Note sur la protection sociale au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

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SP

Enjeux régionaux et orientations stratégiques

Jusqu’au milieu des annĂ©es 80, la rĂ©gion MENA a connu une croissance rapide, due principalement aux prix pĂ©troliers Ă©levĂ©s.  En consĂ©quence, (a) les gouvernements ont augmentĂ© l’investissement aux secteurs sociaux et mis en place un Ă©ventail de mĂ©canismes officiels de protection sociale ; (b) la pauvretĂ© a Ă©tĂ© maintenue Ă  un niveau infĂ©rieur Ă  celui d’autres rĂ©gions ; et (c) l’Etat est devenu le principal employeur et rĂ©gulateur des salaires.  Les hausses des dĂ©penses publiques induites par la croissance Ă©conomique, la dĂ©mographie, et la technologie sont devenues insoutenables lorsque les prix pĂ©troliers ont commencĂ© Ă  chuter au milieu des annĂ©es 80.  De nombreuses Ă©conomies ont commencĂ© Ă  enregistrer des taux de croissance nĂ©gatifs et les conditions Ă©conomiques et sociales se sont dĂ©tĂ©riorĂ©es.  La situation a Ă©tĂ© exacerbĂ©e par des conflits gĂ©opolitiques-guerres civiles en AlgĂ©rie, au Liban, et au YĂ©men, par la guerre entre l’Iran et l’Irak, la premiĂšre guerre du Golfe, et le rĂ©cent conflit en Irak.

 

A l’heure actuelle la rĂ©gion MENA fait face Ă  des risques Ă©conomiques et sociaux qui menacent les investissements au capital humain et compromettent le bien-ĂȘtre de la population.  Les groupes de population particuliĂšrement vulnĂ©rables sont notamment les pauvres qui ne sont pas en mesure d’entreprendre des activitĂ©s Ă  haut niveau de risque et Ă  forte rentabilitĂ© ; les enfants qui courent le risque de se retrouver prĂ©maturĂ©ment sur les marchĂ©s informels du travail ; les petits propriĂ©taires terriens toujours exposĂ©s aux changements climatiques imprĂ©vus et aux fluctuations des prix ; les primo-demandeurs d’emploi et les travailleurs peu qualifiĂ©s confrontĂ©s au risque de chĂŽmage ; et les personnes ĂągĂ©es qui risquent de ne pas avoir accĂšs Ă  des rĂ©gimes soutenables d’assurance maladie et de retraite.

 

Modalités de protection sociale

 

MarchĂ©s de l’emploi.  Les politiques macro-Ă©conomiques et commerciales mises en oeuvre au cours du boom pĂ©trolier ont permis au secteur public de devenir l’employeur de dernier ressort.  Ceci a donnĂ© lieu Ă  des marchĂ©s du travail rigides incapables d’absorber une population active croissante.  En rĂ©ponse, et ce pratiquement de maniĂšre universelle, les pays ont recours Ă  d’importants programmes d’enseignement et formation professionnels qui visent Ă  minimiser le chĂŽmage.  Les Programmes actifs des marchĂ©s de l’emploi (PAME) ont obtenu d’importantes ressources publiques ; leurs rĂ©sultats finals ont cependant Ă©tĂ© imprĂ©cis ou limitĂ©s.

 

SĂ©curitĂ© sociale.  La plupart des pays de la rĂ©gion ont dĂ©veloppĂ© des rĂ©gimes d’assurance maladie et de retraite et quelques-uns ont dĂ©veloppĂ© des rĂ©gimes d’assurance chĂŽmage.  Les problĂšmes communs auxquels ces rĂ©gimes sont confrontĂ©s ont principalement trait Ă  la faiblesse des capacitĂ©s institutionnelles Ă  assurer le suivi des recettes et dĂ©penses anticipĂ©es.  En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, les indemnitĂ©s ne cadrent pas avec les cotisations, ce qui donne lieu Ă  des dĂ©sĂ©quilibres actuariels.  Ces rĂ©gimes sont souvent financĂ©s par des impĂŽts salariaux Ă©levĂ©s qui introduisent des distorsions sur les marchĂ©s de l’emploi.

 

Les Programmes d’assistance sociale, tels que les chantiers publics, les subventions alimentaires, les transferts en liquiditĂ©s, et les fonds sociaux, ont Ă©tĂ© utilisĂ©s pour offrir des opportunitĂ©s rĂ©munĂ©ratrices aux sans emploi ainsi que pour rĂ©duire la pauvretĂ© et mitiger les chocs et leurs impacts subsĂ©quents sur les groupes les plus vulnĂ©rables.  L’efficacitĂ© de ces programmes—notamment ceux impliquant des subventions—peut ĂȘtre amĂ©liorĂ©e.  Dans les pays de la rĂ©gion MENA, les mĂ©canismes informels ont Ă©tĂ© tout particuliĂšrement pertinents en milieu rural, les mĂ©thodes officielles de protection sociale atteignant rarement la population rurale.  La migration a Ă©galement jouĂ© un rĂŽle important en tant que mĂ©canisme permettant de faire face au risque.

 

Appui de la Banque

 

Nombreux sont les projets de la Banque dans la rĂ©gion MENA qui ont une composante marchĂ© de l’emploi.  Les opĂ©rations de la Banque ont mis l’accent sur la formation professionnelle (AlgĂ©rie, Egypte, Jordanie, Liban, Maroc, Tunisie, et YĂ©men).  Les rĂ©formes des rĂ©gimes de retraite ont Ă©tĂ© limitĂ©es dans la rĂ©gion, mais la sensibilisation s’est dĂ©veloppĂ©e quant Ă  leur nĂ©cessitĂ© (AlgĂ©rie, Djibouti, Egypte, Iran, Jordanie, Liban, Maroc, Tunisie, et YĂ©men).  Les fonds d’investissement sociaux (AlgĂ©rie, Egypte, Cisjordanie et Gaza, et YĂ©men) ont servi Ă  mitiger les chocs pour les groupes les plus vulnĂ©rables ainsi que comme mĂ©canismes compensatoires pour accroĂźtre l’accĂšs aux services sociaux et d’infrastructure de base utilisĂ©s par les pauvres et leur qualitĂ©.  Les activitĂ©s des fonds demeurent toutefois de petite envergure en comparaison de l’ampleur de la pauvretĂ© dans la rĂ©gion MENA.  Quelques prĂȘts Ă  l’ajustement ont abordĂ© les prĂ©occupations en matiĂšre de filet social, mais l’efficacitĂ© des systĂšmes doit encore ĂȘtre renforcĂ©e.  La Banque a Ă©galement rĂ©alisĂ© des Ă©valuations ou des mises Ă  jour de la pauvretĂ© dans la plupart des pays.  Enfin, depuis 2001, le travail et la protection de l’enfant sont devenus un domaine d’attention croissante pour comprendre et intĂ©grer les enjeux dans le programme plus large du dĂ©veloppement humain (Egypte, Jordanie, Maroc, et YĂ©men).

 

Orientations futures

 

Dans le contexte d’une vision Ă©largie de la protection sociale, une meilleure gestion Ă©conomique est vraisemblablement le principal ingrĂ©dient pour rĂ©duire les risques sociaux et dĂ©velopper les opportunitĂ©s pour les pauvres et les vulnĂ©rables.  DĂšs lors, des politiques macro-Ă©conomiques prudentes, une meilleure gouvernance, et des institutions de rĂ©glementation plus efficientes, sont des Ă©lĂ©ments indispensables Ă  une stratĂ©gie globale de protection sociale.  Il est Ă©galement souhaitable de faire participer le secteur privĂ© et la sociĂ©tĂ© civile au dĂ©veloppement, Ă  la mise en oeuvre et Ă  la gestion de la protection sociale.

 

L’amĂ©lioration de la pĂ©rennitĂ© financiĂšre des rĂ©gimes de retraite fondĂ©s sur la rĂ©partition, en rĂ©alignant les cotisations et les indemnitĂ©s et en intĂ©grant et harmonisant les diffĂ©rents rĂ©gimes, constitue une importante orientation de rĂ©forme.  Les pays devraient tenir compte du bien-fondĂ© de rĂ©gimes multi-piliers dans le moyen terme.

 

Les politiques du marchĂ© de l’emploi doivent faciliter la crĂ©ation d’emplois ; Ă  cet Ă©gard, le dĂ©veloppement des qualifications et une formation induite par la demande constituent des domaines clĂ©s d’intervention.  Pour atteindre cet objectif, (a) l’emploi dans les entreprises publiques doit ĂȘtre rationalisĂ© et les coĂ»ts d’ajustement pour les entreprises doivent ĂȘtre rĂ©duits, (b) les coĂ»ts hors salaires de la main-d’Ɠuvre doivent ĂȘtre mieux alignĂ©s sur des objectifs dĂ©sirables visant de meilleurs rĂ©sultats Ă  un moindre coĂ»t, (c) les PAME doivent ĂȘtre rationalisĂ©s sur la base d’une Ă©valuation des coĂ»ts et des avantages, et (d) la rĂ©forme de la formation professionnelle devrait ĂȘtre prioritaire.

 

Les filets sociaux doivent ĂȘtre mieux suivis, ciblĂ©s et Ă©valuĂ©s―y compris les chantiers publics et les programmes d’assistance ; la pĂ©rennitĂ© des fonds sociaux doit ĂȘtre renforcĂ©e ; les subventions alimentaires doivent s’inscrire dans une stratĂ©gie plus gĂ©nĂ©rale d’allĂ©gement de la pauvreté ; et le rĂŽle de l’Etat dans la micro finance pourrait se limiter Ă  la dĂ©finition du cadre rĂ©glementaire en tant que partie intĂ©grante d’une stratĂ©gie nationale de dĂ©veloppement du secteur financier.

 

L’intĂ©gration des enfants vulnĂ©rables et dĂ©savantagĂ©s dans le programme plus vaste du dĂ©veloppement humain doit se faire dans le contexte de stratĂ©gies intersectorielles afin de matĂ©rialiser l’objectif de l’éducation universelle et rĂ©duire le problĂšme du travail des enfants.

Tous les montants sont en équivalents de dollars US

Août 2004

 

Pour plus d’informations, veuillez contacter :
Á Washington: Chirine H. Alameddine, téléphone: 1 (202) 473-7199; Fax: 1 (202) 522-0003

Email: calameddine1@worldbank.org




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