Note sur l'environnement au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

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1.  Généralités
 
La région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), qui souffre du manque d’eau et de terres arables, connaît le stress environnemental depuis les toutes premières civilisations. Mais les problèmes environnementaux se sont accentués à une cadence rapide au cours des temps modernes, menaçant le mode de vie des générations futures, augmentant les coûts liés à la réduction des effets néfastes sur l’environnement. Malgré les actions de sensibilisation et les améliorations importantes et régulières enregistrées au cours de la dernière décennie, la région est menacée par la réduction des ressources en eau par habitant, la perte de terres arables et par des problèmes de santé liés à la pollution, par la détérioration des zones côtières et des ressources marines vulnérables.

Les coûts économiques de la dégradation de l’environnement sont importants. Selon les études de la Banque mondiale, ces coûts varient de 2,1 % du produit intérieur brut (PIB) en Tunisie à 7,1 % du PIB en Iran. Ce coût élevé rejaillit sur les finances publiques, les budgets des ménages, la compétitivité de l’économie et l’équité entre les générations. Si le rythme actuel d’exploitation et de dégradation des ressources se maintient à l’avenir, nombre des ressources disponibles aujourd’hui finiront par disparaître.

Les pressions exercées sur l’environnement augmenteront avec l’évolution du climat. La région MENA est l’une des régions les plus vulnérables au réchauffement de la planète, à la réduction des précipitations et à l’élévation du niveau des océans. Le manque d’eau (qui est ressenti plus qu’ailleurs au monde) s’aggravera, l’agriculture soumise aux aléas climatiques sera affectée, les zones côtières urbaines seront de plus en plus exposées aux inondations, et la concurrence pour l’accès à des ressources de plus en plus insuffisantes pourrait engendrer une violence croissante et des troubles politiques pouvant aller au-delà des frontières de la région.

2.  Principaux problèmes rencontrés dans le secteur

Les ressources en eau deviendront de plus en plus rares. On prévoit chaque année une baisse des ressources en eau renouvelable par habitant de 1 045 m3/an en 1997 à 740 m3/an d’ici à 2015. Malgré la croissance des populations urbaines, 88 % des ressources en eau de la région sont affectées en moyenne au secteur agricole, contre seulement 7 % à la consommation des ménages. À mesure que la consommation urbaine et industrielle augmentera avec l’amélioration du niveau de vie, l’eau sera de moins en moins disponible pour l’irrigation. La pénurie d’eau est aggravée par la dégradation continue de la qualité de l’eau, qui touche principalement les populations pauvres de la région.

La dégradation des terres arables se poursuit. Les méthodes agricoles et de pâturage peu viables, conséquences du respect peu scrupuleux des droits de propriété, conjuguées à la croissance démographique, pourraient réduire la productivité et entraîner la désertification des terres marginales.

Les problèmes de santé liés à la pollution, en particulier dans les centres urbains et industriels, constituent un autre défi. Au nombre des causes, figurent les décharges municipales à ciel ouvert, l’utilisation de l’essence plombée pour la motorisation d’un parc automobile vieillissant et mal entretenu, l’utilisation  inefficiente de combustibles fossiles pour la production d’énergie et les émissions de particules et d'oxyde de soufre par les industries. Les déchets dangereux et les polluants organiques persistants (POP) tels que les résidus des pesticides périmés, sont des problèmes lancinants dans la région.

Les ressources marines, notamment les ressources halieutiques, génèrent des revenus importants. Mais la pêche est actuellement surexploitée par des flottes concurrentes dans un contexte caractérisé par une application laxiste des lois et une réglementation insuffisante. La dégradation d’habitats essentiels par la pollution et d’autres sortes de pressions aggravent les problèmes et mettent à mal le bien-être des communautés vulnérables des zones côtières.

Les zones côtières continuent de se dégrader. La concentration des populations le long des zones côtières, conséquence de la migration et de l’urbanisation, ainsi que la construction non réglementée en rajoutent aux sources de pollution non traitée et détériorent les rares habitats naturels qui existent encore.

Les changements climatiques aggraveront ces effets. L’on prévoit une baisse de 20 à 30 % de l’écoulement des eaux dans la plupart des pays de la région d’ici à 2050. Le quatrième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du  climat (GIEC) prévoit une hausse de température de l’ordre de deux degrés au cours des 15 à 20 prochaines années et de plus de quatre degrés à la fin du siècle (la hausse est plus élevée lorsque le rythme des émissions est plus accéléré).

3.  Recommandations de la Banque mondiale

L’assistance de la Banque mondiale pour l’amélioration de l’environnement et la réduction des risques de dégradation se concentre sur trois axes complémentaires :

  • Sensibiliser davantage les décideurs et les citoyens en général, au degré (actuel et futur) de dégradation de l’environnement et à ses conséquences. Les études sur le coût de la dégradation environnementale effectuées pour la plupart des pays affectent une valeur monétaire aux pertes supportées par le pays qui est comparable aux mesures de l’activité économique comme le niveau de croissance sacrifié, permettant ainsi d’alimenter les stratégies de politique économique et d’encourager des organismes autres que l’agence chargée de l’environnement à agir. Des systèmes de suivi et évaluation fournissent des informations aux citoyens sur le degré d’épuisement, de dégradation et de contamination des ressources et, donc, sur les bases d’une action collective de l’ensemble des citoyens en vue d’une meilleure gestion de l’environnement. Sensibiliser toutes les parties prenantes au changement climatique et aux effets prévisibles qui en découlent revêt une importance extrême..

  • Prévenir et réduire la dégradation de l’environnement par l’amélioration des cadres réglementaires et une application plus rigoureuse de la loi. Renforcer la qualité et l’efficacité du processus d’évaluation environnementale des pays permet d’atténuer les impacts négatifs des projets et programmes de développement. Des systèmes de réglementation appropriés, associés à une application adéquate des lois, peuvent constituer des incitations très fortes pour l’arrêt du gaspillage des ressources environnementales. Dans certaines situations spécifiques, les systèmes communautaires comportent en eux-mêmes des incitations au respect de la loi par la surveillance entre pairs et peuvent constituer une approche rentable d’auto-gestion de l’environnement.

  • Créer des incitations positives pour l’instauration de bonnes pratiques environnementales. Les bonnes pratiques environnementales peuvent générer des débouchés économiques et financiers. À mesure que s’appauvrit l’environnement, des marchés ou d’autres dispositifs institutionnels se développent, qui attachent une valeur aux services environnementaux et permettent à ces valeurs d’être appréhendées. À titre d’exemple, le mécanisme pour un développement propre (MDP) créé dans le cadre du Protocole de Kyoto, finance dans la région MENA des projets de réduction des émissions de gaz à effet de serre, par exemple, dans le secteur des déchets solides. De plus en plus d’attributs « organiques » et « verts » des produits commercialisables permettent de pénétrer de nouveaux marchés et d’accroître la valeur des ventes et de créer des incitations en amont à travers la chaîne d’approvisionnement pour permettre aux producteurs utilisant les ressources environnementales de le faire de manière responsable. Le Fonds pour l'environnement mondial est disposé à financer des projets qui contribuent à la production de biens communs mondiaux tels que la protection de la biodiversité ou l’élimination des POP. Des marchés plus ouverts et l’ouverture à l’investissement direct étranger peuvent également constituer un important moyen de transfert de technologies plus viables du point de vue environnemental. L’appui au développement de marchés des services environnementaux dans la région MENA ou le recours à des mécanismes institutionnels tels que le FEM pour la rémunération des retombées bénéfiques au niveau mondial crée des incitations pour un comportement plus responsable vis-à-vis de l’environnement.

4.   Les activités de prêts/d’analyse et de conseil de la Banque mondiale

Le portefeuille de prêts pour l’environnement de la région comprend :

  • Projets dans lesquels l’environnement est intégré dans d’autres secteurs. On peut citer à titre d’exemple : i) le secteur de l’eau dans le cadre de programmes intégrés de gestion de l’eau et de l’environnement au niveau d’un bassin hydrographique ; ii) le secteur du développement urbain, en prenant en compte toute la chaîne de gestion des déchets solides et, iii) l’intégration de la conservation des sols et de la lutte contre la dégradation des terres dans les projets de développement rural.

  • Les projets environnementaux autonomes de la Banque visant à traiter des problèmes majeurs dans des secteurs spécifiques des programmes « verts » et « bruns ». Il s’agit notamment de projets relatifs aux aires protégées, à la pêche et la pollution industrielle, tels que le Projet de réduction de la pollution en Égypte.

Certains projets ont recours à des instruments financiers novateurs qui combinent des prêts de la Banque mondiale (par le biais de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, la BIRD) ou l’Association internationale de développement (IDA) avec des subventions du Fonds pour l’environnement mondial (FEM), complétés par les recettes provenant des échanges de droits d’émission de carbone versées par la Banque. Il s’agit notamment du projet d’irrigation du Delta occidental et du projet de réduction de la pollution industrielle en Égypte, du Projet de gestion des ressources naturelles et du Projet d’investissement dans le secteur de l’eau en Tunisie ainsi que du Projet de gestion des déchets solides en Tunisie.

La Banque réalise aussi des études sur des questions environnementales spécifiques et fournit une assistance technique pour la gestion de l’environnement dont les plus importants sont :

  • Les études sur le coût de la dégradation de l’environnement au niveau macro-économique et au niveau sectoriel, en particulier sur la qualité de l’eau et la gestion des zones côtières (Tunisie, Liban, etc.) ;

  • les analyses environnementales par pays pour la Tunisie, l’Égypte et la Jordanie qui évaluent le cadre institutionnel de gestion environnementale ;

  • L’utilisation à titre expérimental des mécanismes nationaux d’évaluation environnementale en Égypte et en Tunisie ;

  • L’évaluation des liens entre pauvreté, environnement et santé en Égypte, au Yémen et à Djibouti ;

  • L’examen des liens entre énergie et environnement en Égypte ;

  • L’appui au rôle de catalyseur des femmes rurales en Égypte dans le contrôle de la qualité de l’eau ;

  • Le soutien aux pays de la région MENA pour se procurer un accès au marché de l’échange des droits d’émission de carbone découlant du Protocole de Kyoto, en Tunisie, en Égypte, en Syrie et au Yémen ;

  • L’adaptation au changement climatique dans la gestion des ressources en eau au Maroc, au Yémen, en Tunisie et en Egypte.

La région a également adopté une approche régionale en vue d’assurer une gestion efficace des ressources environnementales et d’élaborer un ensemble de principes communs et un cadre de coopération pour un dialogue et une action concertée au niveau transfrontalier. À cet égard, elle a entrepris un certain nombre de projets tels que le programme d’action stratégique pour la mer Rouge, le programme d’assistance technique pour la mer Méditerranée et le projet le plus récent, à savoir le partenariat stratégique pour les vastes écosystèmes marins de la Méditerranée. Elle a déjà initié une collaboration avec la région Afrique pour la mise en œuvre de l’Initiative du Bassin du Nil et du projet Africa Stockpile.

La collaboration au sein du bassin de la Méditerranée sera renforcée après le lancement de la nouvelle initiative de « l’Union pour la Méditerranée » en juillet 2008, notamment en matière de dépollution de la Méditerranée dans le cadre du programme « Horizon 2020 ». La région est, à l’instar des autres institutions financières régionales et bilatérales, un des principaux partenaires dans la mise en œuvre de ce programme.

 Une autre initiative envisagée est le Partenariat et le Programme d’action pour l’environnement dans la région du Golfe (GEPAP), dont l’objectif consiste à préserver, protéger et promouvoir, à long terme, la mise en valeur durable des voies navigables du Golfe. Le GEPAP renforcera la coopération entre les États, le secteur privé et la société civile dans le domaine de l’environnement à travers le développement des connaissances et la promotion des investissements. Le projet GEPAP complétera et coopérera avec les initiatives et activités régionales.

La région coopère également avec un certain nombre de pays à la mise en place de nouveaux programmes de collaboration dans le cadre du plan d’Assistance technique remboursable (ATR), dont le but premier est de permettre aux pays clients de mettre en œuvre des réformes ou de renforcer les institutions dans le secteur de l’environnement. Des progrès ont été enregistrés avec l’Algérie et deux contrats portant sur la gestion des déchets solides et le mécanisme pour un développement propre ont été signés en octobre 2007.

 Avec l’urgence croissante qu’imposent les changements climatiques, la Banque a récemment lancé une série d’études pour évaluer les impacts potentiels du changement climatique dans les pays de la région. Certaines de ces études mettent l’accent sur des secteurs spécifiques, tels que l’agriculture et les villes au Maroc, les zones côtières et la gestion du Lac Nasser en Égypte et l’eau au Yémen. D’autres travaux étudient les implications sociales du changement climatique pour les pays sélectionnés. Pour se donner les moyens d’apporter son concours aux pays clients sur les questions liées à l’adaptation au changement climatique et à la réduction de ses effets, la Banque a préparé une stratégie opérationnelle régionale contre le changement climatique (« Regional Business Strategy to Address Climate Change ») qui propose de placer le changement climatique au cœur du dialogue que mène l’institution sur le programme de développement global avec ses partenaires dans la région. À cet égard, la région a organisé des consultations dans un nombre déterminé de pays de la région (notamment la Tunisie, l’Égypte et l’Arabie saoudite) concernant la Stratégie régionale pour la région MNA et le Cadre stratégique global sur le changement climatique et le développement.

Dès l’approbation par le Conseil d’administration des Fonds d’investissement pour le climat le 1er juillet 2008, la région s’est attachée à sensibiliser les différents pays au mécanisme nouvellement créé et à démontrer comment les Banques multilatérales de développement peuvent coopérer avec les pays pour accroître leur soutien aux efforts d’adaptation et d’atténuation dans le cadre des stratégies nationales de développement. Des possibilités sont à l’étude pour l’élaboration de programmes d’investissement par pays en vue de réaliser des objectifs définis au niveau national. D’énormes possibilités s’offrent dans le cadre du Fonds pour des technologies propres, surtout dans les secteurs de l’énergie et des transports et des propositions spécifiques sont en cours d’élaboration pour l’Égypte.

Septembre 2008


 




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