| Le projet de dĂ©veloppement de lâĂ©ducation de Base (PAREIB), initiĂ© au Mexique en 1991, fournit aux Ă©coles des zones les plus pauvres et les plus isolĂ©es du pays, des fonds supplĂ©mentaires pour des infrastructures, du matĂ©riel pĂ©dagogique et des primes pour les enseignants. Chaque annĂ©e, ce sont 5 millions dâenfants et 32 pour-cent des Ă©lĂšves du primaire qui en bĂ©nĂ©ficient.  Il y a seulement deux ans de cela, Ana MarĂa HernĂĄndez Ă©tudiait au milieu de flaques dâeau. Son Ă©cole nâĂ©tait alors quâune palapa, une sorte de paillote construite avec des palmes. Cette structure arrivait Ă peine Ă protĂ©ger Ana et ses camarades des pluies torrentielles typiques de lâĂtat de Tabasco, un des Ă©tats les plus humides du Mexique oĂč les inondations sont trĂšs frĂ©quentes.   Ana, qui a maintenant douze ans, peut sâestimer heureuse de terminer son cursus primaire dans une classe bien construite. Sa gĂ©nĂ©ration est une des premiĂšres Ă Ă©tudier dans des classes en dur, de lâĂ©cole primaire de Belisario DomĂnguez Palencia, construite au milieu des palmiers de cette communautĂ© isolĂ©e du SudâEst mexicain.  Deux ans auparavant, cette Ă©cole situĂ©e en zone de savane, Ă lâOuest de la capitale Villahermosa de lâĂtat de Tabasco, ne comptait que quatre palapas confrontĂ©es continuellement aux assauts du mauvais temps.     « Lorsquâil pleuvait, nous Ă©tions tous mouillĂ©s car lâeau rentrait dans les classes, » confie Ana Maria. « Mais maintenant, grĂące Ă lâaide que nous avons reçue, aller Ă lâĂ©cole est vraiment agrĂ©able, » poursuit-elle.  Son Ă©cole compte parmi les 2000 Ă©coles partenaires du projet de dĂ©veloppement de lâĂ©ducation de base (PAREIB), ce projet qui fournit aux Ă©coles des rĂ©gions les plus pauvres et les plus isolĂ©es des appuis financiers pour des infrastructures, des matĂ©riaux didactiques, et  des primes aux enseignants. Les actions du projet couvrent, en plus des Ă©coles primaires, les Ă©tablissements du prĂ©scolaire et du secondaire.     Un appui dĂ©terminant  Lâappui du projet a Ă©tĂ© dĂ©terminant pour lâĂ©cole de Ana MarĂa qui se trouve dans la «premiĂšre section» de la CommunautĂ© de Santuario, une communautĂ© de 3000 Ăąmes, en majoritĂ© des mĂ©tayers, dont la plupart vivent de petit Ă©levage et du produit de leurs champs. Quatre-vingts pour-cent environ de cette population est pauvre.  «Pendant la saison des pluies, lâeau sâinfiltrait de partout » raconte M. Jaime Magaña, enseignant et directeur de lâĂ©cole. «Nous Ă©tions alors obligĂ©s de faire comme des poulets et de nous blottir les uns contre les autres.  Aujourd'hui, touyt a changĂ©. Le projet nous a construit quatre classes et sans vouloir me vanter, notre Ă©cole est lâune des mieux Ă©quipĂ©es de la rĂ©gion. »   RĂ©sultats significatifs Le programme a dĂ©jĂ enregistrĂ© des rĂ©sultats tangibles. En effet, le pourcentage des Ă©coles inachevĂ©es a chutĂ© de 14 Ă 9 pour-cent en 2003 depuis le lancement du programme. Les indicateurs Ă©ducatifs du pays se sont ainsi amĂ©liorĂ©s, comme en tĂ©moigne le nombre croissant dâenfants qui terminent leur cursus scolaire.  Pour le cas particulier de Tabasco, la proportion des Ă©coles non terminĂ©es a chutĂ©, passant de 4,7 Ă 2 pour-cent. Par ailleurs, le pourcentage dâenfants qui terminent leur cursus primaire est passĂ© de 90 Ă 99 pour-cent, se rapprochant beaucoup plus de la moyenne nationale.  Le programme a Ă©galement permis de rĂ©duire le nombre dâenfants qui sont obligĂ©s de quitter lâĂ©cole, faute de crayons ou de cahiers. En effet, le programme a un volet qui permet lâacquisition de fournitures scolaires au profit des enfants nĂ©cessiteux, Ă©tant donnĂ© que de nombreux parents sont dans lâincapacitĂ© dâacheter ce matĂ©riel Ă leurs enfants.  Au systĂšme de financement appelĂ© «Appui Ă la gestion de lâĂ©cole», sâajoutent des primes pour les enseignants. Celles-ci visent Ă stimuler davantage les enseignants dans lâexercice de leurs fonctions, tout en crĂ©ant un lien entre eux et lâĂ©cole oĂč ils enseignent. En effet, de nombreux enseignants ne vivent pas dans les communautĂ©s, et sont obligĂ©s de parcourir de longues distances pour atteindre les Ă©coles oĂč ils sont affectĂ©s.   Retour Ă lâessentiel Lâappui direct aux Ă©coles, qui vient en complĂ©ment du budget ordinaire en faveur de lâenseignement, a jouĂ© un rĂŽle important dans les communautĂ©s indigĂšnes, celles-lĂ mĂȘmes qui sont Ă la traĂźne sur le plan Ă©conomique et Ă©ducatif.  Le programme a permis Ă Carlos Manuel LeĂłn ChablĂ© et Ă ses 55 camarades de lâĂ©cole Margarita Maza de JuĂĄrez, dans la communautĂ© chontal de RancherĂa GĂŒero Arrancado, de retourner Ă leurs sources. En effet, le programme scolaire leur permet dĂ©sormais dâapprendre deux fois par semaine, le Chontal, la langue de leurs parents et de leurs grands-parents.   Le village de Carlos Manuel est situĂ© Ă environ 105 km Ă lâEst de Villahermosa, dans une rĂ©gion marĂ©cageuse du bassin du grand fleuve Usumacinta. La communautĂ© compte 245 Ăąmes, en majoritĂ© des agriculteurs et des pĂȘcheurs dont le revenu journalier par famille est dâĂ peine 4 dollars EU.   Les parents et les grands-parents de Carlos Manuel parlent le Chontal entre eux. Mais Carlos Manuel (12 ans) et ses frĂšres et sĆurs ne les comprennent pratiquement pas. Heureusement, les choses sont en train de changer. «Maintenant, je peux mâexprimer en Chontal parce que le maĂźtre nous lâapprend en classe. Je peux mĂȘme rĂ©citer un poĂšme en Chontal, » affirme-t-il.   Impliquer les parents Le succĂšs de ce programme ne vient pas seulement des fonds supplĂ©mentaires qui y ont Ă©tĂ© injectĂ©s. Lâengagement de la communautĂ©, surtout des parents, dans le suivi de lâutilisation des ressources et la performance des enseignants a Ă©tĂ© un autre facteur dĂ©terminant.  « âAvant, les enseignants venaient de la ville. Quand le temps se gĂątait et que les routes Ă©taient inondĂ©es, il leur Ă©tait souvent impossible dâaccĂ©der aux Ă©coles, » explique Mme Rosa MarĂa PĂ©rez LĂłpez, une parente dâĂ©lĂšve. Mais la situation a changĂ©. «Maintenant, ils viennent Ă temps. Ils sont responsables. Ils vivent ici avec nous, et aident Ă nous organiser pour lâexĂ©cution de certaines tĂąches. Nous travaillons ensemble, et ils ont lâesprit trĂšs crĂ©atif, » poursuit Mme Lopez, cette dame de 41 ans, mĂšre de 7 enfants dont 3 sont inscrits Ă lâĂ©cole Belisario DomĂnguez Palencia qui se trouve dans la «premiĂšre section» de la  communautĂ© de mĂ©tayers de RancherĂa.   Les primes pour les enseignants  Cette activitĂ© a Ă©tĂ© trĂšs importante. Elle a consistĂ© Ă donner aux enseignants une prime Ă©gale Ă 25 pour-cent de leur salaire total. Cet Ă©molument est accordĂ© aux enseignants qui ont travaillĂ© 9 heures supplĂ©mentaires certains aprĂšs-midi pour aider les enfants, qui ont un retard sur les autres, Ă se remettre Ă niveau. Mais lâenseignant ne reçoit cette prime que si sa prĂ©sence rĂ©guliĂšre en classe a Ă©tĂ© confirmĂ©e par le dĂ©lĂ©guĂ© des parents.  M. Darvi Arias (30 ans) est le seul instituteur de lâĂ©cole primaire rurale du professeur Ricardo Aguilar GutiĂ©rrez. Il connaĂźt toute lâimportance de cette prime.  En effet, son Ă©cole est situĂ©e Ă La Pitahaya, un bourg de 200 Ăąmes, en majoritĂ© des pauvres dont lâactivitĂ© principale est la pĂȘche de subsistance. La zone est marĂ©cageuse et lâĂ©cole ne compte que 30 Ă©lĂšves, tous niveaux confondus (CPI au CM2). Les Ă©lĂšves suivent les cours dans la mĂȘme classe, sous la supervision dâun seul instituteur.  « Cette prime a Ă©tĂ© trĂšs utile pour les enfants qui avaient du retard sur les autres, puisquâils ont pu suivre des cours de rattrapage les aprĂšs-midi au lieu de rester avec leurs parents » confie M. Arias. « En outre, cette prime a Ă©tĂ© une aubaine pour moi puisquâelle mâa permis dâamĂ©liorer mon niveau de vie en tant quâenseignant. Et tout compte fait, un peu dâaide nâa jamais fait de mal Ă personne, » poursuit-il.    LâĂ©ducation au Mexique Au Tabasco, tout comme partout ailleurs au Mexique, les progrĂšs en matiĂšre dâĂ©ducation ont Ă©tĂ© impressionnants.  Mais il reste encore beaucoup Ă faire.     « Il est difficile dâassurer lâĂ©ducation Ă tous les enfants dans le contexte dâun pays aussi hĂ©tĂ©rogĂšne gĂ©ographiquement et culturellement que le Mexique, » explique Harry Patrinos, expert en Ăducation de la Banque mondiale pour lâAmĂ©rique Latine et les CaraĂŻbes, et coordinateur du projet PAREIB.   « Mais en aidant les Ă©coles qui avaient le plus de retard, ces programmes amĂ©liorent lâĂ©ducation. Ceci est essentiel dans le contexte dâune Ă©conomie mexicaine «émergente» qui a un besoin pressant dâune population bienx prĂ©parĂ©e pour se battre sur les marchĂ©s et assurer sa  prospĂ©ritĂ©, » conclut-il.  Pour des Ă©lĂšves comme Ana MarĂa HernĂĄndez, lâĂ©cole ouvre des perspectives vers un avenir  meilleur. Elle ne veut pas ĂȘtre couturiĂšre comme sa mĂšre. Elle prĂ©fĂšre devenir institutrice et justifie son choix: « Jâai remarquĂ© que les enseignants sont en train de nous aider vĂ©ritablement, dâoĂč mon dĂ©sir de devenir institutrice. »  |