Est-ce que les subventions aux produits alimentaires protègent les personnes pauvres de l’augmentation des prix ? De nombreux pays de la région MENA dépendent des subventions à la consommation universelles pour les matières premières de base. Elles ont été instituées à l’époque de la Deuxième Guerre mondiale mais ont survécu aux différentes tentatives de réformes et sont depuis devenues pratiquement des « droits permanents ». Les programmes ciblés sont rares. Les subventions alimentaires sont de 0,04 % au Liban, 1,3 % en Égypte et au Maroc, et 2,1 % en Syrie. Mais le poids total des subventions est beaucoup plus élevé dans la plupart des pays (y compris les subventions à l’énergie) : 10 % au Yémen, 9 % en Égypte et environ 5 % au Maroc. Comment les gouvernements de la région MENA ont-ils répondu à l’augmentation des prix ? En augmentant les subventions alimentaires, en imposant ou renforçant le contrôle des prix, par la restriction des importations et la réduction des droits de douane sur les produits alimentaires importés : par exemple, au Maroc, la taxe sur le blé est presque égale à zéro et les importateurs ont reçu des subventions jusqu’aux 31 mai 2008. Quant à l’Égypte, ce pays a autorisé les importations de blé à des conditions préférentielles depuis divers pays. Dans certains pays, tels que le Liban et l’Égypte, des augmentations de salaire ont été facilitées afin que les consommateurs puissent faire face à l’augmentation des prix. Est-ce que l’augmentation des prix des produits alimentaires peut créer des opportunités à plus long terme ? Dans la région MENA, la plupart des personnes pauvres habitent les zones rurales. Ainsi, l’augmentation des prix de produits alimentaires pourrait, si elle se prolonge sur plusieurs années, leur permettre d’accroître leurs revenus et revitaliser les économies des campagnes. Les produits alimentaires représentent une question sensible et les pays de la région sont réellement inquiets quant à leur sécurité alimentaire. L’augmentation des prix peut entraîner celle de la productivité et de la production agricole nationale. Cependant, l’eau est rare dans cette région et les gouvernements doivent également sensibiliser les populations à l’utilisation efficace de cette ressource. Ceci peut permettre une augmentation des récoltes par unité d’eau. En outre, la production nationale joue le rôle d’amortisseur face à des marchés de matières premières irréguliers. Mais les pays de la région MENA devront continuer à importer et à s’approvisionner sur les marchés mondiaux. Ils doivent renforcer leur capacité à utiliser les marchés à terme, les contrats à terme et les autres instruments modernes qui permettent de satisfaire leurs besoins alimentaires et de se protéger contre les risques d’approvisionnement. Ont-ils demandé l’assistance de la Banque ? Djibouti a fait appel au support technique de la Banque mondiale afin de concevoir des réponses appropriées au niveau des politiques pour faire face à la crise alimentaire, et a demandé également son assistance financière d’urgence. Une mission se trouve actuellement sur le terrain afin d’aider le gouvernement à préparer cette demande. Le Yémen a fait appel à l’appui technique et a demandé des conseils en matière de politiques, dans certains domaines. Les autres pays n’ont toujours pas contacté la Banque pour obtenir son aide directe. Ceci reflète deux questions. Premièrement, le fait que les stocks de produits existants, les contrats à long terme et les systèmes de subventions reposant sur l’approvisionnement de denrées alimentaires par le gouvernement, ont permis à ces pays de temporairement faire face au contexte international. Deuxièmement, la plupart de ces pays ont des réserves considérables ou un accès aux marchés financiers et par conséquent n’ont pas besoin de l’aide de la Banque mondiale ou du FMI. Ceci est particulièrement vrai dans les pays producteurs de pétrole et de gaz naturel qui compensent cette situation par une nette amélioration des termes d’échanges. De quelle manière la Banque répond-elle à ce contexte ? La Banque agit sur plusieurs fronts, tant au niveau du consommateur qu’à celui du producteur. Une mission se trouve actuellement à Djibouti afin d’aider le gouvernement à traiter les questions des subventions et facture liées aux importations de produits alimentaires. Des ateliers et débats ont été organisés dans plusieurs pays (Maroc, Libye, Jordanie et Égypte). Une autre mission se trouve en ce moment en Tunisie. Elle aide le gouvernement à évaluer sa stratégie agricole face à l’augmentation des denrées alimentaires. Concernant la sécurité alimentaire, la Banque organise une série de consultations avec des experts issus de pays clés de la région MENA. Ces consultations aboutiront à une Conférence, parrainée par la FAO et la Banque, destinée à évaluer les options pour améliorer la sécurité alimentaire de ces pays. Les nouvelles propositions incluent : a) l’assistance technique sur la façon de se protéger contre les risques des marchés globalisés et en particulier le marché des céréales ; b) l’assistance technique pour améliorer le ciblage et la couverture des programmes de réseaux de sécurité sociaux, ou le financement pour appuyer les transferts de liquidités destinés aux consommateurs de produits alimentaires des zones rurales et urbaines ; c) les politiques et investissements accélérés pour les emprunts destinés à l’agriculture, afin d’aider les agriculteurs à cultiver des céréales au cours de la prochaine saison de croissance. Enfin, les pays peuvent également profiter des produits d’assurance/financiers que la Banque propose afin de se couvrir contre les risques. * Ces questions et réponses ont été préparées dans le cadre du rapport sur les Prix alimentaires dans la région MENA lors du Forum économique mondial en mai 2008 |