| Dans l’ensemble, le secteur financier dans les pays de la région MENA continue de jouer un rôle moins important que dans d’autres économies ayant des niveaux de revenu similaires, mais l’on constate des écarts considérables entre les pays de la région pour ce qui est du niveau de développement du secteur financier. Les systèmes financiers dans la région restent dominés par les banques, et l’intermédiation financière est encore à un stade de développement moyen selon les normes internationales. Cependant, le secteur bancaire n’occupe pas une place suffisamment importante dans la stimulation du développement économique. Malgré les privatisations, la participation des États au capital des banques continue d’être plus élevée que dans les autres pays de niveau semblable. Dans nombre de pays, comme en témoignent les enquêtes sur la « pratique des affaires », l’accès au financement demeure un sujet préoccupant pour les PME. Le crédit reste majoritairement à court terme et lié au commerce, et est destiné surtout aux grandes entreprises. Cependant, au cours des dernières années, du fait de la flambée des cours du pétrole, la croissance du crédit a été alimentée par une liquidité abondante, ce qui a causé des répercussions sur les marchés des actions et le secteur de l’immobilier. En outre, sur certains marchés, les investissements consacrés à la technologie, tels que les guichets automatiques de banque et les réseaux de terminaux de points de vente. ont aussi contribué à l’expansion des dépôts des ménages. En conséquence, le crédit de détail et le financement du logement connaissent une expansion dans de nombreux pays. A l’exception des pays du CCG, les marchés financiers sont généralement peu développés et enregistrent de faibles niveaux de capitalisation boursière et d’échanges. La structure du marché des obligations d’Etat a besoin d’être conçue avec une participation plus active des pouvoirs publics afin de créer une courbe de rendement solide et exempt de risque. Les marchés des obligations de sociétés ont été également lents à se développer à cause de la difficulté à faire admettre des échéances plus longues et du nombre relativement réduit des grandes entreprises privées. L’étroitesse des marchés boursiers et obligataires a eu, quant à elle, pour effet de freiner le développement des fonds de pension et d’autres formes d’épargne contractuelle et, n’a pas permis de développer une source de financement alternative pour l’investissement à long terme. L’accès aux services financiers reste faible, les coûts de transaction sont élevés, et il se limite à quelques franges de la population. Les programmes de microfinance connaissent une expansion rapide et la région bénéficie de l’un des taux de croissance les plus élevés, ce qui se traduit par une augmentation spectaculaire du taux de pénétration du microcrédit qui est passé de 750 000 à trois millions de clients en l’espace de trois ans. Toutefois, l’offre demeure concentrée dans deux pays, l’Égypte et le Maroc.  Principaux problèmes et défis rencontrés dans le secteur Les recettes record générées par les hydrocarbures représentent un défi important pour les systèmes financiers de la région MENA, car cette liquidité doit être canalisée vers l’économie réelle afin de stimuler une croissance durable, efficiente et équitable. À l’instar de la majorité des pays en développement, le secteur bancaire dans la région constitue la cheville ouvrière du système. La région reste peu exposée aux crises financières externes telles que les remous causés par l’effondrement du marché des crédits hypothécaires à risque, mais avec un secteur financier de plus en plus ouvert à l’investissement et aux acteurs étrangers, l’effet de contagion ne cesse de s’accroître. Dans plusieurs pays, les gouvernements conservent un rôle dominant dans le secteur. Même dans les pays où la plupart des banques sont détenues par des capitaux privés, la concurrence reste faible. Face à cette situation, les systèmes financiers, quoique stables, opèrent de façon inefficace avec des taux plus importants de créances improductives que dans les pays ayant un revenu comparable, avec un accès limité ou inexistant à de vastes couches de la population. La plupart des banques de la région sont le plus souvent à la traîne de l’innovation en matière de conception des produits et de fourniture de nouveaux services pour les déposants comme pour les emprunteurs. L’efficacité du système bancaire dans l’accomplissement de ses fonctions fondamentales d’intermédiation est l’un des problèmes les plus immédiats auxquels devront s’attaquer les pays de la région afin de surmonter les défis de la mondialisation et soutenir la croissance du secteur réel. Les pays de la région MENA doivent élaborer des stratégies concertées visant à promouvoir l’innovation, la concurrence et l’expansion de la couverture du secteur financier. Tout en tenant compte de la situation particulière de chacun des pays, de telles stratégies pourraient inclure l’ouverture des marchés bancaires à des nouveaux entrants locaux et étrangers et la promotion d’une meilleure culture du crédit en vue de faciliter l’accès au financement, associé à une surveillance prudentielle plus efficace. Dans la plupart des pays, tout ceci devra être complété par des réformes juridiques et institutionnelles dans les domaines de la comptabilité, de la vérification des comptes, de la probité financière et du gouvernement d’entreprise, dans le souci de promouvoir la transparence et l’obligation de rendre compte. Les marchés financiers où interviennent des intermédiaires qui mobilisent et échangent des titres de créances et des instruments de capitaux propres sont, en général, à un stade précoce de leur développement dans la plupart des pays de la région. Les marchés boursiers dans la région sont de création relativement récente, et la capitalisation boursière, la valeur des échanges et les entreprises cotées demeurent faibles par rapport aux pays à haut revenu. Globalement, l’émission d’actions et d’obligations constitue encore une méthode peu usitée de mobilisation de fonds dans la région, ce qui laisse le secteur bancaire sans concurrence. Du fait de l’augmentation récente des cours du pétrole et des répercussions des attentats du 11 septembre, les marchés boursiers régionaux ont enregistré des flux financiers intra-régionaux, et les indices boursiers ont enregistré une nette progression, à l’exception d’une correction faisant suite à un ralentissement en 2006. Les institutions d’épargne contractuelle dans les pays de la région sont peu développées. Les systèmes de pension représentent habituellement la part la plus importante de l’épargne contractuelle et sont principalement des régimes de répartition à prestation déterminée. Ils sont insuffisamment financés et contribuent peu à l’accumulation de ressources à long terme pour l’investissement. Là où il existe des réserves, elles sont généralement orientées vers le financement de la dette publique et ne contribuent donc pas à financer les investissements à long terme du secteur privé. Dans les années à venir, le financement de ces régimes de retraite excessivement généreux (destinés principalement aux agents de l’Etat) deviendra un problème de plus en plus préoccupant. Des régimes de retraite alternatifs tels que les fonds de pension et l’assurance-vie doivent être développés pour permettre d’atténuer ce problème. La disponibilité de financement du logement varie considérablement d’un pays de la région à l’autre. Malgré l’importance fondamentale attachée au logement dans l’économie de la région, le stock des avoirs financiers autres que le logement – surtout constitués de prêts hypothécaires – varie de moins de 1 % du PIB à près de 8 %. Le financement structuré du logement dans nombre de pays de la région est depuis toujours le domaine réservé des banques d’habitat à capitaux publics dont les activités imposent de lourds fardeaux financiers et des dettes éventuelles aux finances publiques. En général, dans les pays de la région MENA, les politiques menées par le passé visaient à développer le financement du logement (par des mesures comme la création de banques publiques de l’habitat et la fixation de plafonds de taux d’intérêt) et à protéger les ménages (contrôles des loyers et interdictions des retraits de logement). Toutefois, ces mesures ont eu l’effet contraire : limitation des prêts à un petit nombre d’emprunteurs, manque de volonté de la part des prêteurs du secteur privé de financer l’accès au logement, et accès limité des ménages à faible et à moyen revenu à l’immobilier. En outre, le développement du financement du logement obéissant aux règles du marché a souvent été mis à mal par les faiblesses liées aux cadres juridiques et judiciaires, ce qui affecte en particulier la fiabilité des titres de propriété et la capacité des prêteurs de forclore les emprunteurs défaillants. Toutefois, les pays de la région sont cependant en train de réformer leurs systèmes de financement du logement (voir Egypte, Jordanie et Algérie) et de rechercher des alternatives plus durables et davantage axées sur le marché par le développement de marchés hypothécaires. Il existe une forte demande pour les instruments de microfinance dans les pays de la région et ce segment du secteur financier recèle un potentiel de développement important. La disponibilité des services de micro-épargne, d’instruments de micro-assurance et de transfert d’argent, qui sont pratiquement inexistants dans la région, est peut-être aussi importante que l’accès au micro-crédit. Il convient de souligner que plusieurs pays ont déjà amélioré leur cadre réglementaire pour la microfinance avec le concours du CGAP et du Groupe de la Banque mondiale. Stratégie d’assistance Dans la région MENA, la Banque mondiale concentre son assistance (financière et technique) sur le développement de l’accès au financement à travers quatre domaines cruciaux du secteur financier – i) réglementation bancaire et intermédiation financière ; ii) renforcement de l’infrastructure financière (systèmes de paiement, centrale du risque, gouvernement d’entreprise) ; iii) mise en place de marchés pour le financement à long terme (pensions, assurance, logement) ; et iv) développement du marché de la dette et des actions. Dans ces domaines, la stratégie d’assistance de la Banque consiste à :
1) identifier les atouts et faiblesses structurels des systèmes existants ; 2) fournir une assistance en vue d’améliorer l’intermédiation financière par la restructuration et/ou la privatisation des banques, des compagnies d’assurance et les banques publiques de l’habitat ; 3) renforcer les capacités de surveillance du secteur financier ; 4) favoriser la mise en place de réformes juridiques et réglementaires propres à créer des marchés de capitaux stables et compétitifs ; 5) contribuer à l’amélioration de l’infrastructure financière.
En ce qui concerne les activités spécifiques, les services de la Banque mondiale dans la région MENA gèrent le Programme d’évaluation du secteur financier (FSAP) conjointement avec le Fonds monétaire international. Des FSAP ont été effectués dans la quasi-totalité des pays de la région MENA et offrent un ensemble de connaissances de qualité pour les études en cours et les études à venir sur le secteur financier. Cette année, les premiers FSAP seront effectués pour la Syrie et Djibouti.
Quelques mises Ă jour des FSAP ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es (Tunisie, AlgĂ©rie, Maroc, Egypte, et Emirats Arabes Unis) et d’autres encore seront entreprises dans les mois Ă venir (Jordanie, Liban) Ă la demande des pays membres afin d’évaluer les rĂ©sultats de la mise en place de leurs rĂ©formes du secteur financier et d’identifier la prochaine gĂ©nĂ©ration des rĂ©formes.Â
En ce qui concerne les activités de prêts de la Banque mondiale, un deuxième prêt à l’appui de politiques de développement du secteur financier a été approuvé par le Conseil d’administration le 29 mai 2008 en vue de soutenir des réformes cruciales dans le domaine bancaire et des assurances pour renforcer la concurrence et développer l’intermédiation financière.
En Tunisie, un nouveau prêt à l’appui de politiques de développement est en cours de préparation (au stade de l’évaluation). Il vise à soutenir les efforts pour une meilleure intégration de la Tunisie avec les marchés internationaux, et pose les jalons pour une compétitivité accrue des entreprises tunisiennes exposées à une concurrence plus forte au niveau mondial. Une sous-composante de ce prêt visera essentiellement à favoriser le développement de la finance non bancaire en vue de permettre aux petites et moyennes entreprises d’accéder au financement. L’unité chargée du secteur financier pour la région MENA entreprend différentes activités d’assistance technique dans les pays du Golfe, en Algérie, en Egypte, en Jordanie, en Libye, au Maroc, au Yémen et en Cisjordanie, et dans la Bande de Gaza. La Banque fournit une assistance dans les domaines stratégiques suivants : - renforcement des cadres juridiques et réglementaires du secteur financier ;
- amélioration des systèmes de financement du logement ;
- amélioration de l’infrastructure financière (systèmes de paiement, centrale du risque) ;
- aide Ă l’élaboration des politiques et assistance technique en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ;Â
- restructuration et privatisation des banques ;
- aide à l’élaboration des politiques et assistance technique en matière de gestion de la dette publique ;
- amélioration du cadre de fonctionnement et du cadre réglementaire des marchés financiers.
Septembre 2008 |