Mise à jour : effets de la crise financière mondiale sur les pays arabes

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  • Les pays de la rĂ©gion MENA ont mis en place diffĂ©rents mĂ©canismes et diffĂ©rentes politiques pour faire face aux effets de la crise financière mondiale.
  • Depuis janvier 2009, de hauts responsables de la Banque mondiale a participĂ© Ă  de nombreux évĂ©nements dans la rĂ©gion, dont le plus rĂ©cent a Ă©tĂ© le Sommet arabe sur le dĂ©veloppement Ă©conomique et social, au KoweĂŻt.

Février 2009 - Dans cet entretien, Auguste Kouamé, économiste principal intérimaire de la région MENA nous fait part de son point de vue après ses récentes visites en Égypte, au Koweït, au Liban, au Maroc et en Tunisie.

Quels effets la crise financière mondiale a-t-elle sur les marchés boursiers arabes ?

Les effets de la crise mondiale sur les marchés boursiers arabes varient considérablement d’un pays à l’autre. Les premiers effets se sont fait sentir dans les pays ayant d’étroits liens avec les marchés financiers mondiaux. De manière générale, les indices boursiers régionaux ont chuté d’environ 50 %. Les indices des pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont baissé de 30 à 60 % pendant le dernier trimestre 2008. En réaction, les pays membres du CCG ont annoncé différentes mesures et différents mécanismes de renflouement pour maintenir les liquidités et appuyer leurs marchés boursiers. Les indices boursiers des pays ne faisant pas partie du CCG ont également baissé mais certains, y compris ceux du Liban et de la Tunisie, ont plutôt bien tenu le coup.

Le ralentissement économique mondial de ces derniers mois a-t-il eu un impact négatif sur les fonds souverains et le secteur banquier ?

Les fonds souverains ont essuyé des pertes sur leurs investissements dans des institutions financières mondiales. Selon les estimations préliminaires du Council on Foreign Relations (conseil des relations étrangères), les fonds souverains comprenant une forte proportion d’actions, de valeurs sur les marchés émergents et de capital à risque privé peuvent avoir perdu un maximum de 40 % de la valeur de leurs portefeuilles entre décembre 2007 et décembre 2008. En revanche, les fonds souverains dont les portefeuilles sont plutôt conservateurs ont vu la valeur de ceux-ci diminuer dans une moindre mesure. Toutefois, les fonds souverains ont encore des réserves appréciables.
Jusqu’à présent, dans tout le monde arabe, le secteur bancaire n’a pas trop souffert, principalement parce qu’il n’est pas très intégré aux marchés financiers mondiaux. Cependant, de nombreuses banques font preuve de prudence dans leurs décisions de prêt, et le crédit disparaît dans certains pays.

Dans quelle mesure l’accès des économies des pays arabes au financement extérieur a-t-il été influencé ?

La crise financière mondiale a eu un effet immédiat sur l’accès au financement extérieur dans le monde entier. Les marges ont augmenté dans le cas des emprunts des sociétés et des fonds souverains sur les marchés émergents. Les pays arabes n’y ont pas échappé. Toutefois, le resserrement du crédit a eu des effets beaucoup moins graves sur les pays arabes. Puisqu’ils avaient des balances des paiements relativement bonnes au début de la crise ou des sources alternatives de financement de leurs grands déficits courants, comme par exemple les envois de fonds, l’investissement étranger direct (IED) ou l’aide extérieure, les pays arabes ont pu s’abstenir de faire appel au marché pendant la dernière partie de 2008.

Quels effets l’économie réelle des pays arabes risque-t-elle d’avoir subi jusqu’à présent ?

Comme je l’ai déjà indiqué, la plupart des pays arabes n’ont jusqu’à présent pas été très vulnérables aux effets financiers de la crise. Toutefois, les effets sur l’économie réelle n’ont pas fini de se faire sentir et il se peut qu’ils soient considérables dans bien des pays. Les gouvernements qui avaient une latitude budgétaire au début de la crise seront mieux en mesure que les autres de répondre aux effets de celle-ci sur l’économie réelle et les ménages. Cependant, de nombreux pays arabes avaient un déficit budgétaire au début de la crise. La plupart des pays arabes voient déjà ralentir la croissance de leurs exportations par suite du ralentissement économique mondial ou de la baisse des prix du pétrole, ou des deux. Toutefois, les effets économiques du ralentissement mondial varieront selon les situations initiales des comptes financiers et des comptes des opérations avec l’étranger, et selon le degré d’intégration économique avec des régions très affectées.

Comment décririez-vous la propagation de la crise financière mondiale dans l’ensemble de la région ?

On peut répartir les pays de la région entre quatre catégories pour parler des voies de propagation de la crise dans l’économie réelle.

Premièrement, il y a les pays exportateurs de pétrole qui font partie du CCG, qui ont une grande capacité financière et une faible population. Les pays de cette catégorie sont les mieux en mesure d’amortir les secousses économiques. Ils étaient en position exceptionnellement forte au début de la crise. Cela leur permet de bien se protéger contre le ralentissement économique mondial. Le principal effet de la crise économique mondiale qu’ils subiront sera la baisse des prix du pétrole, qui demeure le facteur déterminant le plus important de leur rendement économique. Si les prix du pétrole continuent de baisser de façon durable, ces pays devront réduire leurs réserves et leurs investissements. Si les prix du pétrole diminuent de façon très marquée, leur rendement économique sera renversé comme cela s’est produit au cours des chocs pétroliers antérieurs. L’effet initial se fera sentir au niveau des finances publiques et de l’emploi des travailleurs étrangers. Or, c’est un scénario peu probable.

Deuxièmement, il y a les pays exportateurs de pétrole à grande population dont les besoins sociaux sont importants et qui ont des excédents financiers plus faibles que les pays membres du CCG. Bien qu’ils produisent du pétrole et en tirent des recettes élevées, ces pays ont de grands engagements sociaux en raison de leur forte population et cela leur donne de la difficulté à rajuster leurs dépenses en temps de ralentissement économique. Au début de la crise, ces pays étaient dans des positions financières et extérieures plus faibles que les pays exportateurs faisant partie du CCG. Il est probable que la crise précipitera le déclin de l’excédent commercial des pays de cette catégorie. Ceux-ci auront probablement des problèmes budgétaires à mesure que leurs gouvernements s’efforceront de résoudre des difficultés sociales à long terme telles que le chômage. Il se peut que les ménages et les emplois soient affectés par la réduction des dépenses sociales et pour l’infrastructure.

Troisièmement, il y a les pays non exportateurs de pétrole qui ont de forts liens avec les pays membres du CCG sous la forme d’envois de fonds, de l’IED et du tourisme, ou qui dépendent grandement de l’aide extérieure, ou les deux. Au début de la crise, la situation de ces pays était déjà faible, tant en termes de comptes financiers que de comptes des opérations avec l’étranger. Une baisse rapide des prix du pétrole ou le maintien de prix bas rendrait ces pays très vulnérables à la diminution des envois de fonds et de l’IED des pays membres du CCG. La persistance de la crise économique mondiale les rendra également vulnérables à la diminution de l’aide extérieure. Les budgets des gouvernements et des ménages seront vraisemblablement affectés en même temps. La réduction de la latitude budgétaire, l’affaiblissement des filets de protection sociale et le retour des travailleurs migrants donneront vraisemblablement lieu à des pressions sociales.

Quatrièmement, il y a les pays à économie diversifiée qui ont de forts liens commerciaux et touristiques avec l’Europe. Ceux-ci subiront les effets économiques les plus importants en raison de la baisse des importations et des dépenses touristiques des pays européens et parce qu’ils recevront moins d’IED de l’Europe. Cet effet de la zone euro s’ajoutera à d’autres voies éventuelles de propagation de la crise relativement moins importantes. Les effets se feront sentir directement dans les PME, l’emploi et les revenus des ménages. Dans un second temps, les effets se feront sentir dans les finances publiques et le secteur bancaire national.

Quelles politiques les pays de la région MENA ont-ils adoptées ces derniers mois en réaction à la crise ?

La plupart des gouvernements prennent des mesures pour remédier aux vulnérabilités qui se sont fait sentir dans leur économie. Par exemple, les pays membres du CCG sont intervenus rapidement pour appuyer leurs systèmes bancaires et leurs marchés boursiers : ils ont assoupli leurs politiques monétaires, garanti le passif de leurs systèmes bancaires (notamment en garantissant les dépôts) et injecté des capitaux supplémentaires au besoin. L’Arabie Saoudite, par exemple, a annoncé un plan d’investissement et a fourni des capitaux à la Saudi Credit Bank pour garantir des prêts aux ménages à faible revenu. Le Koweït examine la possibilité d’adopter un train de mesures de stabilisation. L’Égypte a annoncé un programme de stimulation financière axé sur l’investissement dans l’infrastructure pour créer des emplois. En Jordanie, les dépôts des banques nationales ont été garantis et un programme de stimulation financière a été annoncé. La Tunisie a annoncé des mesures d’aide aux PME du pays et à l’emploi.

Que peut-on faire d’autre pour amenuiser la crise de l’emploi potentielle dans les pays arabes ?

Premièrement, la crise financière mondiale peut donner l’occasion de réorganiser les programmes mal ciblés de filets de protection sociale afin de dégager des ressources pouvant servir aux pauvres et aux personnes profondément affectées par la crise. Deuxièmement, à mesure que les programmes de stimulation sont mis en œuvre, il y a lieu d’éliminer les contraintes et les obstacles à la croissance à long terme. L’investissement dans l’élimination de ces obstacles peut aider à créer des emplois et à stimuler la consommation à court terme, et accroître la croissance potentielle d’après la crise. Troisièmement, il faudrait prêter attention à la coordination des stimulants financiers entre les pays afin qu’ils puissent se renforcer les uns les autres.

Que fait le Groupe de la Banque mondiale pour aider à améliorer la situation ?

Le Groupe de la Banque mondiale agit sur plusieurs fronts. Les prêts de la BIRD ont été accrus pour satisfaire aux besoins en financement de nos clients à revenu moyen : ils seront de 100 milliards de dollars au cours des 3 prochaines années, soit le triple des niveaux normaux. L’enveloppe de l’IDA-15 de 42 milliards de dollars pour les 3 prochaines années sera utilisée dans l’immédiat si les pays à faible revenu affectés par la crise en ont besoin. L’IFC a également élargi son programme de financement du commerce extérieur pour aider les pays en développement exportateurs à accéder au crédit commercial. Elle a accru l’aide technique et les services consultatifs fournis aux investisseurs privés et a créé 3 mécanismes pour aider le secteur privé des pays en développement en ces temps difficiles : un mécanisme de recapitalisation des banques, un mécanisme pour l’infrastructure et un mécanisme de microfinancement. La MIGA fera appel à son mécanisme de garantie pour aider à assurer l’IED à nos pays clients.
De plus, le Groupe de la Banque mondiale entretiendra des relations étroites avec ses clients afin de bien comprendre les répercussions de la crise sur chaque pays. La Banque mondiale met ses connaissances à contribution afin d’aider ses pays clients à examiner les scénarios et les politiques possibles, à établir des politiques appropriées et à prendre des mesures de réforme en ces temps critiques.

Contact : Dina Elnaggar, responsable principale de la communication pour la région MENA

Mise à jour le 13 février 2009




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