22 novembre 2006— Un nouveau livre de la Banque mondiale révèle que les pays en développement d’Amérique latine et d’Asie de l'Est, bien que très éloignés, se retrouvent immobilisés dans un combat semblable pour éduquer leurs jeunes.
D’après le livre intitulé Meeting the Challenges of Secondary Education in Latin America and East Asia, dans chacune de ces régions, alors que la plupart des enfants reçoivent une première éducation dans des écoles élémentaires, un pourcentage bien moins élevé d’entre eux aboutit en école secondaire et atteint le niveau de connaissances et de compétences requis pour réussir dans un monde de plus en plus compétitif et de technologies de pointe.
Ce livre indique que les pays en développement d’Amérique latine et d’Asie de l'Est sont confrontés à un large ensemble de difficultés similaires : fournir un meilleur accès à l’éducation secondaire tout en améliorant la qualité de l’enseignement et des processus d’apprentissage, et en réduisant les disparités entre les catégories de revenus et les zones urbaines et rurales. Les deux régions englobent des pays dont le développement social et économique varie énormément, avec des pays à revenu intermédiaire comme la Corée, la Malaisie, le Mexique et le Chili, et des pays à revenu faible comme le Viet Nam, le Cambodge et la Bolivie.
Au Mexique, les transferts d'argent permettent aux pauvres d'aller à l'école
Beaucoup de familles en Amérique latine n'ont pas assez d'argent pour envoyer leurs enfants à l'école secondaire ou pour renoncer aux revenus que leurs enfants peuvent gagner autrement à l'extérieur de l'école. Beaucoup d'enfants pauvres n'ont donc accès qu'à une éducation primaire de base et ont, de ce fait, beaucoup moins de chances de sortir de la pauvreté.
Le Programme Oportunidades au Mexique s'attaque à ce problème avec un plan financier de « transferts conditionnels d'argent comptant » - des paiements sous forme de bourses d'études et d'aide alimentaire pour les familles pauvres qui envoient leurs enfants à l'école et les emmènent régulièrement dans des centres médicaux. Ce programme, qui a aidé plus de 5 millions de familles en 2005, fournit une somme d'argent croissante à mesure que les enfants entrent dans des classes supérieures, en favorisant légèrement les filles dans la première partie du cursus secondaire.
Selon le livre Meeting the Challenges of Secondary Education in Latin America and East Asia, le principe consiste à compenser les familles pour les revenus que leurs enfants auraient pu gagner à l'extérieur de l'école, tout en offrant aux jeunes une possibilité de sortir, par l'intermédiaire de l'éducation, d'une pauvreté chronique et transmise de générations en générations.
Entre 2000 et 2002, les inscriptions en écoles secondaires ont augmenté annuellement de 6 %, c'est-à-dire de 2 % de plus qu'avant 2000. Selon ce livre, l'intérêt du programme est mis en valeur par des taux de présence de 8,4 %, un passage en l'école secondaire de 29 % et une augmentation du nombre d'années d'études de 10 %. Des études ont démontré que les subventions du programme pour la santé et la nutrition permettent aussi aux enfants d'aller à l'école plus sains et mieux nourris.
Emanuela di Gropello, économiste principale pour les questions de développement de la Banque mondiale, explique que « Oportunidades n'est pas coûteux, mais le bénéfice net est conséquent. » Elle affirme que les programmes de transferts d'argent comptant comme Oportunidades peuvent avoir du succès quand leur conditionnalité est bien conçue, comme la présence à l'école qui est une condition pour recevoir les paiements, ainsi que des systèmes stricts de surveillance et d'évaluation, des critères fiables de ciblage géographique et des familles, et des services de qualité acceptable.
Plus d’enfants pourraient aller dans de meilleures écoles secondaires si les pays mobilisaient plus de ressources et profitaient d’une meilleure efficacité, explique Emanuela di Gropello, économiste principale pour les questions de développement et auteure de ce livre. « La plupart des pays ont de nombreuses possibilités pour améliorer leurs compétences de distribution », explique Mme di Gropello. « Ils pourraient obtenir de meilleurs résultats avec un niveau de ressources assez semblable. » Elle ajoute que les « pays ont toujours pensé qu’il existait une sorte de compromis — pour plus de couverture, moins de qualité — et qu’il était donc impossible d’obtenir les deux choses. Mais avec une combinaison adéquate des politiques, ils peuvent réaliser ces deux objectifs et certains ont réussi à le faire. L’Amérique latine et l’Asie de l'Est peuvent beaucoup apprendre l'une de l'autre en matière d’options politiques efficaces pour réussir ce compromis. »
La Corée, un pays récemment industrialisé, a utilisé une combinaison de contrôle public du système éducatif, de standards hauts et de partenariats public-privé pour le financement et la distribution, obtenant ainsi que les élèves continuent de s’inscrire dans le système éducatif et qu’ils terminent leurs études, remarque le livre. Aujourd’hui, les écoles coréennes sont parmi les plus performantes d’Asie, avec 90 % des garçons et des filles recevant une éducation secondaire et obtiennent de bons résultats dans tous les groupes socio-économiques.
Le Viet Nam, le Mexique et le Brésil progressent vers une amélioration de la couverture et de la qualité de l’éducation — deux facteurs qui doivent aller de pair pour que l’éducation secondaire agisse comme un moteur de la croissance économique, déclare Mme di Gropello. Tandis que la plupart des nations de ces régions dépensent moins de la moitié de ce que les pays industrialisés dépensent pour l'éducation de chaque élève, ils peuvent profiter au mieux de budgets restreints avec des partenariats public-privé et des programmes de financement innovants.
Mme di Gropello explique que le Viet Nam et la Chine, par exemple, ont utilisé des stratégies efficaces d’autofinancement des écoles, entre autres la location de leurs installations et des commerces pour faire fonctionner les écoles et pour financer l’éducation au niveau local. Ceci ainsi que d’autres innovations, si elles sont complémentaires avec les efforts du gouvernement peuvent, selon Mme di Gropello, aider à faire face aux contraintes financières. D’un autre côté, le Mexique et le Brésil ont établi des programmes innovants pour aider les pauvres. Leurs programmes de transferts conditionnels d'argent comptant pour les familles pauvres sont maintenant bien connus au niveau international.
Les problèmes d’éducation ne sont pas tous provoqués par le manque d’argent, déclare Mme di Gropello. La faible responsabilité dans la distribution de services, avec entre autres peu de primes pour les professeurs d’éducation secondaire et un cursus très peu pertinent, n’ont pas encouragé une présence active des élèves, particulièrement en Amérique latine et aux Caraïbes. Le Chili, le Salvador, la Colombie, la Corée, Singapour et la Malaisie s’efforcent tous d’orienter l’éducation secondaire vers les compétences et les connaissances recherchées sur le marché du travail, améliorant ainsi la pertinence du cursus.
Le fossé éducatif entre les riches et les pauvres, entre les zones urbaines et les zones rurales est le cœur d’un projet de la Banque mondiale au Salvador. Ce projet vise à améliorer la couverture et la qualité de l’éducation en fournissant des bourses aux écoles privées et publiques, en offrant une éducation à distance, en essayant d'établir des compétences éducatives générales et en encourageant les élèves à aller à l'université et à suivre des formations techniques plus élevées.