du carburant et d’autres produits de base a des conséquences asymétriques, au niveau national comme transnational. Pour le dire brièvement, la flambée des prix des produits de base se traduit par des bénéfices commerciaux considérables pour l’Amérique du Sud, mais par des pertes pour l’Amérique centrale et les Caraïbes (à l’exception de Trinidad et Tobago). Au niveau national, la crise influe particulièrement sur les prix des denrées alimentaires et du carburant, dont l’augmentation entraîne des tensions socio-politiques du fait de la répartition inégale des ressources. Etant donné que l’alimentation représente une part plus importante de la consommation des ménages pauvres, ces derniers (surtout ceux qui vivent en ville mais aussi beaucoup de familles défavorisées des campagnes) sont particulièrement touchés par cette forte inflation des produits alimentaires.

Le soutien de la Banque mondiale

Durant l’exercice 2008, le Groupe de la Banque mondiale a fourni une aide totale de 4,6 milliards de dollars pour financer 58 projets en Amérique latine et dans les Caraïbes. Cette aide inclut les prêts de la BIRD, d’un montant d’environ 4,3 milliards de dollars, et les dons et crédits alloués par l’IDA à représentant 300 millions de dollars. Le conseil d’administration de la Banque a approuvé le 30 juillet un prêt supplémentaire d’1 milliard de dollars destiné au Rio Grande do Sul (Brésil), et l’année prochaine, le montant des prêts devrait s’élever à 5 milliards de dollars.

Les pays bénéficiaires de la majorité des prêts consentis durant cet exercice ont été le Brésil, la Colombie et le Mexique : 18 nouveaux projets y ont été approuvés dans des domaines comme le changement climatique, l’éducation les transports et la santé. Ce sont les transports,  ’administration publique, la réforme des institutions et l’éducation qui ont reçu l’aide financière la plus importante. Les prêts dans le domaine de l’agriculture ont augmenté de 300% par rapport à l’année dernière et de 1 200% dans celui de l’énergie.

La stratégie de la Banque mondiale pour l’Amérique latine et les Caraïbes repose sur quatre piliers: (i) maintenir la croissance et promouvoir la création d’emplois; (ii) établir des conditions de concurrence équitables en créant de nouvelles opportunités ; (iii) renforcer les institutions et la gouvernance; et (iv) aider ces pays à relever les défis mondiaux en matière de changement climatique, de commerce, d’énergie et de migrations.

La Banque a adapté sa stratégie régionale pour répondre aux besoins de plus en plus divers de ses pays partenaires dans la région . Pour les pays à revenu intermédiaire, la Banque offre une combinaison intégrée de services (analyse et conseils, dialogues au sein des pays, nouveaux produits financiers et une aide pour la mise en œuvre des projets qu’elle finance). Pour les pays à faible revenu, elle propose des financements à des conditions privilégiées, met l’accent sur la coordination des donateurs et fournit une aide spéciale aux États fragiles .

De nouveaux produits financiers répondant aux besoins des clients

L’année dernière, la Banque a annoncé qu’elle réduirait les coûts de ses prêts et qu’elle simplifierait les procédures d’obtention de prêts pour les pays à revenu intermédiaire et pour les pays à faible revenu solvables. En mars de cette année, la Colombie est le premier pays à avoir bénéficié de la nouvelle politique de la Banque qui allonge considérablement les échéances de ses prêts. Le conseil d’administration de la Banque a approuvé un prêt de 300 millions de dollars pour soutenir les efforts du pays visant à financer l’éducation supérieure des étudiants à faible revenu. L’allongement des échéances permet à la Colombie de faire concorder les modalités de ces prêts étudiants avec celles des prêts accordés par la Banque.

Durant le dernier exercice, la Banque a aussi été le premier émetteur étranger à proposer une obligation en pesos uruguayens, la première qu’elle ait jamais émise dans le cadre du déboursement d’un prêt spécifique.

De nombreux pays de la région se réjouissent des améliorations apportées à l’option de tirage différé (Deferred Drawdown Option, DDO), un produit permettant de reporter jusqu’à trois ans la mise à disposition des fonds pour les pays (avec possibilité d’un renouvellement de 3 ans). Ce produit s’adresse aux pays qui n’ont pas besoin d’un financement immédiat mais qui pourraient devoir emprunter à une date ultérieure en raison d'événements imprévus leur rendant difficile l’accès aux marchés des capitaux. En septembre dernier, la banque a accordé un prêt de 65 millions de dollars en faveur du Costa Rica, dans le cadre de la première option de tirage différé en cas de catastrophe (CAT DDO) visant à fournir au pays, particulièrement exposé aux inondations, séismes, ouragans et éruptions volcaniques, une source immédiate de financement en cas de catastrophe naturelle.

Réduire la pauvreté et les inégalités et améliorer la gouvernance

Lorsque les opportunités économiques sont plus nombreuses pour les citoyens, il leur est plus facile de sortir de la pauvreté. C’est pour cette raison que la Banque mondiale travaille en collaboration avec les pays de la région pour y améliorer l’accès à l’éducation, aux soins de santé et aux infrastructures publiques.

L’augmentation des prix des aliments et des produits de base constitue un problème de plus en plus préoccupant pour les pays à revenu intermédiaire comme pour les pays à faible revenu de la région. Même s’il s’agit dans l’ensemble d’une région exportatrice de produits alimentaires, l’inflation des prix a eu des effets néfastes sur le revenu et la santé des consommateurs pauvres et pourrait faire retomber dans la pauvreté des millions d’autres personnes. Sept pays de la région ont connu une inflation à deux chiffres des prix alimentaires l’an dernier, avec un effet direct sur l’inflation globale du fait que les coûts de l’alimentation pèsent fortement sur l’index des prix à la consommation. Pour soutenir les pays touchés par la hausse des prix alimentaires et énergétiques, la Banque leur fournit des conseils stratégiques et une aide financière. Cette aide a pris notamment la forme d’un don de 10 millions de dollars à Haïti, le premier approuvé dans le cadre du nouveau Mécanisme d’intervention rapide mis en place pour faire face à la crise alimentaire. Elle comprend aussi un prêt de 10 millions de dollars sans intérêt accordé au Honduras pour soutenir les couches les plus pauvres de la population et pour développer l’offre de produits agricoles, en particulier les cultures de base comme le haricot, le maïs et le riz.

La Banque aide aussi les pays d’Amérique latine et des Caraïbes à développer des méthodes efficaces et durables pour promouvoir la bonne gouvernance et la transparence. Il s’agit ainsi de renforcer les structures du pays, d’améliorer la fiabilité des prestations de services ainsi que le contrôle et l’évaluation des résultats.

  • Au Guatemala, elle a soutenu le gouvernement dans ses efforts pour rendre la gestion des finances et des marchés publics plus transparente en lui accordant un prêt de politique de développement d’un montant de 100 millions de dollars.

  • Au Mexique, la Banque soutient les efforts actuels pour mettre en Å“uvre, gérer et diffuser la loi sur la liberté de l’information, une des premières de ce type en Amérique latine.

  • Au Honduras, un prêt de 27 millions de dollars consenti par l’IDA va permettre le développement de cliniques décentralisées afin d’améliorer les services de soins.

  • Dans huit pays de la région, les journalistes ont eu accès au programme de journalisme d’investigation axé sur la transparence et l’éthique organisé par la Fondation Thomson.

  • Partenariat avec les pays à revenu intermédiaire

A mesure que les pays de la région accèdent au statut de pays à revenu intermédiaire, ils ont besoin de nouveaux services et de conditions de prêt jusqu’ici inhabituels dans cette région. La Banque a introduit plusieurs programmes innovants et adopté de nouvelles stratégies de partenariat pour mieux répondre aux besoins de plus en plus spécifiques de ces pays. Les principales initiatives prises dans le cadre de la coopération de la Banque avec ces pays sont les suivantes :

  • Une stratégie de partenariat avec le Brésil, financée à hauteur de 7 milliards de dollars, met l’accent sur l’apport de compétences plutôt que sur l’appui financier, afin d’améliorer les infrastructures, l’agriculture, la gestion financière et de développer le secteur privé.

  • Un prêt d’1,1 milliard de dollars consenti à l’Etat de Rio Grande do Sul pour l’aider dans la mise en Å“uvre de ses réformes financières.

  • Une stratégie de partenariat pays, financée à hauteur de 800 millions de dollars et visant à développer les activités d’analyse et de conseils de la Banque au Mexique.

  • Un prêt de politique de développement d’un montant de 501,25 millions de dollars a été approuvé pour soutenir la stratégie nationale élaborée au Mexique pour faire face au changement climatique.

  • Une stratégie de partenariat pays, représentant un montant total de 4 milliards de dollars, d’une durée prévue de quatre ans, comportant un programme de financement international, complété de services de conseils et d’analyse ainsi que de dons ciblés.

Relever ensemble les défis internationaux

Les pays de la région commencent à jouer un rôle crucial dans des domaines d’une portée internationale et la Banque les aide au moyen de partenariats innovants, permettant un dialogue et une action éclairée sur le terrain, ainsi qu’en soutenant la coopération Sud-Sud.

En février 2008, plus de 100 législateurs des pays du G8 et de cinq économies émergentes (Brésil, Chine, Inde, Mexique et Afrique du Sud) se sont réunis à Brasilia dans le cadre d’un forum international sur le changement climatique, le GLOBE G8+5 Legislators Forum. Les participants ont discuté et approuvé un « Cadre pour faire face au changement climatique après 2012 » ainsi qu’une déclaration sur les biocarburants, qui avaient été présentés officiellement aux leaders du G8 avant le Sommet du G8 de Toyako sur l’île d’ Hokkaido, organisé au Japon du 7 au 9 juillet. Le Sommet était coorganisé par GLOBE et COM+ Alliance (dont la Banque est l’un des membres fondateurs).

La Banque a travaillé en collaboration étroite avec l’Organisation du commerce international sur l’initiative intitulée l’« Aide au commerce » et participé à plusieurs réunions subrégionales portant sur les défis relatifs à la compétitivité.

Concernant le changement climatique, la Banque aide les pays de l’ALC au niveau national, subrégional et régional à évaluer les futurs effets de ce changement. L’un des principaux efforts en ce sens est l’étude régionale phare que prépare la Banque, centrée sur le changement climatique. En outre, la Banque a travaillé avec les pays des Caraïbes, parmi les plus vulnérables de la région aux effets du changement climatique, pour créer le Mécanisme d’assurance contre les risques liés aux catastrophes (CCRIF). Il s’agit du premier regroupement d’assureurs de plusieurs pays contre les catastrophes naturelles, dont l’objectif est d’aider les pays participants à se relever plus rapidement en cas d’ouragans et de séismes. Les pays les plus pauvres des Caraïbes ont reçu 23,2 millions de dollars de l’IDA pour les aider à participer à cette initiative.

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Contact:
Sergio Jellinek (202-458-2841), sjellinek@worldbank.org




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