Note sur la stratégie pour le secteur des transports au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

Disponible en: English, العربية

1. Généralités

La population de la région Moyen Orient et Afrique du Nord (MENA), d’environ 300 millions d’habitants, connaît une urbanisation rapide et croît chaque année de 2 % en moyenne. Déjà, huit des villes de la région comptent plus de trois millions de résidents, le Caire et Téhéran abritant dix millions d’âmes. Améliorer la capacité des infrastructures et l’efficacité des services afin d’assurer une plus grande mobilité pour une population en augmentation et le besoin d’instaurer une dynamique de croissance économique constituent des défis pour le secteur des transports dans la région.

En général, les systèmes de transport dans la région MENA sont bien conçus (sauf au Yémen et à Djibouti). La plupart des pays disposent de réseaux routiers étendus, avec une grande capacité pour certains, et d’importantes infrastructures pour le transport aérien, maritime et ferroviaire. La qualité des infrastructures de transport est toutefois insuffisante pour soutenir des économies modernes et en pleine croissance. Les institutions chargées du secteur sont généralement en place, mais demandent à être améliorées aux plans de la formulation des politiques et des capacités de gestion. Les systèmes réglementaires et financiers ont également besoin d’être développés, notamment afin d’encourager une plus grande participation du secteur privé à la fourniture des infrastructures et des services.

Le secteur des transports joue un rôle important dans les économies de la région MENA. En moyenne, le transport représente 7 à 10 % du PIB des pays et emploie près de 10 % de la main-d’oeuvre. Dans la plupart des pays, ce secteur occupe une place cruciale dans la réalisation de leurs principaux objectifs : accélérer la croissance économique, créer des emplois et réduire la vulnérabilité et  l’exclusion. Il joue également un rôle clé dans l’intégration régionale et contribue de manière déterminante à l’amélioration de la qualité de la vie et la réduction de la pauvreté.


2. Problèmes rencontrés dans le secteur

Faciliter le commerce et promouvoir la croissance en améliorant l’efficacité des transports : Croissance économique et création d’emplois sont des objectifs prioritaires pour la plupart des pays de la région. Pour les réaliser, il est essentiel de développer le commerce. Au cours des deux dernières années, cependant, la région a vu sa part du marché mondial diminuer dans de nombreux secteurs d’exportation, et les exportations non pétrolières représentent à peine 1 % du commerce mondial, ce qui place la région au dernier rang des régions en développement. Bien que différents facteurs aient contribué à ce recul, les faiblesses de l’infrastructure et des services de transport dans de nombreux pays de la région ont rejailli sur les échanges commerciaux en accroissant les coûts. Les blocs commerciaux comme la Zone de libre-échange euro-méditerranéenne, pourraient accroître les échanges et promouvoir la croissance économique dans toute la région, mais pour que ces alliances aient un impact, il faut des services de transport à moindre coût, des mécanismes de facilitation efficaces et une infrastructure de transport qui assure une couverture générale, une bonne connectivité intermodale et des capacités suffisantes pour faire face au volume de trafic, et des services de transport rentables.

Améliorer les services de transport urbain : Avec près de 60 % de la population vivant en milieu urbain, la région est beaucoup plus urbanisée que l’Asie de l’Est ou l’Asie du Sud. Pourtant, le développement des transports urbains, en particulier les transports publics, n’a pas suivi le rythme de l’urbanisation et la plupart des grandes zones urbaines de la région, qui produisent l’essentiel du PIB, ont des problèmes de transport grandissants : congestion du trafic, mobilité réduite et détérioration de la qualité de l’air. La demande de transport augmente rapidement dans la plupart des grandes villes, mais du fait que les services de transport public n’ont pas progressé au même rythme que la demande, l’automobile reste le principal mode de transport. Cela accroît la congestion, la pollution atmosphérique et les coûts de transport, et réduit les débouchés et la qualité de la vie, tout en nuisant à la compétitivité des villes et à la croissance économique. Au Caire et à Téhéran, les concentrations ambiantes de dioxyde de soufre, de poussières et d’oxyde d’azote dépassent les normes de l’Organisation mondiale de la santé.

Elargir l’accès aux zones rurales : Le transport est un facteur crucial pour avoir accès aux marchés, aux centres de santé, aux écoles et autres services sociaux et administratifs, et les populations privées de moyens d’accès fiables sont généralement plus pauvres que celles qui ont des moyens de transport fiables. C’est tout particulièrement le cas pour les communautés rurales situées à l’écart des routes empruntées par les services réguliers de transport motorisé. Pour de nombreuses communautés rurales de la région, le réseau routier n’est cependant pas utilisable toute l’année en raison du mauvais état des routes rurales et du manque de services de transport essentiels. Avec seulement 22 % de la population rurale vivant à 2 km d’une route praticable en toutes circonstances, l’accès au Yémen est très faible si l’on se réfère aux normes internationales. Au Maroc, en revanche, l’accès s’améliore bien que le pays soit encore à la traîne avec quelque 45 % de la population vivant à moins de 1 km d’une voie praticable en tout temps. L’amélioration de la mobilité des ruraux, qui représentent environ 40 % de la population, facilite l’accès aux marchés et aux services et sera essentielle pour réduire la pauvreté rurale.

Promouvoir la participation du secteur privé pour faire face aux besoins de transport grandissants : durant les années 90, la plupart des pays ont encouragé la participation du secteur privé au développement de l’infrastructure et des services. Après avoir atteint un niveau record de 5,7 milliards de dollars en 1997, le volume des investissements privés dans des projets d’infrastructure a régulièrement diminué dans la région MENA. Cependant, les besoins de capacités aéroportuaires et portuaires supplémentaires, et les besoins d’extension et d’entretien des réseaux routiers ont continué d’augmenter. Pour faire face à cette demande accrue dans un contexte de ressources budgétaires limitées, le secteur privé a encore un rôle important à jouer. Il s’agit d’éliminer les principaux obstacles, d’encourager les planificateurs à créer des cadres institutionnels, réglementaires et financiers favorables à la participation du secteur privé, et d’assurer des transactions bien structurées et mieux adaptées au contexte économique et politique des pays de la région.

Améliorer la sécurité routière : les déficiences du réseau routier urbain et interurbain, la faiblesse des cadres institutionnels et juridiques, l’application laxiste du code de la route et de la réglementation du transport, et les carences de l’information et de l’éducation sur les règles de sécurité contribuent aux nombreux accidents enregistrés dans nombre de pays de la région. En 2003, on a dénombré 18 morts pour 10 000 véhicules sur les routes jordaniennes, tandis qu’en Iran le chiffre a atteint près de 45 morts pour 10 000 véhicules, soit vingt fois plus que la moyenne dans les pays industrialisés. Le bilan est similaire dans d’autres pays de la région. Il importe de formuler et de mettre systématiquement en œuvre des plans nationaux de sécurité routière qui prévoient des améliorations institutionnelles, réglementaires et physiques.


3. Recommandations de la Banque mondiale

Améliorer l’infrastructure de transport et l’efficacité des services : Une infrastructure de transport adéquate et des services efficaces sont des conditions indispensables pour accroître les échanges avec les autres pays, réduire la congestion dans les grandes villes de la région et améliorer l’accès à un coût abordable. Une infrastructure de transport en mauvais état alourdit les coûts de production et freine les échanges commerciaux, tandis que des services de transport urbain inefficaces contribuent aux embouteillages et à la pollution atmosphérique, et limitent la mobilité. La Banque mondiale a aidé plusieurs pays de la région à élaborer des stratégies nationales de transport, à formuler des politiques et réglementations sectorielles, et à financer des investissements essentiels dans l’infrastructure de transport. Ces investissements visaient à accroître la capacité des routes à grande circulation, à développer l’accès en milieu rural, à équiper les ports et les aéroports d’installations et technologies modernes, et à fournir les ressources nécessaires aux systèmes de transport public.
 
Renforcer les capacités et dispositifs institutionnels pour l’entretien des infrastructures existantes : Il est également essentiel de renforcer les capacités institutionnelles et de créer des systèmes appropriés pour mieux entretenir les équipements existants et tirer des avantages durables des nouveaux investissements.  C’est tout particulièrement le cas dans le secteur routier, où il est indispensable de formuler et mettre en œuvre des programmes d’entretien et de réhabilitation des routes pour préserver le réseau routier. Les interventions de la Banque mondiale visent à renforcer les capacités de planification et de gestion des organismes publics, à améliorer l’efficacité opérationnelle des organisations dans le secteur public comme privé, et à élaborer des programmes d’investissement prioritaire à moyen terme basés sur des critères économiques et sociaux qui maximisent le rendement des ressources publiques.

Créer ou améliorer l’environnement pour la fourniture par le secteur privé des infrastructures et services de transport : pour faire face à l’augmentation de la demande de transport en termes de capacités et d’efficacité, la Banque aide ses pays clients à mettre en place une réglementation en vue de promouvoir le développement du secteur privé, en particulier à travers des partenariats public-privé. L’ouverture des marchés à la concurrence et la participation accrue du secteur privé à la gestion et à la fourniture des équipements et des services de transport permettent de réaffecter les ressources financières à d’autres usages, de promouvoir l’efficacité et de canaliser l’innovation. C’est pourquoi la Banque a fourni une assistance technique aux pays clients pour les aider à séparer les fonctions stratégiques, réglementaires et opérationnelles dans le secteur, à mettre en place des structures réglementaires adéquates, à élaborer des politiques tarifaires et financières adéquates et à expérimenter des transactions spécifiques.


4. Activités de prêt de la Banque mondiale

Entre les exercices 02 et 06, le nombre de projets de transport dans la région MENA est resté relativement stable, avec un pic durant l’exercice 04. La taille moyenne des prêts a doublé, passant de 40 millions de dollars en 2000/2003 à 80 millions de dollars en 2006. Cela indique que des projets plus importants sont mis en oeuvre. Neuf projets sont en cours d’exécution. Bien que la plupart des pays de la région entrent dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire, ils ont des besoins persistants de financement pour développer leur infrastructure de transport.

Chart

Les activités d’analyse et de conseil resteront comparativement plus importantes que les prêts dans la plupart des pays car les pays clients sollicitent l’assistance de la Banque pour la conception et l’évaluation des politiques de transport. L’aide à l’atténuation des effets du changement climatique devrait devenir un volet important de l’appui de la Banque.

Exemples de projets en préparation ou à l’examen :

  • Djibouti : Garantie pour la concession du chemin de fer Djibouti-Ethiopie
  • Egypte : Projet de réhabilitation des voies ferrées
  • Jordanie : Projet d’aménagement du deuxième corridor de développement d’Amman
  • Maroc : Projet de gestion du patrimoine routier

Exemples d’activités d’analyse et de conseil :

  • Maroc :
    • Facilitation du commerce
    • Stratégie de transport urbain 
    • Transport et changement climatique
  • Tunisie  Développement de la logistique
  • Yémen  Revue sectorielle des transports


Avril 2008


 




Permanent URL for this page: http://go.worldbank.org/5HTR8TUQY0