Loin d’être fidèle à la gaieté de son nom, Cité Soleil est l’un des bidonvilles les plus démunis, et les plus dangereux de la capitale haïtienne, Port-au-Prince. Ces trois dernières années, la zone que l’on qualifie de « croisement entre Baghdad et Mogadiscio » a été sous le joug de bandes armées qui, partisanes de l’ancien président destitué Aristide, s’opposaient au gouvernement de transition de deux ans établi en 2004. Les soldats de l’ONU stationnés dans le pays ont été incapables de rétablir l’ordre. Les bailleurs de fonds, plusieurs ONG et la police ont quitté le bidonville, inquiets pour leur sécurité. Mais, depuis la transition pacifique à un gouvernement démocratiquement élu en début d’année, l’on observe les prémices d’un retour au calme dans la Cité Soleil. Sous l’égide du Président René Préval et, avec l’appui de la MINUSTAH (l’opération de maintien de la paix de l’ONU), le nouveau gouvernement a engagé, avec quelque succès, un programme de DDR (démobilisation, désarmement et réinsertion) pour convaincre les groupes belliqueux de déposer les armes. Au mois d’octobre, la police a réinvesti les lieux pour la première fois depuis trois ans, bien accueillie par les résidents. Les casques bleus s’apprêtent à appuyer un programme de réduction de la violence parmi d’anciens membres de bandes armées et des jeunes à risque. Nonobstant ces progrès, les besoins sociaux au sein du bidonville restent d’une ampleur colossale. La plupart des 350 000 habitants de la Cité sont privés des services essentiels et seule la moitié environ des enfants, dans la tranche d’âge des 4 à 16 ans, fréquentent l’école. Devant la difficulté de se procurer de la nourriture, les résidents très pauvres préparent « biscuits d’argile », soit de la glaise agrémentée de beurre, de sel et d’épices, qu’ils vendent en lot de trois à quatre unités pour un dollar haïtien (équivalent de 12 cents américains). C’est sur cette toile de fond que la Banque mondiale parraine un programme de cantines scolaires destiné aux enfants de la Cité Soleil et d’autres zones démunies d’Haïti, le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental et l’un des plus désavantagés au monde, 78 % de ses huit millions d’habitants vivant en deçà du seuil de pauvreté établi à 2 dollars EU par jour et près de la moitié de la population ne sachant ni lire, ni écrire. Le 25 septembre, les animateurs du programme ont commencé à distribuer des repas à 5 600 enfants des écoles de Cité Soleil, portant le nombre d’écoliers qui prennent un repas chaud à 23 906 (soit 43 % des élèves de la zone). À Bel Air, autre bidonville de la capitale, 2 800 écoliers pourront aussi consommer un plat chaud, dans quelque temps. Ce programme permettra aussi d’assurer le relais d’une initiative précédente financée au titre d’un projet LICUS de cantines scolaires, au profit de 7 500 élèves de Plateau Central, l’un des départements les plus pauvres du pays. « Des enfants bien nourris et instruits incarnent la promesse d'un avenir meilleur pour Haïti », affirme Caroline Anstey, directeur de la Banque mondiale pour les Caraïbes. « Grâce à ce programme de cantines, le nombre d’enfants scolarisés va augmenter dans certaines zones les plus démunies du pays et améliorer leur état nutritionnel, de sorte qu’ils auront l’énergie requise pour apprendre ». Les parents, les enseignants et les enfants eux-mêmes ont réagi de manière positive à ce programme. • Les parents accueillent favorablement cette aide alimentaire parce que « le peu d’argent que nous avons peut servir désormais à subvenir à d’autres besoins comme acheter des médicaments et payer le loyer ». • Les enseignants de Plateau Central affirment que « les enfants ne veulent pas manquer le léger repas distribué en tout début de matinée, ce qui les incite à ne pas être en retard ». • Les enfants disent adorer la nourriture, tout en souhaitant plus de variété et ne plus avoir « aujourd’hui du riz et des haricots et demain des haricots et du riz ! ». Ce programme de cantines scolaires est financé par un don de 250 000 dollars en provenance du Fonds post-conflit et d’un don de 300 000 dollars du Gouvernement brésilien. Cette initiative s’insère dans le Programme d’Apaisement Social engagé par le Président Préval dont le but est d’aider les zones pauvres en offrant des possibilités et en redonnant espoir en particulier aux communautés les plus défavorisées du pays. Il sera mis en œuvre dans le cadre du Programme national de cantines scolaires (PNCS) à Bel Air et par le Bureau de Nutrition et de Développement (BND) à Cité Soleil et à Plateau Central, dans le cadre d’un accord de sous-traitance. Le BND, qui collabore avec le Programme alimentaire mondial et l’Union européenne pour acquérir de la nourriture importée subventionnée, met à l’essai différents menus pour trouver le moyen le plus efficace et le plus économique de pallier les carences nutritionnelles dans le régime alimentaire des enfants. « Nombreux sont les enfants qui, à Cité Soleil et dans d’autres bidonvilles et zones pauvres d’Haïti, espèrent comme leurs parents que l’avenir proche sera plus clément ici et dans d’autres zones sortant d’un conflit », déclare Robert Padberg, directeur du BND et consul honoraire des Pays-Bas. Dans un tel climat d’insécurité, le programme de cantines scolaires ne pourra être exécuté qu’avec la participation des partenaires du BND — dont les groupes qui œuvrent dans les bidonvilles depuis des années et jouissent de la confiance de la population. Deux organisations contribueront à mettre en œuvre le projet PCF à Cité Soleil : Hands Together et la mission médicale et éducative de St. Jude. « Nous allons veiller à associer d’autres bailleurs de fonds à l’initiative, amener d’autres segments de la communauté à s’investir en se chargeant de la cuisine, en préparant les repas des enfants, puis combiner au programme de cantines des interventions sanitaires de base, et renforcer la capacité du PNCS à mener ces opérations de manière autonome », déclare Luc Razafimandimby, Chef d'équipe de projet de la Banque mondiale. Depuis peu, un comité directeur composé de représentants du PNCS, du Programme alimentaire mondial, de l’Organisation panaméricaine de la Santé, de l’UNICEF, de plusieurs ONG internationales ainsi que des ministères de la Santé et de l’Éducation, coordonne les opérations de cantines scolaires dans le pays, au titre de l’initiative de la Banque mondiale. Au fil du temps, ce programme de cantines scolaires est appelé à s’insérer dans un projet intitulé « Éducation pour tous », qui est en préparation à la Banque mondiale. La Banque mondiale œuvre aussi, dans un sens plus large, en faveur de la cohésion sociale à Cité Soleil et à Bel Air, par le biais d’un don PCF de 1,25 million de dollars pour exécuter des projets de proximité et renforcer les associations locales. Pour en savoir plus sur le rôle de la Banque mondiale en Haïti, veuillez consulter le site suivant : http://www.worldbank.org/ht |