L’inflation des prix alimentaires a augmenté dans l’ensemble de l’Amérique latine et des Caraïbes, affectant les pays exportateurs et importateurs. Elle a été élevée en 2007 au niveau mondial, l’Amérique latine et les Caraïbes ne faisant pas exception. Sept pays de la région ont connu une inflation à deux chiffres (voir graphique 1). Il s’agit d’une augmentation importante faisant suite à cinq années de pressions inflationnistes relativement contenues. L’augmentation du prix des denrées alimentaires a un impact direct sur l’inflation totale dans la plupart des pays car le coût de ces dernières a un poids important au niveau de l’indice des prix à la consommation. En outre, l’augmentation des prix alimentaires peut indirectement influencer l’inflation à travers les attentes inflationnistes et l’augmentation de salaires qui s’ensuivent. Graphique 1. Inflation de l’indice des prix à la consommation Modification annuelle en pourcentage |  Cliquer pour agrandir l'image
| Source : Instituts nationaux de statistiques (base de données LABORSTA) |
       En 2007, les prix des produits alimentaires ont augmenté de manière beaucoup plus rapide que le taux d’inflation dans la plupart des pays de la région. C’est en Bolivie, au Brésil, au Chili, au Costa Rica, en Jamaïque, au Nicaragua, à Trinidad et Tobago et en Uruguay que les prix des produits alimentaires ont le plus augmenté (voir graphiques 2 et 3). En Argentine, en République Dominicaine et en Haïti, l’augmentation des prix alimentaires et l’inflation étaient pratiquement égales. Les prix internationaux des produits alimentaires affectent désormais les prix des denrées alimentaires d’Amérique latine, même dans les pays où la majorité de ces dernières est produite localement. Bien qu’il n’existe aucune recherche prouvant ou réfutant cette hypothèse, ceci résulte probablement de l’intégration des pays d’Amérique latine et des Caraïbes à l’économie mondiale. Graphique 2. Inflation totale et augmentation des produits alimentaires en Amérique centrale et dans les Caraïbes (2007) |  | Graphique 3. Inflation totale et augmentation des produits alimentaires en Amérique du Sud (2007) | 
|  | 
| Remarque : les données sur le Belize sont à partir de novembre 2006. Source : Instituts nationaux de statistiques. |  | Remarque : n’inclut pas les données relatives au Venezuela (inflation totale de 22,4 % et augmentation des prix des produits alimentaires de 31 %). Source : Instituts nationaux de statistiques. |
 L’augmentation du prix des céréales est le principal responsable de l’accroissement du prix de certains produits spécifiques tels que le pain. Les prix des produits alimentaires sont plus élevés dans certains pays que dans d’autres.[1] En Haïti, l’inflation annuelle des prix des produits alimentaires était de 6,8 % en septembre 2007. Mais le prix du pain a augmenté de 19 % au cours de la même période. [2] De même, en République Dominicaine, le prix de la farine a augmenté de 24 %.  Haut de la page
 S’agit-il d’une rupture structurelle ?  Il existe un consensus naissant d’après lequel les prix des produits alimentaires ont augmenté en raison de changements fondamentaux de la demande et de l’offre au niveau mondial. L’inflation des produits alimentaires est provoquée par plusieurs forces : des prix de l’énergie plus élevés, l’augmentation du revenu, le changement climatique et la croissance de la production de biocarburants. Le revenu et la consommation par habitant augmentent dans les pays en développement et par conséquent la demande. La croissance de cette dernière est également attribuable aux politiques des pays développés dans le domaine des biocarburants. La production d’éthanol utilisera 30 % de la récolte de maïs américaine en 2010. Plus de 40 % de l’augmentation de la consommation du maïs au niveau mondial de 2000 à 2007 est attribuable à l’utilisation de biocarburants aux États-Unis. De même, la production de produits alimentaires n’a pas progressé suffisamment alors que les stocks de céréales ont chuté et que la disponibilité de terres et d’eau pour l’agriculture a également baissé. La modification de l’offre et de la demande au niveau mondial a eu un effet prévisible sur les prix qui se sont détériorés davantage en raison de l’augmentation du coût des ressources non renouvelables. Par conséquent, cette combinaison de facteurs qui poussent les prix vers le haut a créé un consensus d’après lequel l’inflation des produits alimentaires est davantage structurelle que cyclique.  Les prix réels des produits alimentaires sont à un niveau historiquement bas, mais leur augmentation s’est accélérée de manière exceptionnelle. Ce phénomène a quelques précédents. Au début des années 70, les prix réels des céréales telles que le blé et le maïs ont connu une augmentation importante. La croissance de l’inflation des produits alimentaires s’accompagne généralement de celle de l’énergie et de la baisse de liquidités disponibles au niveau du marché des grains (soit la situation que nous avons aujourd’hui). Les stocks de céréales sont à leur plus faible niveau depuis 30 ans en raison des faibles récoltes de blé dans un grand nombre de pays producteurs (tableau 1). L’augmentation du prix de l’énergie a entraîné la croissance des coûts (engrais, transport et logistique) comme l’indique l’encadré 1. [3] Cependant, d’autres facteurs doivent être pris en compte. L’utilisation des terres a été modifiée en réponse à l’accroissement de la demande d’éthanol, une tendance qui devrait durer en raison des politiques mises en œuvre par les pays développés. [4] Au contraire, dans les années 70, la révolution verte a permis d’alléger la pénurie temporaire de céréales. Tableau 1. Bref résumé du marché mondial des céréales
Production totale de céréales (en millions de tonnes) 
 a. Prévue.  Source: Conseil international sur les céréales. Haut de la page
 Les problèmes de logistique augmentent le coût des produits alimentaires  TDans de nombreux pays d’Amérique latine et des Caraïbes, les coûts du transport et de la logistique influencent plus le coût du commerce que les droits de douane. La Banque mondiale estime que les coûts logistiques de la région représentent 16 à 26 % du PIB et 18 à 32 % de la valeur du produit, alors qu’ils s’élèvent à 9 % du PIB et de la valeur du produit dans les pays de l’OCDE. Les aliments transformés d’Amérique centrale font face à des contraintes logistiques internes qui représentent 8 à 15 % du coût des produits alimentaires groupés, de valeur élevée.
Les accords de libre-échange régionaux et bilatéraux et les réductions unilatérales des droits de douane ont réduit ces derniers à l’échelle mondiale depuis l’année 2000, mais les coûts du fret maritime ont plus que doublé. Pour les produits alimentaires de valeur relativement faible et se vendant en grands volumes, tels que les céréales et les huiles comestibles, le fret interne et les coûts du transport maritime peuvent augmenter le prix final à la consommation de 30 à 50 %. D’après les tendances des prix du fret maritime pour les céréales en provenance d’Amérique du Sud, des niveaux des droits douaniers mondiaux, des prix du pétrole et des produits alimentaires, il ressort que l’augmentation des taux du fret maritime a eu principalement lieu entre 2000 et 2005, au cours du repositionnement des navires containérisés et de transport en vrac vers le marché asiatique en pleine expansion. Même après la réponse à la demande de l’industrie du transport maritime qui a eu lieu en 2005, l’augmentation astronomique des coûts continue d’être un facteur important de l’augmentation des prix.
 Les produits alimentaires qui entrent sur les marchés des Caraïbes ou d’Amérique centrale sont souvent sujets à de multiples retards, à des coûts directs non nécessaires et à des pertes et dommages qui lèsent encore davantage les consommateurs. D’après l’indice de performance logistique de la Banque, le dédouanement est fort peu efficace dans les Caraïbes. Il prend en général trois à cinq jours (alors que le délai est d’une journée au Chili et de 3 jours dans l’ensemble de l’Amérique latine). Le temps d’attente pour les importations qui ont été déchargées est également élevé dans plusieurs pays des deux sous-régions, en particulier au Costa Rica, en Haïti, en Jamaïque et au Panama. Il est évident que l’efficacité du transport maritime s’arrête au quai. Ce facteur, exacerbé par les grèves des employés portuaires, est la principale raison des pénuries alimentaires qu’a connues récemment Haïti. Enfin, le coût élevé du transport interne par camion au Costa Rica, en Haïti, en Honduras et au Nicaragua, s’explique par la mauvaise qualité du réseau routier et par les coûts élevés des frais portuaires. Au Nicaragua, les coûts internes relatifs au transport d’un container de 40 pieds ou d’une semi-remorque sont le double de la moyenne de la région malgré sa petite dimension et, en Haïti, les coûts du transport interne sont deux fois plus élevés qu’au Chili et 20 % plus hauts qu’en Chine. Haut de la page
Quel est l’effet de l’inflation des produits alimentaires sur les pays d’Amérique latine et des Caraïbes ? La région Amérique latine et Caraïbes est dans l’ensemble un exportateur net de produits alimentaires, les pays des Caraïbes étant cependant des importateurs nets. Cette région dispose du plus grand surplus de commerce agricole de toutes les régions (graphique 11, côté gauche). Seuls 10 pays (tous les pays des Caraïbes à l’exception du Venezuela, du Salvador et du Mexique) sont des importateurs nets de produits alimentaires (graphique 11, côté droit).  Graphique 11. Balance commerciale alimentaire En pourcentage du PIB | 
| * Les données sont relatives à l’année 2004 pour la région MENA et à 2003 pour l’Afrique subsaharienne, le Salvador et la Jamaïque. Source : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde. |
 De 2002 à 2005 environ, la moitié des pays de la région ont vu le solde de leur balance commerciale alimentaire baisser alors que les indicateurs agrégés des prix des produits alimentaires avaient augmenté au cours de la période. Il est donc nécessaire de réaliser des analyses spécifiques à chaque pays afin de comprendre la manière dont les tendances individuelles des prix alimentaires agissent sur la balance des paiements. Le Guatemala a vu le solde de sa balance commerciale alimentaire baisser de 4 % du PIB de 2002 à 2005. Au contraire, le solde de la balance commerciale alimentaire du Nicaragua s’est amélioré de plus de 4 % au cours de la même période. Ces différences mettent en évidence l’importance des prix des matières premières individuelles. Entre 2002 et 2005, les prix du café ont augmenté jusqu’à 87 %, ce qui a aidé davantage le Nicaragua que le Guatemala, car le café représente une part plus importante de la balance commerciale du Nicaragua par rapport au PIB (tableau 2). En outre, le Nicaragua a mieux profité que le Guatemala de la stagnation des prix des céréales de 2002 à 2005 car il importe davantage ces produits.  Tableau 2. Structure du commerce de produits alimentaires au Guatemala et au Nicaragua  | Guatemala | Nicaragua |  |  |  | Exportations nettes (importations) | Exportations nettes (importations) |  | Prix internationaux clés (indice 2002 = 100) |  | Milliers d’USD | Part du PIB (%) | Milliers d’USD | Part du PIB (%) |  | 2005 | Février 2008 | Solde de la balance commerciale alimentaire, 2006 | 535 627 | 1,5 | 275 952 | 5,1 |  |  |  | Café | 459 453 | 1,3 | 194 748 | 3,6 | Café | 186,7 | 255,6 | Viande, produits laitiers, poisson | –135 269 | –0,4 | 153 794 | 2,9 | Viande de bœuf | 124,3 | 134,7 | Fruits et légumes | 255 268 | 0,7 | 9 481 | 0,2 | Bananes | 114,1 | 149,9 | Sucre | 320 312 | 0,9 | 51 322 | 1,0 | Sucre | 143,5 | 196,1 | Céréales | –222 294 | –0,6 | –85 738 | –1,6 | Maïs | 99,4 | 224,3 | Autre | –141 845 | –0,4 | –47 653 | –0,9 |  |  |  |
 Le Honduras, dont le solde de la balance commerciale alimentaire a augmenté de 2002 à 2005, est affecté par l’augmentation récente des prix des céréales car ces dernières représentaient 30 % de ses importations alimentaires en 2006. Les autres pays dont les céréales représentent une partie relativement importante des importations alimentaires sont la Colombie (41 %), le Brésil (40 %) le Pérou (36 %) et la Bolivie (34 %).  Graphique 12. Part des produits alimentaires dans les importations totales, 2006 Pourcentage | 
| * Les données sont de 2005.   ** Les données sont de 2001. Source : Base de données COMTRADE des NU. |
 En raison des inondations, certains pays pourraient voir leurs besoins d’importations de produits alimentaires augmenter, les produits de substitution nationaux étant limités. Les pays ayant subi des inondations localisées à la fin de 2007 et au début de 2008 (la Bolivie, la République Dominicaine, l’Équateur, Haïti et le Nicaragua) verront les produits de substitutions locaux baisser encore davantage. Le ratio importations/consommation interne de produits alimentaires devrait dans l’ensemble augmenter de 41 % dans cette région, le Costa Rica connaissant la plus forte progression (86 %).  Les coûts du carburant auront un effet important sur les prix des produits alimentaires dans les pays importateurs de pétrole. L’énergie est un intrant essentiel dans la production d’engrais et, si son prix est élevé, ceci peut avoir un impact indirect substantiel sur les prix des produits alimentaires (graphique 14). Au contraire, les pays exportateurs de pétrole subventionnent fortement les prix internes du carburant, protégeant ainsi les prix des engrais des coûts élevés de l’énergie. C’est le cas de la Bolivie et de l’Équateur qui sont tous les deux exportateurs nets de pétrole et de produits alimentaires, mais importateurs de produits pétroliers raffinés (graphique 15).  Graphique 14. Prix internationaux des engrais et du pétrole brut En termes réels | 
| Source : Global Economic Monitor de la Banque mondiale |
 Graphique 15. Solde commercial du pétrole et des produits alimentaires, 2005 En pourcentage du PIB | 
| Source : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde. |
Haut de la page
 Les simulations de la balance commerciale alimentaire montrent un changement substantiel en 2008 pour de nombreux pays. Afin d’évaluer l’impact de la montée des prix des produits alimentaires sur la balance commerciale, des économistes de la Banque ont simulé la balance commerciale alimentaire de l’année 2008 en utilisant les quantités d’exportations et importations de 2006 et les prix de février 2008 (graphique 13). Le modèle a été conçu pour saisir l’impact des différentes tendances sur les prix, telles que la stabilité du prix du sucre ou l’augmentation du prix du blé et des céréales en général (voir le tableau II.7 en annexe pour plus de détails). Les résultats montrent que la balance commerciale alimentaire se détériora en 2008 dans la plupart des pays de la région (même les exportateurs de produits alimentaires nets) en raison des différences du commerce agricole. Ces simulations se basent sur l’hypothèse qu’il n’y aura pas de modifications au niveau de la quantité des produits alimentaires importés et exportés, même si les consommateurs et les producteurs répondent à ce contexte en ajustant la demande. Cependant, les prix élevés et les quantités limitées des produits de substitution peuvent limiter cette réponse.  Graphique 13. Balance commerciale alimentaire en 2006 (réelle) et en 2008 (simulée) En pourcentage du PIB | 
| Remarque : dans cette simulation, les quantités de produits alimentaires importés et exportés sont celles de 2006, et les prix appliqués sont ceux de février 2008. Ils sont exprimés en pourcentage du PIB prévu pour 2008. Source : Calcul du personnel de la Banque mondiale en fonction des données contenues dans COMTRADE et dans le Global Economic Monitor. |
[1] Contrairement à l’indice des prix alimentaires, dont les informations, issues de plusieurs pays, sont intégrées à la base de données LABORSTA, il n’existe pas de source unique d’informations pour les sous-groupes de produits alimentaires et les articles individuels des différents pays. Lorsqu’elles existent, ces données sont disponibles uniquement pays par pays et avec un décalage. [2] Banque de la République d’Haïti, Bulletin Statistique 64: Juillet-Septembre 2007. [3] L’augmentation des coûts de transport est due à la hausse du prix du pétrole et à celle de la demande de services de transport dont l’origine est l’explosion du commerce asiatique. [4] Aux États-Unis, le gallon d’éthanol mélangé à l’essence reçoit un crédit d’impôt de 51centimes au niveau fédéral et plusieurs États offrent des incitations fiscales supplémentaires. La loi sur la politique énergétique 2005 prévoit que la consommation d’éthanol devra être de 7,5 milliards de gallons d’ici 2012 (soit 10 % de la consommation totale d’essence prévue). L’objectif de la politique gouvernementale est d’atteindre 35 milliards de gallons de carburants alternatifs et renouvelables d’ici 2017. Les importations d’éthanol brésilien sont assujetties à un droit de douane de 54 centimes par gallon. Haut de la page |