Égalité des genres et développement au Moyen-Orient et Afrique du Nord

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J’ai grandi dans un monde dans lequel nous pensions être impuissants. Des générations entières ont cru qu’il n’y avait rien à faire, mais il a suffi de quelques semaines pour que nous sachions que nous pouvons changer les choses.

— Mariam Abu Adas, 32 ans, cybermilitante en Jordanie. A participé à la création d’une entreprise formant les jeunes à l’utilisation des médias sociaux

September, 2011 – Dans le monde entier, les femmes restent pénalisées. Elles sont, par rapport aux hommes, sous-représentées aux postes de direction politique et économique, affichent un taux de chômage plus élevé et sont moins bien rémunérées. Partout, ces écarts se resserrent à mesure que les femmes surmontent les obstacles culturels et structurels à une égalité complète.

Cependant, dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA), les disparités persistent et se conjuguent à un taux de chômage particulièrement élevé et handicapant. Pour éviter que le chômage ne s’aggrave encore davantage, la région devra créer près de 200 millions d’emplois d’ici 2050, dont les trois quarts seront occupés par des femmes.

Si, dans toutes les autres régions en développement, plus de 50 % des femmes occupent un emploi ou en recherchent un, c’est le cas de seulement 25,2 % des femmes de la région MENA. Sur les 30 dernières années, le taux d’activité de ces dernières a progressé d’à peine 0,17 % par an. À ce rythme, il faudra 150 ans pour qu’elles rattrapent le reste du monde en développement.

Mais ces statistiques, à la fois alarmantes et déconcertantes, masquent des améliorations spectaculaires d’un certain nombre d’indices sociaux, sans lien de causalité apparent. Les femmes de la région MENA devancent celles du monde en développement pour les taux d’alphabétisation, la mortalité infantile et l’espérance de vie. Dans certains cas, la parité est même dépassée et l’écart s’est inversé, par exemple dans l’enseignement supérieur, où les femmes sont désormais plus nombreuses que les hommes.

Pourtant, cette évolution ne s’est pas encore traduite par une multiplication des débouchés pour les femmes dans la région MENA : l’écart du taux de chômage entre hommes et femmes a doublé au cours des 25 dernières années, passant de 5 % en 1985 à plus de 10 % en 2010.

Le paradoxe de la région MENA et le printemps arabe 

Cette énigme est l’une des sources du mécontentement populaire qui a attisé le printemps arabe. Les jeunes hommes et femmes qui ont été aux avant-postes du mouvement revendiquent aujourd’hui la possibilité d’exercer leurs talents et de s’engager dans la vie politique et économique.

Lever les obstacles à l’activité des femmes, c’est faire un usage productif des investissements entrepris au niveau de leur éducation et de leur santé. Cela placera aussi le développement sur une voie plus inclusive, pour le plus grand bénéfice des femmes et des générations futures. Des études ont montré qu’une amélioration de l’indépendance financière et du statut social des femmes influe directement sur le bien-être des enfants, en ce qu’elle se traduit par des investissements accrus dans leur santé et leur éducation.

Enseignante, avocate, ingénieure ou journaliste 

Comment expliquer ce frein aux progrès féminins dans la région ? Si le pétrole et la religion sont les deux causes généralement invoquées, aucune des deux n’explique intégralement cette situation. L’Égypte et l’Indonésie ont beaucoup de caractéristiques communes : ces deux pays majoritairement musulmans sont dotés de réserves pétrolières comparables et ont su diversifier leurs exportations. Or, malgré ces similitudes, le taux d’emploi des femmes est deux fois plus élevé en Indonésie qu’en Égypte.

Dans la région MENA, une conjonction unique de pressions juridiques et sociales empêche les femmes de travailler quand et où elles veulent, et réduit l’éventail des emplois et des carrières qui leur sont ouverts. Des lois censées protéger les femmes restreignent leurs horaires de travail et, dans de nombreux pays, les femmes doivent obtenir l’autorisation de leur tuteur masculin pour pouvoir travailler. Par ailleurs, aux yeux des employeurs, la main d’œuvre féminine est moins productive et plus chère.

Ensemble, ces perceptions et restrictions limitent les choix et les possibilités de mobilité pour les femmes et réduisent l’intérêt des employeurs à leur égard. Résultat : rares sont les femmes qui prennent le chemin du marché du travail et, quand elles y parviennent, beaucoup ont du mal à trouver un emploi. Toutefois, ces obstacles n’émoussent en rien leur volonté de travailler. Selon une étude de 2010 de la Banque mondiale, 92 % des Jordaniennes diplômées du premier cycle de l’enseignement supérieur prévoyaient de chercher un emploi, et 76 % comptaient travailler à temps plein.

Une étude de suivi effectuée en 2011 a révélé que seulement 7 % de ces diplômées qui étaient mariées avaient un emploi, contre 21 % de celles qui étaient encore célibataires et 14 % de celles qui étaient fiancées. Le désir de travailler était resté intact pour toutes les sondées. Il est difficile de concilier travail et famille Les impératifs antagonistes de la vie professionnelle et familiale constituent un problème dans le monde entier, et la région MENA ne fait pas exception. Or, grâce à des horaires de travail flexibles, à la promotion de l’entreprenariat féminin et à des services de garde des enfants, les jeunes mères pourraient construire une carrière et une famille, sans pour autant se priver de certains de leurs atouts par rapport aux recrues masculines potentielles. Il faut que les femmes aient plus de choix de carrière, dans un secteur privé étendu et diversifié, capable d’absorber le nombre croissant de femmes instruites qui ont l’intention de travailler.

Renégocier le contrat social 

L’économie des pays de la région MENA a longtemps été dominée par un vaste secteur public et par un contrat social qui répondait aux difficultés économiques et sociales en multipliant les emplois publics et les subventions. Ce système est en train de s’effondrer rapidement sous le poids conjugué des pressions sur les budgets nationaux (et de l’incapacité du secteur public à satisfaire la demande croissante d’emplois) et des revendications du printemps arabe pour un État plus ouvert et inclusif.

Pourtant, dans la région MENA, les cursus proposés aux étudiantes restent axés sur le secteur public, et les compétences requises par le secteur privé font défaut. Or, par des systèmes de bourses ou des stages, les femmes pourraient se former « sur le tas ». Les employeurs feraient ainsi l’expérience de l’embauche des femmes, abandonneraient leurs préjugés et n’hésiteraient plus à miser sur leurs prochaines recrues féminines. Et ces femmes deviendraient des exemples pour la génération suivante.

L'histoire de Rahma

Rahma vient d’une région du Yémen dans laquelle on juge l’éducation incompatible avec la place de la femme dans la société. Son histoire est éloquente. Sourde aux objections de sa communauté, Rahma a été la première fille de son village à terminer le lycée. Elle a ensuite travaillé dans une clinique privée et a suivi une formation dans la capitale, Sanaa. Depuis, elle est rentrée, s’est mariée et exerce le métier de sage-femme dans une pièce ajoutée à sa maison. La population la respecte et Rahma a déclenché une réaction en chaîne, incitant d’autres filles à suivre son exemple. D’ailleurs, sa jeune sœur fréquente l’institut sanitaire d’une ville voisine. En Jordanie, un programme pilote vise actuellement les jeunes diplômées de l’université. Les employeurs potentiels ont reçu des incitations à court terme les aidant à surmonter leurs hésitations initiales à l’idée de recruter des femmes. Ces emplois apporteront aux femmes une formation inestimable aux compétences requises dans le secteur privé, et ces femmes pourront ouvrir la voie à d’autres, en prouvant que leur productivité n’a rien à envier à celle de leurs homologues masculins. En Égypte, la Banque mondiale appuie un programme de microfinancement cherchant à promouvoir l’entreprenariat féminin. La progression du nombre de femmes créant leur propre emploi s’est toujours heurtée à un problème d’accès aux moyens financiers, faute de garanties suffisantes. Ce programme entend y remédier en passant par les bureaux de poste pour distribuer des prêts aux femmes défavorisées des 1 000 villages les plus pauvres. Il convient d’étudier attentivement les initiatives telles que celles menées en Égypte et en Jordanie, car elles constitueront une source de données empiriques précieuses sur l’efficacité des mesures ciblant spécifiquement les femmes. Ces données sont en effet très rares dans toute la région, et seront déterminantes pour l’élaboration des politiques publiques à venir.





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